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Accueil du site > Tribune Libre > Foi et raison : l’éternel dilemme des temps modernes

Foi et raison : l’éternel dilemme des temps modernes

  

            "La destination du chercheur dépend de la route qu'il suit"

                Ibn Arabi, philosophe et théologien soufi (1165-1240)

 

      Tout le monde sait que les écrits des philosophes grecs les plus célèbres sont arrivés en Europe grâce à la traduction qui leur était faite en arabe. Initié par les califes de Bagdad au VIII e siècle, ce mouvement de traduction a porté sur les œuvres centrales d'astronomie de Ptolémée, la géométrie d’Euclide et la médecine de Galen. Des textes scientifiques indiens et persans y sont aussi concernés. En effet, les savants musulmans ont porté le plus grand soin aux sciences, à la poésie ainsi qu'aux arts en général, surtout sous l'ère de Hâroun ar-Rachîd (765-809), le célèbre calife mécène de l'Empire abbasside, ami des savants et des hommes d'esprit. Ses successeurs au trône Al-Amīn et Al-Ma'mūn lui ont emboîté le pas. Ce dernier, Al-Ma'mūn s'entend, fut, d'après les récits historiques, un pur partisan du Mutazilisme (une école de pensée rationaliste, née dans la ville de Bassora, au VIII e siècle, ouverte sur les nouvelles idées modernistes). Il en fit même la doctrine officielle du califat en 827 et créa en 832 Dar El-Hikma, (la maison de la sagesse). Ce qui a pu encourager l'introduction de la philosophie grecque dans les milieux intellectuels persans et arabes. Rappelons, à ce titre, que les recherches des savants musulmans en mathématiques et en calculs ont, par exemple, constitué les fondements des travaux de Copernic et de Newton.

     Il est évident que ce mouvement de traduction fut suivi par l'étude de la philosophie. Celle-ci fut chose courante à la cour de Bagdad. Les philosophes Aristote et Platon y étaient très populaires. Leurs textes étaient étudiés et discutés en toute liberté. Les savants musulmans médiévaux se penchaient, contrairement à leurs homologues chrétiens, écrasés par la doctrine ecclésiastique, sur la manière avec laquelle il serait possible de concilier la philosophie (la raison) avec la foi, et partant, avec la théologie (l'étude des textes sacrés). Il est à noter que, plus tôt, en Afrique latine, et ensuite, en Europe, l'évêque Saint-Augustin d'Hippone (354-330) a dû arrêter, au nom de l'unité de l'Eglise catholique, tout débat d'ordre théologique, sous la pression de l'Empire romain, confronté au schisme donatiste. La pensée critique y fut interdite au moment de l'éclatement de la révolte des circoncellions (sorte d'armée de prolétaires qui s'est révoltée contre le pouvoir de Rome). Ainsi, tous ceux qui essayaient de raisonner de manière critique furent empêchés de s’exprimer, ou même persécutés et excommuniés. Cela n’était pas le cas dans le monde musulman, du moins jusqu’à la fin du XII e siècle, c'est-à-dire, jusqu'à la défaite de la dynastie abbasside devant les Mongols en 1258.



