« Monsieur Morandini : Partez, démissionnez ! », a demandé ce lundi matin François-Xavier Bellamy, vice-président exécutif des Républicains sur Europe1. Il s’exprimait au micro de Sonia Mabrouk, qui a démissionné de CNews pour protester contre le maintien de Jean-Marc Morandini à l’antenne, définitivement condamné pour corruption de mineurs le 14 janvier.
En réaction à une question sur l’ouverture d’enquête à l’encontre de Jack Lang, le Républicain a lancé : « Je voudrais vous dire merci pour votre courage. Vous dire que c’est la conscience qui doit l’emporter à la fin car la vie politique aussi crève du relativisme. Vous avez montré qu’avec certaines choses, on ne transige pas ».
@jakem ( suite 11 et fin ) Mon portrait de La Fontaine éclaire bien d’autres caractéristiques du personnage. Mais tel est le miracle de sa poésie qu’elle représente la flamme toujours vivante d’une langue merveilleusement filée en un temps où notre idiome perd de sa prestance et de son prestige, appauvri par l’usage négligé qu’on en fait et par la grossièreté ambiante, sans parler de l’abandon de la littérature classique qu’au nom d’une modernité voulue essentiellement pragmatique on enseigne de moins en moins en classe, voire plus du tout.
Jean de la Fontaine, portrait d’un pommier en fleur de Jean-Michel Delacomptée
@jakem ( suite 10 ) C’est ainsi qu’en 1814, dans ses Carnets, Joseph Joubert écrit : « Notre véritable Homère, l’Homère des Français, qui le croirait ? C’est La Fontaine. » En 1838, Sainte-Beuve reprend la formule. En 1853, dans sa thèse sur La Fontaine et ses Fables, Hippolyte Taine la reprend à son tour, et il explique qu’il est notre Homère parce que ses Fables « sont notre épopée ; nous n’en avons point d’autre », qu’il « est universel comme Homère » et que « nos enfants l’apprennent par cœur, comme jadis ceux d’Athènes récitaient Homère ».
C’est que, par ses Fables, La Fontaine efface la coupure entre l’Ancien Régime et la Révolution et qu’il rassemble la France dans toute son histoire. Après la littérature du XVIIIe siècle, siècle des philosophes, les Fables de La Fontaine renouent avec l’esprit poétique de la Renaissance et de l’âge baroque, offrant de surcroît une image idéale de la langue française, à la fois souple et rigoureuse, gracieuse, policée, chatoyante et sensible, comme un miroir où la nation pouvait se contempler. Cette vertu lui demeure consubstantielle, à preuve les Fables que les enfants continuent d’apprendre à l’école, et la fascination qu’elles exercent toujours sur le public qui aime à les entendre lues ou récitées sur les planches.
L’auteur des « Fables » a connu le succès de son vivant, mais c’est l’école de la IIIe République qui l’a élevé au rang de gloire nationale. Pourquoi ce choix ?
Depuis leur parution au XVIIe siècle, le succès de ses Fables - et uniquement de celles-ci - ne s’est jamais démenti. Mais il est vrai que c’est l’école de la IIIe République qui les a glorifiées, jusqu’à en faire le monument du patrimoine littéraire français que nous continuons d’honorer avec une constance qui mérite considération. Le lien avec l’instauration de l’école laïque, gratuite et obligatoire se comprend d’autant plus aisément que les fables s’adressent théoriquement aux enfants, qu’elles sont accessibles à leur compréhension, et que La Fontaine passe alors pour le pendant français d’Homère comme source d’enseignement et d’identité nationale.
De même, Louis XIV n’a pas mis son veto en 1683 à l’élection du fabuliste à l’Académie française, se contentant de repousser de six mois son accord non pour des raisons politiques, mais parce que des membres de la Compagnie s’étaient plaints qu’on admît parmi eux un auteur de contes libertins, injurieux pour l’Église. Si singulier qu’il fût, La Fontaine remplissait soigneusement ses devoirs de courtisan. Il a offert plusieurs poèmes à Louis XIV, et des fables à plusieurs grands seigneurs, y compris au jeune duc de Bourgogne, petit-fils du roi.
Ce bohème qui aimait la bonne chère, levait volontiers le coude, n’avait que faire de l’argent et fut hébergé pendant vingt ans chez une femme de qualité qui tenait salon, n’était nullement un rebelle. Profondément hostile aux abus de pouvoir comme à l’iniquité des cours de justice, il respectait l’ordre social et les contraintes de la discipline, à commencer par son adhésion sans compromis à la rigueur syntaxique et aux règles grammaticales. Nul doute que l’écriture inclusive l’aurait offusqué. Imaginez Le Chat, la Belette et le Petit Lapin attaquée au burin de cette écriture farcie de points médians et autres signes d’expression genrée.