Chaque fable forme un univers idéalement clos et, en même temps, immensément ouvert sur l’imagination. Le lecteur ou l’auditeur n’est pas seulement spectateur, il devient en quelque sorte acteur, il participe du récit dont il devient complice par la manière dont La Fontaine lui met sous les yeux ce qu’il raconte. Que l’on songe à La Laitière et le Pot au lait : comment mieux décrire Perrette, la jeune paysanne, « légère et court vêtue », qui marche à grands pas vers la ville avec son pot au lait « bien posé sur un coussinet »,
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple, et souliers plats.
La Fontaine peint avec des mots
Jean-Michel Delacomptée
Comment offrir une image plus naturelle ? Le naturel, là réside l’art majeur : pas de surcharge, jamais d’outrance, de maniéré, d’artifice. L’action se suffit à elle-même dans l’adéquation de chaque mot aux nécessités du récit. Le poète use d’une plume modeste mais puissamment dynamique pour donner tout son effet à ce qu’il met en scène.
Prenons par exemple, parmi tant d’autres, ce merveilleux début de sa fable sur le héron :
Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais où
Le héron au long bec emmanché d’un long cou.
Il côtoyait une rivière.
L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ;
Ma commère la carpe y faisait mille tours
Avec le brochet son compère.
Tout respire la grâce, la vivacité, l’élégance dans ces vers irrégulièrement distribués sur la page, d’où leur caractère presque tangible et leur tonalité conjointe à leur appréhension immédiatement visuelle. En procédant avec une économie de moyens qui élimine toute scorie, La Fontaine purifie la langue pour en extraire la quintessence. Voyez le héron : il est résumé d’un seul trait qui réunit la forme élancée du corps et le mouvement, tout en impliquant la saison et le lieu où se déroule l’historiette. C’est le comble de l’art classique : rien de trop, et rien ne manque. Tout est juste. On ne peut ni ôter ni ajouter un mot.
Á propos d’un autre poète ..... ( copié-collé d’un article du Figaro, par Guillaume Perrault )
Jean-Michel Delacomptée : « Les fables de La Fontaine forment une image idéale de la langue française »
( Auteur de nombreux portraits littéraires salués par la critique et fin connaisseur du Grand Siècle, l’écrivain, essayiste et universitaire publie un remarquable tableau du plus illustre de nos poètes. Il dépeint le génie créateur de l’artiste, les ressources de son art et la singularité de son style aussi bien que son énigmatique personnalité. )
En quoi l’auteur des « Fables » est-il un génie de la langue française ? D’où viennent l’ardeur et la fraîcheur qui se dégagent de ses vers ?
La Fontaine donne l’impression d’écrire avec une telle facilité qu’une de ses amies a dit de lui qu’il produisait des fables comme un pommier des pommes. La réalité est tout autre. Le premier vers lui venait sans doute spontanément, mais un extrême souci du rythme, des sonorités et de la narration l’amenait à soigner au plus haut point ce qu’il jetait sur le papier. Je souligne sa faculté d’être un rimeur visuel. On voit les scènes qu’il rapporte, et on les entend aussi grâce à la musique qui fait danser les mots. Ses phrases fluides, d’une harmonie délicieuse, sont littéralement évidentes.
@rosemar Oh ! non ! Il ne l’est pas ! Il était resté ignoré au creux de la vague yéyé pendant une dizaine d’années avant de renouer avec le succès mérité. Et on ne l’entend plus. Ceux qui l’écoutent sont des vieux comme vous et moi et quelques jeunes cadets qui apprécient la littérature, la musique ( du baroque à Pink Floyd en passant par la variété française et les chanson française, allemande, anglaise ... et autrichienne ), la peinture qui impressionne vraiment au lieu d’ennuyer et de dégoûter, la langue française ( dont je déteste les innombrables anomalies orthographiques créées par des privilégiés pour empêcher les gueux de pouvoir posséder leur propre langue ) avec ses infinies nuances, etc ...
Aujourd’hui c’est le bruit qui domine. Lors de chaque évènement dit populaire ( sportif ou mémoriel ou horticole ! ) on entend de la zikmu-boum-boum propagée par de grands baffles, mais jamais une sélection de musique, de mélodies variées. Même les manèges pour les gosses sont enveloppés dans cette nuisance. Les gosses qui n’ont pas la chance d’entendre de la musique chez eux grandissent en étant persuadés que la Musique est ce qu’ils entendent ; càd du bruit.
Et quand ce n’est pas ce bruit qui anéantit l’attention aux gens, aux animaux et aux choses, le discernement, la courtoisie, le sentiment, la sensation d’exister pleinement en étant là, en profitant du moment, alors c’est le trukàpuces de poche qui attire l’œil et les doigts.
22 h 00. Philippe Poutou dénonce l’extrémisme de la droite, qui souhaite limiter l’immigration et construire des prisons. Son programme à lui est raisonnable : collectivisation des moyens de production, régularisations de 38 millions de sans-papiers, retraite à 52 ans, semaine de trois jours, fermeture des prisons, dissolution des forces de l’ordre, démilitarisation et dénucléarisation du pays.
22 h 15. Gilles Bouleau interroge les candidats : comment concilier réindustrialisation et transition environnementale ? Pour une fois, tous tombent d’accord : la France doit arrêter d’importer des fruits et des légumes et subventionner la construction d’un petit potager écologique dans chaque foyer (sauf chez les gens soumis à l’ISF qui devront se débrouiller seuls ces salauds).
22 h 45. Comment répondre aux défis de l’intelligence artificielle ? Il faudra s’assurer, répond Clémentine Autain, que les agents IA qui remplacent les employés ne soient pas exemptés de charges sociales et d’impôts. Soucieuse de montrer qu’elle aussi peut avoir de la hauteur de vue sur les sujets technologiques, Ségolène Royal effectue un petit calcul sur son pupitre : si l’on considère que ChatGPT a effectué 1 % du travail des employés français depuis deux ans, OpenAI doit à l’État Français 1 000 milliards d’euros de cotisations sociales. Si elle est élue présidente, elle enverra une lettre d’huissier à Sam Altman.
23 h 30. Il se fait tard, il reste cinq minutes pour parler d’immigration. Il existe, affirme Nathalie Arthaud, un grave problème migratoire en France : les Blancs n’émigrent pas assez vers l’Afrique. Un symptôme des ravages de l’occidentalo-centrisme, du désintérêt total pour la culture d’autrui. Si elle est élue présidente, elle mettra en place une politique incitative d’émigration. Reconnaissons tout de même, suggère Raphaël Glucksmann, qu’il existe parfois un problème avec les individus arrivant en France. Non pas un problème d’immigration, bien sûr, mais de composition des flux. L’immigration québécoise en particulier pose un problème, puisqu’une fois en France, les Québécois sont surreprésentés sur CNews. S’il est élu, il mènera une politique intransigeante vis-à-vis du Québec, promet-il.