   En Espagne conquise par les troupes musulmanes dirigées par le berbère Tariq ibn Ziyad en 711, la philosophie, les sciences et les arts y furent aussi florissants. L'Andalousie, sous la dynastie omeyyade de Cordoue (756-1032), fut une terre heureuse de métissage. La fameuse "convivencia" confessionnelle, interreligieuse et interculturelle y était vécue dans la paix et la tolérance.(1) Les savants juifs, chrétiens et musulmans se réunissaient et parlaient librement des affaires de la foi, de la raison et de la science. Le brassage civilisationnel réussi des trois religions monothéistes à cette époque-là reste un modèle qui inspire jusqu'à ce jour. Preuve en était que, sur le plan politique, le roi Abderahmane III (912-962) a envoyé un religieux catholique pour le représenter auprès de l’empereur de Constantinople. Ce qui a permis aux savants ainsi qu'aux deux souverains de créer des liens durables d'amitié. Pour signifier sa gratitude, l’empereur aurait adressé, de son côté, en cadeau au calife de Cordoue, la capitale d'Al-Andalus (Andalousie), un nouveau manuscrit illustré d'un ouvrage grec. À vrai dire, jusqu'à la fin de la dynastie des Almohads(1123-1269), Cordoue fut une cité cultivée, prospère et tolérante. Elle reprit, à son compte, le rôle de Bagdad, tant vis-à-vis de l’islam que du judaïsme, et devint, avec le Caire, le centre du rayonnement intellectuel du monde islamique après le déclin de l'empire abbasside. Le dernier grand philosophe musulman de cette ère des lumières n'était autre qu'Ibn Rushd, mieux connu, en Occident, par son nom latin Averroès. Il naquit en 1126 à Cordoue. En Europe, Averroès est appelé « le Commentateur » parce qu’il a commenté l'oeuvre complète d'Aristote. Philosophe, théologien rationaliste, juriste, mathématicien et médecin, il reprit les écrits des savants grecs, dont Hippocrate (460-377 av. J.C), un médecin philosophe durant le fameux siècle de Périclès (494-429 av. J.-C.), connu pour avoir fréquenté le cénacle de philosophes, composé de Platon, Aristophane, Sophocle, Hérodote, Eschyle et tant d'autres. 
      

     Et c'était là que la traduction a servi de moyen de vulgarisation du savoir philosophique. De même, c’est par la traduction de ses commentaires en arabe qu’Aristote fut introduit dans le vieux continent. La chaîne de transmission des connaissances dans le monde n'a pu être reliée, sans l'apport de l'Orient en général et de l'espace musulman en particulier. Et ce fut Averroès qui ne croyait ni en l’immortalité de l’âme ni en la création de l’univers, qui a semé les graines de la critique en théologie, jusqu'au point de provoquer un séisme intellectuel dans toute l'Europe, viscéralement attachée à ses racines judéo-chrétiennes. Sa thèse est formulée de la manière suivante : "Il n’y a qu’une vérité, mais il y a deux manières pour trouver cette vérité : par la foi d'abord, puis aussi par la raison philosophique." Si ces deux variantes se contredisent, il n'en reste pas moins que complémentaires, ce qui implique que les textes sacrés puissent être interprétés de manière allusive" Autrement dit, dans la vision d'Averroès, quand on est à la recherche de la Vérité, la philosophie (ou la science) devrait prendre l'ascendant sur la foi. S'ensuit que la relativité du jugement ou du constat est de rigueur. N'est-ce pas là le point de départ du rationalisme critique (Asr al-nakd), à l'origine du principe de la laïcité, éclos au début du XIX e siècle en France ? Un rationalisme critique où la philosophie eut sa part dans la construction et l'épanouissement de la Cité califale. Averroès fut, en quelque sorte, le précurseur du mouvement de l'Aufklärung (les Lumières), au XVII e siècle, auquel le célèbre théologien humaniste Érasme (1466-1536), aurait déjà ouvert la voie en Europe ! Pour Averroès, la religion n’est pas contre la raison ni moins encore contre la rationalité, mais une lumière prismatique, diversement interprétable. D'où l'importance primordiale de l’étude de la philosophie, perçue par lui comme "wadjib dinni" (un devoir religieux). D'une certaine manière, ce penseur musulman fait valoir que l’ennemi du croyant est « dedans » (en lui-même, dans ses certitudes), plutôt que « dehors », dans sa foi, dans le corps des textes sacrés, ou dans la société. L'autocritique étant à revaloriser dans la quête de la foi, la vraie ! Ainsi, "îlm El fiqh" (la théologie) et "el-Idjtihad" (l'exégèse) sont des disciplines aussi incontournables qu'indissociables, devant avec "el-falsafa" (la philosophie), déboucher sur la lumière de la Raison. Cette position ne s'approche-t-elle pas, en effet, par certains aspects, de celle du poète syro-libanais Adonis qui, tout en se revendiquant de l'athéisme, fait une distinction capitale entre la philosophie de la pensée et celle de la croyance ?     

