Je vois peu de raisons d’hésiter sur le tournant du début du 19e, il suffirait de la charnière Chateaubriand pour que cela soit encore plus lisible, on peut aussi le tracer entre Kant, Hegel et conséquences... Mais après ce grand chamboulement fin 18e, il semble justement, vous le dites presque, qu’il n’y a plus de cassure significative - en tout cas sur ce plan-là - avant les seventies.
Et justement, la rapidité avec laquelle 68 fut évacué en dit long. Il n’est resté de tout cela que cette fleur inégalée de la musique des seventies, avant que Mikaël Jackson ne vienne tristement poser l’épitaphe.
Quant à 1990, oui c’est la chute du mur, mais c’est encore et surtout la non-chute à Tien-an-men, quelque chose serait resté en suspens durant cette grande cassure ? Le Liban, qui avait si précisément pris le relai du Vietnam quant à cette portance de la guerre froide, éteignait ses derniers feux, et surtout : c’est le boom informatique qui allait donner à la mondialisation ses moyens les plus réels.
Or cette dernière avancée, loin d’être un simple ajoût technologique agréable, s’accompagne semble-t-il d’une crise de la représentation. Qu’est-ce qui empêche à l’heure actuelle - comme cela fut récemment proposé sur Agoravox - que ma souris ou mon iPhone devienne mon député ? Soyons réalistes : pas grand chose... un peu de pédago et de préparation et le tour est joué.
Et ce qu’on pourrait pointer en termes de « plainte », voire déperdition, n’aurait-il pas toujours été là, sous d’autres formes ? Cela serait donc moins une crise de fin de civilisation que surtout de recomposition, dont les instruments sont déjà advenus, avant que nous en mesurions pleinement la portée. Une fois possiblement « en Assemblée », votations quotidiennes, continues... que devient la représentation politique ? Elle ne disparaît pas, mais se cantonne autrement.
Prenons une simple preuve en schéma : Les anciennes manifs (tout le 19e et le 20e...) ont bien changé ; maintenant sur le réseau se décide la manif qui va se faire, pour se voir et se constater sur le réseau... donc à quoi bon la manif ? puisqu’elle n’est plus qu’une manière de dire « y’a réseau ! ». On peut lire là le plus clairement comment l’avancée technologique n’est pas un « en plus », mais qu’elle a phagocyté la vie sociale toute entière.
Par conséquent le politique n’a plus du tout le même statut, en tout cas mode opératoire disons, même s’il s’obstine à fonctionner encore selon les schémas valables au temps de Chateaubriand.
Avant de comprendre qu’avec le bâton il peut décrocher la banane suspendue, le singe tape autour sur tout ce qui bouge et il s’en amuse longtemps (facebook, twitter, etc.), mais une fois qu’il a saisi l’amplitude de l’usage... il ne l’oublie plus.
Salut Roberto, je suis d’accord que les medias occidentaux sont foireux sur ce coup, mais faut pas trop leur en vouloir, il faut aussi reconnaître que les assad ne furent pas une école de transparence... Sans oublier que la désinfo joue dans tous les sens : que sont devenus par exemple ces fameux « soldats français engagés à Homs »... ?
De plus, « entrer en territoire syrien » relève actuellement du chaperon rouge, et pour tout le monde, le désordre est indicible, et des troupes étrangères trouveraient des ennemis de tous bords, pas seulement assadistes...
Car le salafiste syro-qatari-séoudo-machin ne les accueillerait pas avec les fleurs non plus.
Comme le dit Yves Dornet - pour une fois - c’est vachement partout le début et la fin ; la seule visite de Poutine chez le turc a tout dit.
Concernant votre manque de sources, faut pas espérer grand chose : vous avez les deux solutions les plus proches : soit « L’orient-Le Jour » point comm... sorte de quotidien libanais francophone parfois bien informé, mais attention « pro- 14mars » donc haririen et plutôt antisyrien en gros ;
sinon l’autre bord, les pro-hezbollah seraient lisibles dans le quotidien Al-akhbar dont il existe une version en anglais sur le réseau. On peut ajouter al-jazira en anglais, mais c’est tendancieux très anti-assad, et enfin une télé des activistes syriens « ougarit news » sur youtube qui au moins a le mérite de proposer des images filmées sur place.
Question mélange préparatoire en vue de gazages à venir, oui moi aussi j’ai pensé pipeau au départ, mais sur les télés libanaises, assez déchaînées, on s’amuse à confronter des hezbolleux pro-assad avec des responsables de l’ALS par téléphone, et le ton monte si sérieusement que ces derniers menacent en cas de gazage éventuel de rentrer s’en prendre directement aux pro-iraniens de Beyrouth - qui répondent « venez donc, on vous attend... ».
