Eh bien, Véronique, disons qu’il y a certaines choses qui ont tellement de valeur qu’elles ne peuvent avoir de prix. L’intelligence, la raison, la générosité, la solidarité, etc. en font partie.
Et votre comparaison entre économie traditionnelle et économie virtuelle ne tient pas parce que le consommateur de blog, à partir du moment où il est contributeur, est aussi producteur. Vous nous proposez en tant que rédactrice votre opinion sur la notion de gratuité du web. Je commente cet article en donnant la mienne. Quelle opinion a le plus de valeur ? Et là, nous parlons d’opinions mais un rédacteur peut très bien nous faire un article sur un fait qui serait faux, et dont c’est un commentateur qui rétablirait la vérité. Qui allez-vous payer, dans ce cas ?
Les journalistes ou les écrivains pourraient très bien faire de l’information ou de la littérature gratuite en plus de leurs jobs... Mais ils ne le veulent pas. Cela les regarde. Mais si tout le monde faisait comme eux, si les informaticiens, les philosophes, les enseignants, etc. arrêtaient l’entraide en ne fournissant plus gratuitement leur savoir, c’est alors là que le glas de l’idéal communautaire que porte le Net serait définitivement sonné.
Cela va bien plus loin que la liberté d’expression ou la lecture d’écrits, Méric : cela s’appelle l’échange. Je prends et je donne. Ce que je prends, je ne le paie pas. Ce que je donne, je ne demande aucune rémunération pour.
Que d’autres fonctionnent autrement, cela ne me gêne en rien.
Et Internet est un espace de liberté. Mais vous confondez l’espace et les lieux spécifiques qui le constituent. Je me sens libre de m’exprimer sur Agoravox. Lorsque cela ne serait pas le cas, lorsque pour des raisons X ou Y, ce que j’ai à dire ne pourrait plus être dit ici, je le dirais ailleurs. Et je trouverai toujours cet ailleurs.
Vous savez, il y a plus "comique" que ce qui est dénoncé dans cet article : il existe aujourd’hui des modèles économiques pour des sites journalistiques et participatifs où les contributeurs payent pour financer une équipe de professionnels dont l’information est considérée comme coûteuse et apportent en même temps eux-mêmes de l’information considérée, elle, comme gratuite. Alors que, bien entendu, en termes d’informatifs, l’une et l’autre ont exactement même valeur. J’appelle cela le système "Travailler plus pour payer plus".
Certaines personnes sont très connes, Méric. Mais ne généralisons pas. Tant qu’il existera des gens qui savent exploiter Internet pour continuer à en faire un espace d’échanges, il restera un outil exceptionnel. L’avenir n’est donc pas un problème de support, c’est peut-être pas non plus un problème de contenu, c’est juste un problème de personnes.
Que certaines personnes se fassent de la tune sur mon dos m’importe peu. Ce qui est important pour moi, c’est de préserver une notion de communauté sur Internet qui est historiquement et culturellement première comparée à cette marchandisation qui nous mettrait tous en concurrence.
Le problème avec votre analyse, c’est que si Sarkozy n’était qu’un acteur qui joue pour un public le plus large possible, il serait encore aujourd’hui populaire. Or, il ne l’est plus. Je ne dis pas que cela va rester ainsi, je dis juste qu’on réalise de plus en plus que la pièce que joue Sarkozy n’a pas été écrite par lui et, que, de sûrcroit, il ne la joue pas, selon l’auteur, si bien que cela...
Sarkozy voulait l’ouverture pour plaire au plus grand nombre. Il réalise aujourd’hui à quel point le projet de politique de civilisation qu’il soutient ne peut passer qu’avec l’appui d’une droite dure qu’il doit spécialement s’efforcer de contenter.
Après les élections municipales, la pièce va rester identique à celle que nous connaissons. Mais les comédiens vont changer et l’acteur principal va améliorer son jeu...
Pas pour les raisons invoquées par les psys qui sont d’une stupidité sans nom : un enfant de 10 ans n’est en rien plus fragile psychologiquement qu’un enfant de 15 ans et personne ne me fera croire que les affects développés au sein de l’institution scolaire sont aussi puissants que ceux développés au sein de la structure familiale. Dit autrement, personne ne me fera croire que l’émotion suscitée par un tel parrainage peut prendre le pas sur l’équilibre familial d’un enfant.
Par contre, il ne peut y avoir d’identification possible entre un jeune Français et un jeune juif tant que le Président identifie lui-même dans ses discours au Crif la communauté juive française et la nation israélienne en passant de l’une à l’autre, en parlant de son amitié avec Israël, etc. et ceci sous les applaudissements du Crif. Ce problème d’identification a à peine été soulevé, et par la réaction de Simone Veil que je remercie pour cela. Je trouve lamentable que tout le monde se focalise sur cette fausse problématique psy alors que celle-là est réelle et que Sarkozy et ses conseillers n’ont pas pu ne pas en être conscients lorsqu’ils ont pris cette décision.
Cela montre encore une fois la crise intellectuelle majeure que traverse la France et surtout le genre de politique de civilisation que le sarkozysme veut instaurer.