   Ce n'est guère un mystère si les thèses d’Averroès furent rapidement adoptées et apprises dans les grandes universités européennes : Oxford, Padoue, Paris, Bologne, entre autres. Toutefois, comme les arguments et le langage philosophique d’Aristote étaient trop présents dans ses textes, l'Eglise catholique n'a ménagé aucun effort pour restreindre leur propagation. En 1277, par exemple, un évêque parisien aurait condamné et interdit les idées d’Averroès, en s'appuyant sur les propres arguments d'Abu Hamid Al-Ghazâlî (1058-1111), un théologien soufi "rigoriste", en désaccord avec l'idée de l'usage de la philosophie dans le domaine théologique.(2) Si l'oeuvre d'Al-Ghazâlî eut un tel impact négatif sur le processus de l'évolution de la raison philosophique en terre d'Islam, ce fut Thomas d'Aquin (1225-1274) qui aurait remporté, en fin de compte, le débat contre Averroès en Europe. Avec ses livres "Contre Averroès" et "Summa Theologica", dans lesquels il aurait utilisé la logique d’Aristote (et ironiquement aussi celle d’Averroès) pour remettre la théologie au-dessus de la philosophie, il réussit le pari d'apporter sa caution à l'Eglise ! Celle-ci, appuyée par ses défenseurs, a mis fin à la pensée révolutionnaire d'Averroès. En un mot, l'Islam des lumières fut vaincu par l'intégrisme ecclésiastique de l'Occident chrétien, au milieu du Moyen âge ! Thomas d'Aquin, pour qui la rivalité entre le spirituel et le profane sert de ressort à la dialectique de l'existence humaine, a tiré vers le bas le rôle du philosophe dans la Cité, même s'il a reconnu à demi-mot son importance vitale. "L'Auctoritas" (l'autorité spirituelle détenue par l'Eglise), en connivence avec "Potestas", (le pouvoir politique), devraient dominer, selon lui, l'Agora de la philosophie.

   Il serait judicieux de mentionner que, jalousée, oubliée des siens, reléguée au statut d'infra-culture critique et parfois "contestataire", la philosophie d'Ibn Rushd—lequel fut pour rappel un philosophe officiel dans un islam de Lumières hégémonique—, n'eut pas le même sort que celle des philosophies rationalistes de son époque. Le Rabbin Moïse Maïmonide (1138-1204), pour n'en citer que celui-là, lequel pensait pourtant dans le cadre d'un judaïsme dominé à l'intérieur de la Cité musulmane, fut porté au summum de la gloire. (3) Médecin juif, juge, théologien, philosophe et commentateur d’Aristote, ayant vécu entre Cordoue et Fès, il était resté, même après sa mort, vivant dans la mémoire universelle. De surcroît, il est adulé jusqu'à nos jours comme maître d'une partie de la philosophie occidentale. Ironie du sort, Averroès dut attendre plus de quatre siècles après sa mort pour rencontrer un franc succès. Son sort n'était point différent de celui d'un certain Spinoza (1632-1677), un des pères des Lumières en Occident, appelé le Baruch. Ce dernier, était issu d’une famille juive ayant fui l'Espagne, à cause de l'acharnement des tribunaux d'Inquisition. La Reconquista est officiellement achevée le 6 janvier 1492, Grenade redevint ibérique, le Christianisme était toujours pour les royautés chrétiennes "un fonds de commerce", dont les actions étaient soutenues, au besoin, par le pape lui-même. Les juifs, comme les musulmans d'ailleurs, étaient condamnés à mort ou obligés de se convertir. (4) L'unité monothéiste rêvée auparavant a volé en éclats. A Amsterdam où il était né près de deux siècles plus tard, Spinoza dont les idées étaient baignées dans Averroès et Maïmonide aurait transformé tout son héritage ancestral fait d'exclusion, de souffrance et de marginalisation en idées novatrices. Ainsi, il développa un discours moderniste en faveur de la pensée critique, lequel eut une influence considérable sur l'éclosion de l'époque des Lumières. Somme toute, la raison critique occidentale doit son existence au monde musulman. Courroie de transmission entre l'Orient et l'Occident, ce dernier a, de tout temps, joué ce rôle d'intermédiaire entre les religions monothéistes, et aussi, celui du passeur des sciences ainsi que de la rationalité.

