Si vous aimez Léautaud et Bloy, Mr Decrauze, vous "devez "aussi aimer Cioran et Pessoa, Guido Ceronetti ( ami de Cioran) trés bon lui aussi, Beckett admirable, Chaplin un maître à vivre (inapte au grotesque jeu social mais divin au patin à roulette et à toutes les choses divinement inutiles), Antoine Blondin plaisantin métaphysique, Bernanos chrétien trés tolérable,Lucien de Samosaste, Appulée, Manara (pourquoi faudrait-il mépriser la BD ?), H. Miller... et tant d’autres. Et même si vous n’aimez qu’un seul de cette liste non exhaustive, ce n’est pas grâve...Celà suffit amplement pour rendre heureux. La preuve, il est deux heures du mat, mes phrases se délitent dans l’énumération bêtasse et je n’ai aucune honte de ce laisser aller. Pas de femmes dans ma liste, c’est vrai, mais je les préfèrent "hors les livres", dans l’univers palpable, demain j’ai rencart avec l’un d’elles, pour rien probablement, mais c’est pas grâve : le palpable est parfois si subtile...
Moi, je vous aime bien Mr Decrauze, vous êtes l’un des rares, sinon le seul, à mettre en doute la sacro-sainte "démocratie" et ses masses moutonnières. Vous avez mille fois raison : pourquoi le plus grand nombre devrait-il avoir raison avec, comme unique et pauvre argument, qu’il est le plus grand nombre ? Faudra-t-il, un jour, renoncer à la doctrine de l’évolution, au motif que primatus religiosus versus creationibus est devenu majoritaire ? Assurément non. Dans une démocratie, la critique du principe majoritaire et de sa sournoise dictature est vertu. C’est même là un devoir ( l’horrible mot pour l’individualiste que je suis) et notre unique planche de salût. A le méconnaître, nous ouvrons toutes grandes les portes à ceux qui ne rêvent qu’à transformer les sociétés humaines en de vastes et obscènes ruches laborieuses, triomphe de l’homme utilitaire, cette horreur définitive... Hum, plutôt emphatique cette dernière phrase et, surtout, un peu nunuche pour le lecteur de Léautaud que je suis moi aussi, mais c’est là le plaisir infâme et délicieux des non-doctrinaires : accepter une dose de contradiction pour la simple raison que la vie est contradictoire...
PS : je vous avoue que j’avais voté non au référendum, mais c’était par esprit fédéraliste et aussi parce que j’ai en horreur les textes lourdingues et inutilement technocratiques. Si on veut l’Europe, il faut le dire clairement, sans louvoyer à l’infini. Quant aux politiciens nonistes, ils m’ont par la suite déçus, incapables qu’ils étaient d’ouvrir un vrai débat, sur une vraie Europe fédérale. Je les laisse à leur sordides petits décomptes... C’est là tout ce qu’ils méritent, et d’ailleurs ils ne s’en plaindront pas, tant ils sont dénués d’imagination et du moindre sens de la grandeur. Politicaillez bien mes braves....
J’espère qu’aprés avoir tout privatisé, on instaurera le cerveau minimum, voilà qui aiderait mieux que le RMI certaines personnes. A ce propos, en dernière page du Courrier International, un article affirme que l’activité sexuelle tend à développer le cerveau des souris. Donc, courage Mr Pallas, les nouvelles technologies vont bientôt venir à votre secours : sous peu de charitables scientifiques vous injecteront quelques neuronnes de rongeurs et vous pourrez rivaliser avec Einstein... Juste à trouver quelques charmantes créatures qui se trémoussent le popotin, de quoi faire envoler le QI. C’est-y pas beau, ça, comme progrés : le cerveau au bout de la queue...
L’idée de faire noter les profs par les élèves sort en droite ligne de mai 68 : il s’agit d’inverser les hiérarchies. Mais - ô ironie - c’est l’actuel gouvernement, grand pourfendeur auto-proclammé de mai 68, qui rêve à ce genre de réforme... Moi, je n’y comprend goutte. A moins qu’il y ait une vérité bonne à dire devant les électeurs, et une autre vérité bonne à mettre en oeuvre, mais sans dire de quoi il retourne réellement...
Presque aussi hallucinant que l’exploit de Kerviel - un petit trader qui met en déroute une des plus grosses banques de la planète - est la décision du conseil d’administration, décision qui, pour la énième fois, reconduit sur sa branche dorée un vieux singe, lequel vieux singe préside en toute discrétion, et ce depuis des lustres, aux destinées de cette "honorable société". Les cacahouétes doivent être vraiment bonnes sur ce genre d’arbre-là.... Et c’est là une bien belle manière d’assumer ses responsabilités... Presque une histoire d’amour... Il n’empèche que si le vieux singe en question avait eu le malheur d’exercer ces talents de primates comme simple serveur chez Mac-Do, et de chipper la moitié du quart d’un hamburger, on l’aurait menacé de la chaise électrique... On en concluera qu’être roi sur une montagne de pognon, fût-elle menacée d’écroulement, donne droit à quelques égards...