Il y a 48h il faut ajouter qu’à part les bons soldats du parti de dieu qui rentrent en Syrie, 20 salafistes sunnites libanais sont morts dans une embusacde à Homs. De plus le quotidien al-akhbar étant basé à londres, et assez proche de l’équatorien de wickyleaks qui avait interviewé nasrallah, ils ont réussi à casser les mots de passe sur skype de certains députés libanais sunnites qui assuraient en ligne (pour les séoudos et autres) la fourniture en armes de l’ALS. Gros scandale local, accusations réciproques, échanges de tirs à Tripoli... c’est pas rien d’habiter au bord de ce volcan ; le Liban qui compte 4 millions d’habitants accueille plus d’un demi-million de réfugiés syriens, officiellement... la moitié... ça ferait 15 millions de boschs-roms en France par exemple.
Enfin oui, comme il y a trois jours assad se battait pour sauver sa route de l’aéroport qui est vraiement à portée de lapin de son QG, il est grave là, très, c’est vraiment la fin. Les contacts de Damas attendent tous la chute d’un moment à l’autre, les rebelles face à l’aviation jouant d’abord la dispersion, étant désormais clairement armés de trucs anti-aériens efficaces, sans parler des anti-chars.
ajouter la défection d’un diplômé en lettres françaises du nom de jihad makdessi ex porte-parole d’assad plutôt éloquent durant toute cette crise, les carottes sont vraiment cuites.
mais cela n’est rien par rapport à ce qui se joue autour de morsi, qui décidera de bien plus que l’égypte ; ce dernier a dû fuir hier le palais présidentiel quasi-assiégé, la foule est immense, et surtout les slogans sont désormais les mêmes que pour l’ancienne idiote de service, on l’appelle maintenant ouvertement « mohammad morsi moubarak »...
la foule en face ne cèdera pas, même s’il a demandé l’arrestation de omar moussa ancien président de la ligue arabe et candidat à la présidentielle et de baradeï, parce que la nouvelle constitution propose rien moins, tenons-nous bien, que l’interprétation de la new constitution égyptienne dépendrait non de quelque autorité juridique, mais... de la mosquée al-azhar.
ah
et on l’appelle encore « le mourched », nom donné à l’iranien khameneï...
l’appel à la désobéissance civile est sur toutes les lèvres ; encore plus échaudé par la réponse d’un chef salafiste menaçant de recourir à la lutte armée.
Le christianisme s’en tenait à cette formule énigmatique : « là où sera le corps, là seront les vautours » ; il s’agit moins de renoncer au corps que de combattre le corps titanesque des désirs futiles - ce que la tradition explique par l’autre formule « ne pas aimer sa vie jusqu’à la mort ».
Une fois mis à l’écart les désirs aliénants, et surtout la colère, c’est l’âme elle-même qui apparaît alors comme supercherie. La joie de la libération qui advient là-dessus se tourne aussitôt en commandement (st paul : soyez toujours dans la joie).
Sur ce parcours, le diable est posé comme « maître de ce monde » qui circule selon l’élément aérien et bénéficie du sommeil(s) ; les plus proches (amis, famille) peuvent même y devenir passagèrement de sérieux obstacles actifs, dans lesquels, tous bourreaux qu’ils se fassent, on ne peut s’en tirer qu’en les reconnaissant comme victimes (pardonne-leur ils ne savent pas ce kill fond).
Une foi arrivé, un salaire devient un chose très rigolote, et toute éventuelle rentrée d’argent n’est réceptionnée, quelles que soient les urgences, qu’après beaucoup de méfiance, douleurs et hésitations. Il suffit non pas d’être fou, mais de reconnaître comme folies ce qui est présenté comme le plus raisonnable. Et il y a en effet de quoi se faire vite crucifier, le plus dur étant de comprendre, dans la lutte, en quoi justement cette crucifixion est la porte.
Après l’aterrissage sur ce sol nouveau, la formule épicurienne du bonheur (un ami + un bout de fromage) devient limpide comme une évidence.
Votre réalisme-pragmatisme, Fergus, c’est la terreur... Mais bon, assumons, c’est vraiment pas contournable. Donc il reste donc un scenar dans ce tableau : c’est l’explosion du PS après l’UMP. Parce que si comme vous le dites la majorité parlementaire est venue selon des « électeurs à volonté socio-libérale », il semble tout de même, sur le terrain, et au vu encore de ce qui vient avec tous ces « A » qui tombent, il semble que le décalage grandissant risque de fissurer les fondements « réels » de tous ces sièges capitonnés.
C’est le petit trait d’union entre « socio » et « libéral » qu’il va falloir souhaiter bien bien élastique, au vu de ce qui se lève... L’impression de fond étant très intriguante, un truc du genre : Bon d’abord je vote, puis je me réveille ! - ils sont fous ces gaulois.
Démosthène, vous faites du détournement, et l’auteur ne pose pas tant la question d’une peine de mort que celle d’une peine de vie, la caricature ne permettra pas de voir le problème en face.
Donc certes y’avait du boulot au vu du dix-neuvième, mais si les freins ont sauté depuis, on peut encore passer la deuxième et jouer le dérapage contrôlé. Pour se faire une idée de la suite, un simple coup d’oeil chez les vikings infantilisés devenus suicidaires suffirait.