     Il est, quoique l'on en dise, à l'origine d'"el-hadatha" et "el mouaâssara" (la modernité au sens occidental du terme) (5), dans la mesure où il a contribué, via les traductions de la philosophie grecque et ses enrichissements de différents disciplines scientifiques (géométrie, astrologie, médecine, chimie, algèbre, logique, philosophie, littérature, etc), au ruissellement de la pensée moderne par divers affluents. Rien qu'à parler du conte des "Mille et une Nuits", traduit au départ par des savants musulmans du persan, et l'influence qu'il a exercé sur les auteurs européens, latino-américains, africains, on se rend compte de l'immense contribution du monde musulman au patrimoine de l'humanité. Hélas ! Faute d’aggiornamento, ce legs civilisationnel s'est effrité au fil des siècles, malgré les tentatives de réforme moderniste de quelques savants illuminés, tels que Muhamed Abdou, El-Afghani, Rafaât El Tahtâwi, Mohamed Ikbal et tant d'autres, à partir du XVIII e siècle. Sclérosée, dévitalisée, ritualisée, "tabouisée" et "virusée" par les pouvoirs autoritaires en place, la religion musulmane s'est aujourd'hui métastasée, en raison de sa contamination par des pensées intégristes cancérigènes. En outre, elle a été mise au ban de l'histoire, après avoir longtemps été un foyer d'inspiration littéraire, de production scientifique et de métissage interreligieux. (6)

    L'ère de la prospérité culturelle et civilisationnelle de l'Andalousie n'est aujourd'hui qu'une lointaine chimère pour des populations en famine intellectuelle. Quand le président français Emmanuel Macron aurait prononcé, il y a quelques mois, un discours d'hommage à l'Elysée pour Samuel Patty, un instituteur décapité au cœur de la banlieue parisienne pour avoir montré les caricatures de Charlie Hebdo, sur le prophète de l'Islam, des milliers de musulmans sont sortis dans les rues. Certains ont même appelé, aidés par des régimes en mal de projet de société, à une campagne de boycott des produits français ! La raison ? Le locataire de l'Elysée aurait parlé de"crise de l'islam", mais a-t-il tort ? Difficile d'y répondre, non parce que son jugement est tout à fait "juste" ou totalement "faux", mais parce que Macron aurait oublié aussi, de mon point de vue, de faire l'autocritique d'un Occident, à mille lieues, d'assumer son rôle de garant de la conscience morale d'un monde en dérèglement éthique.
       

    Cela dit, le livre d'Oswald Spengler, "Le Déclin de l'Occident", qui eut un retentissement considérable, il y a près d'un siècle, nous amène aussi, à présent, à nous poser une question toute simple : ce déclin n'a-t-il pas pris de nos jours l'allure irréversible d'une ruée vers l'abîme ? En ce qui a trait à la puissance, à la richesse, à l'influence, l'Occident garde encore sa suprématie. Seulement, ce qui est en cause, ce ne sont ni ses moyens ni même sa volonté de survivre, mais sa foi en sa survie. Le terme "foi" revêt ici un aspect important dans l'équation, d'autant que la véritable crise de ce temps, c'est surtout celle qui marque nos rapports avec la foi, plutôt que celle qui affecte l'énergie, la monnaie, le produit intérieur brut, l'apocalypse nucléaire, la sexualité, le capital, la transition énergétique et tant d'autres domaines encore, objet de préoccupations passagères, dont les journaux, les médias, l'internet, la télévision, glosent sans jamais se lasser, interminablement. Mais pourquoi "la foi" ? La réponse est tout autant simple que celle d'ailleurs concernant la Raison-critique qui manque, actuellement, au monde musulman : au départ de toute pensée, il y a l'interrogation intime sur l'acte de croire ou ne pas croire ! Une question légitime, mais aussi fondamentale dont on ne peut jamais se débarrasser, malheureusement, malgré, d'une part, le poids de "l'obligation de croire" imposé par un certain dogme fanatisé sans lien avec la foi réelle à quiconque différent de la foi-religion commune dans le monde musulman. Et de l'autre, le sacerdoce de la Liberté, posé comme une ligne rouge à ne pas franchir dans ces sociétés occidentales désenchantées, et acquises à l'idéal de la laïcité, au nom duquel l'on se permet parfois tout et n'importe quoi.

   Il y a, si l'on ose dire, une sorte de « parallélisme contradictoire », qui creuse le fossé des conflits, des guerres, des crises spirituelles, des chocs civilisationnels. Cela dit, les deux trains historiques « oriental et occidental » (foi et raison) forment au terminus une courbe de pointillés, se culminant en des divergences insurmontables...

   Kamal Guerroua

 

  Notes de renvoi :

1-Le concept de "convivencia" (presque intraduisible en français)aurait été inventé, pour la première fois, en 1948 par le philologue espagnol Americo Castro. Ce dernier parle, d'abord, de l'idée de coexistence religieuse harmonieuse dans l'Espagne musulmane, mais sa pensée dérive parfois sur les aspects négatifs d'un tel état de fait, en évoquant "la enfermedad del alma español" (la maladie de l'âme espagnole). Voir à ce propos España en su historia. Cristianos, moros y judíos", Barcelone, Crítica, 1983, 1re édition, Buenos Aires, Losada, Argentina, 1948. 

2-Al-Ghazâlî, connu en Occident sous le nom d'Algazel, a produit vers 1095 un livre (contre Avicenne) resté célèbre dans l'histoire "Tahâfut al-falasifa" (l'incohérence des philosophes), où il remet en cause par le recours à une méthode d'analyse philosophique, tout apport positif de la philosophie dans l'étude théologique des textes du Coran. Averroès lui a répondu, plus tard, en 1171 par un livre-phare"Tahâfut al-tahâfut"(L'incohérence de l'incohérence), rejetant toute accusation contre la philosophie. 

3-Jacques Attali, Raison et foi, Averroès, Maïmonide, Thomas d'Aquin, Editions de la Bibliothèque Nationale de France, Paris, 2004.

4-Je conseille mes lecteurs qui veulent s'informer davantage sur l'Espagne sous les tribunaux de l'Inquisition de lire le superbe roman d'Anouar Benmalek, Ô Maria, Fayard, Paris, 2006. 

5-Sur les concepts de "el-Hadatha" "Takadoum", "el-Hadhara", "el-Mouaâssara" "Nahda", cf, Malek Bennabi, Le problème de la culture, Préface et parties inédites de l'auteur, édition El Borhane, Alger, 2014.

6-À propos des concepts de l'interculturalité, l'intraculturalité, la transculturalité et leur rapport avec la religion, cf mon article "Culture et religion : dialogue ou conflictualité ?" El Watan, 2 octobre 2011. 

 


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43 réactions à cet article    


  • Taverne Taverne 8 février 19:26

    Merci cher poète pour cet article intéressant. Très érudit mais intéressant. 

    Vous parlez de « sociétés occidentales désenchantées, et acquises à l’idéal de la laïcité ». Je vous fais juste remarquer que la laïcité est une spécificité française. Pas de sociétés au pluriel donc. J’ajoute que, pour moi, l’idéal de laïcité est un non sens. La laïcité, c’est juste la loi, rien d’autre. Ce ne doit pas être un dogme ni un culte.

    La loi de laïcité ne doit avoir pour objet que de faire respecter les principes républicains (liberté, égalité, fraternité) qui s’expriment dans le Droit positif, et rien de plus.

    La laïcité ne doit pas prétendre incarner la Raison (dont elle n’a pas le monopole) et encore moins porter des jugements sur l’islam. Autonomie de la conscience d’une part, autonomie de la loi républicaine de l’autre.

    Une opposition constructive loi / foi en lieu et place d’un conflit destructeur raison / foi, telle est mon idée de la laïcité. Comme le Yin et le Yan chinois : deux forces qui se complètent.


    • JPCiron JPCiron 9 février 17:39

      @Taverne
      .
      Une < société occidentale désenchantée > qui s’accroche à quelques Principes qu’elle dévoie elle-même me rappelle un dicton Africain qui dit à peu près : < Celui qui se noie s’accroche avec force à l’eau> 
      .


    • Yann Esteveny 8 février 19:47

      Message à tous,

      Article de propagande où l’écorchage de Galien et la mort d’Augustin d’Hippone avant sa naissance ne sont qu’anecdotiques.

      La première phrase mérite un prix à elle toute seule et résume bien l’article :
      « Tout le monde sait que les écrits des philosophes grecs les plus célèbres sont arrivés en Europe grâce à la traduction qui leur était faite en arabe. »


      • Passante Passante 8 février 20:08

        @Yann Esteveny

        on pourrait ptêt vous consoler avec Alexandre d’Aphrodise ?
        ah c’est en arabe .. smiley
        alors le pseudo-Aristote ?
        arabe aussi, hélas !
        c’est la faute au centurion qui a crâmé la bibliothèque smiley


      • Decouz 8 février 20:34

        @Yann Esteveny
        Dans « l’Alcoran, comment l’Europe a découvert le Coran », Olivier Hanne a un point de vue nuancé, loin des polémiques sur le rôle des Arabes dans les traductions.
        D’une part il y a toujours eu des traductions directes indépendamment des Arabes. Mais l’empire Byzantin (l’autre lieu de transition pour ces oeuvres) n’était pas très intéressé par ces textes et ne jouait pas un rôle important, il était plutôt un frein, de plus les rôles des uns et des autres a varié selon les époques.
        Ce qui intéressait les Chrétiens chez Aristote n’était pas forcement ce qui intéressait Juifs et Musulmans.
        Ce n’était pas uniquement une question de vouloir ou de pouvoir transmettre, mais de ce que les lecteurs cherchaient ou attendaient.
        Et pour ces raisons bien des textes n’ont pas été transmis à l’Europe alors qu’ils avaient été traduits.
        Un point de vue :
        https://www.cairn.info/revue-philosophique-2009-1-page-79.htm


      • Decouz 8 février 20:39

        @Decouz
        "Cette idée d’une rencontre inachevée, de deux «  blocs  » emplis de préjugés l’un sur l’autre et peinant à dialoguer, habite l’ouvrage. L’auteur adopte a contrario un point de vue intermédiaire sur le débat historiographique autour de la transmission des textes antiques par «  les Arabes  » ou «  la chrétienté  ». Le lecteur apprend que les traductions réalisées dans le monde arabe le furent par des chrétiens ou des juifs, le grec n’ayant presque pas été enseigné aux savants musulmans (Averroès notamment l’ignorait et utilisait des traductions). L’apport d’Aristote dans la civilisation islamique aurait surtout reposé sur ses textes scientifiques, là où la scolastique médiévale aurait triomphé intellectuellement en liant la métaphysique du Stagirite et la vision chrétienne de la Création. Parallèlement, les Européens ne se seraient intéressés aux textes arabes que pour leurs apports en mathématiques ou en médecine, jamais pour leurs exégèses ou leur spiritualité "
        https://esprit.presse.fr/actualite-des-livres/louis-andrieu/l-alcoran-d-olivier-hanne-42732


      • marmor 9 février 18:20

        @Yann Esteveny
         Tout le monde sait que les écrits des philosophes grecs les plus célèbres sont arrivés en Europe grâce à la traduction qui leur était faite en arabe. »

        Il faut oser écrire ça !! Karim doit envisager de refaire ses humanités !!! Heureusement qu’ils étaient là les arabes ! où en serions nous sans eux !! Il n’y a qu’à voir ce dont ils sont capables dans leur pays.......


      • nemesis 10 février 09:56

        @marmor
        Sur ce coup, Karim est dans le vrai !
        Lors d’un programme historique à la TV française, 2 ouvrages volumineux de géométrie ont été présentés qui reproduisaient les mêmes dessins... la datation prouvait que l’arabe était postérieur au grec.
        Pendant que les seigneurs féodaux du moyen-âge se mettaient sur la gueule, les dirigeants (Emirs, Califes etc...) d’Espagne musulmans protégeaient les savants

        http://andalousie-culture-histoire.com/al-andalus-sous-la-domination-des-musulmans-espagnols-711-1492/

        Il semble que beaucoup de gens préfèrent les Cafés et les Brasseries aux émissions culturelles, ce qui ne les empêche pas de s’exprimer sur des sujets qu’ils ignorent... démocratiquement !


      • Yann Esteveny 10 février 19:37

        Message à avatar nemesis,

        Il vous a peut être échappé que les philosophes grecs ne se sont pas permis d’attendre les arabes pour arriver en Europe.

        Respectueusement


      • Pascal L 10 février 20:08

        @Yann Esteveny
        Tout à fait et nous devons beaucoup aux moines copistes dans les monastères européens qui ne recopiaient pas que la Bible. Ils ont pris le relais des copistes latins dès le 5ème siècle et la plupart des monastères possédaient un « scriptorium » pour ce travail. Le Latin et le Grec étaient enseignés dans ces monastère qui n’avaient donc pas besoin d’un passage par la langue arabe.


      • Yann Esteveny 10 février 21:05

        Bonsoir Pascal,

        Durant le bas Moyen-Age, le nombre de connaisseurs du grec ancien recule d’abord fortement en France. Il faut dire que la chute de l’Empire Romain, les invasions incessantes avant et après l’arrivée des Francs qui eux vont parvenir doucement à construire la France en s’appuyant sur le christianisme (population chrétienne et organisation ecclésiastique) mettait l’apprentissage du grec ancien au second plan !
        Notons quand même que la culture latine était déjà imprégnée de références aux grecs. La chute de Constantinople en 1453 va provoquer des migrations propices à une redécouverte des textes grecs anciens pour les Européens de l’Ouest.
        Durant le bas Moyen-Age, la France demeure en retard vis à vis des sciences et de la médecine par rapport à l’Empire Romain d’Orient ou le monde Arabe de l’époque.

        Respectueusement


      • Pascal L 10 février 21:42

        @Yann Esteveny
        Je ne dirais pas que la France se distinguait à cette époque pour ses intellectuels, mais l’arabe était bien moins pratiqué que le Latin et ce n’est pas par les textes arabes que nous avons fini par connaître la civilisation grecque.


      • Lire : ANNICK DE SOUZENELLE :

        • Œdipe intérieur, Albin Michel, 1998, 2008. 
          • Le Livre des guérisons. Les Évangiles en eaux profondes, Albin Michel, 2017

        Va vers ton toi..https://www.youtube.com/watch?v=9Tt0KvS7E74


        • L'apostilleur L’apostilleur 8 février 20:58

          « ...Leurs textes étaient étudiés et discutés en toute liberté. Les savants musulmans médiévaux se penchaient, contrairement à leurs homologues chrétiens... »


          Vous oubliez l’appel aux Ottomans par les imams du Maghreb pour nettoyer les madrassa des curieux scientifiques


          • L'apostilleur L’apostilleur 8 février 21:26

            « ...Le brassage civilisationnel réussi des trois religions monothéistes à cette époque-là reste un modèle qui inspire jusqu’à ce jour... »


            A Cordoue en 820 le quartier juif était cerné d’un mur. 

            Vers l’an mille les Almohade ont nettoyé Al Andalus de ses « dérives » en chassant les infidèles. 

            Maïmonide éminence juive a fui à l’àge de 25 ans...

            L’istorien Richard Ayoun a parlé d’un âge d’or qui durera 75 ans.

            ...

            Al Andalus n’était pas un monde équitable.



            • Jonas Jonas 9 février 18:42

              @L’apostilleur « Al Andalus n’était pas un monde équitable. »

              Le premier conquérant musulman en Espagne, le chef Berbère Tariq Ibn Ziyad, exhorte son armée, dès son arrivée sur les côtes, en 711, par l’appât du gain des femmes, en ces termes :
              « Vous avez entendu dire qu’il y avait dans ce pays de nombreuses ravissantes jeunes filles grecques, aux formes gracieuses drapées dans de somptueuses robes luisant de perles, de coraux, et d’or le plus pur, et elles vivent dans des palais royaux. Le Commandeur des vrais croyants, Al-walid, fils d’Abdal-Malik, vous a choisi pour cette attaque parmi tous ses guerriers arabes, et il vous promet que vous deviendrez ses camarades en obtenant le rang de rois de ce pays. »
              L’historien Al Maqqari - « Le souffle des parfums »

              Les conquêtes islamiques vont engendrer pillages, assassinats, villages brûlés, viols, réduction de populations en esclavage de tous ceux qui refusent l’application de la charia et la soumission à l’islam.

              « Dhikr Bilad Al-Andalus »est un document arabe du XIVème siècle, un catalogue qui relate une multitude de campagnes militaires menées par le calife Almanzor en Espagne, et donne une place importante aux nombreuses femmes et enfants capturés par le hajib (chef religieux vérifiant la bonne application de la charia).
              Lors de la mise à sac et de la prise de Barcelone en 985, le document relate que plus de 70 000 femmes et enfants furent mis en captivité et réduits en esclavage. A Zamora, en 981, plus de 40 000 femmes. A Pampelune, 18 000 femmes. De véritables razzia organisées, visant à noyauter et décimer des familles entières parmi les populations chrétiennes.
              « Conquerors, Brides, and Concubines : Interfaith Relations and Social Power in Medieval Iberia » de Simon Barton – p35

              Suite à la campagne dévastatrice menée par le calife Almanzor sur la province de León en 988, la nonne Flora raconte dans un document conservé aux archives du monastère de Santiago daté du 28 décembre 1023, comment toutes les nonnes du monastère Sainte-Christine furent capturées et emmenées de force, Flora ayant pu s’échapper. On voit dans sa manière de relater les faits à l’époque, que la conquête islamique n’avait rien de véritablement pacifique :
              « Sur le compte des péchés des Chrétiens, le peuple sarrazin, graine des ismaélites, a envahi toutes les provinces de l’Occident en ordre de bataille pour dévorer la terre, et frapper partout avec l’épée, afin de ramener des captifs ; le serpent leur a donné la victoire. Et ils ont abattu les villes, détruit les murs, nous ont foulé aux pieds, ils ont rasé les cités, décapité les hommes, et il n’y a pas une ville, un village, ou un château ayant survécu à cette dévastation. »
              archives « El monasterio de Santiago de León » vol. VI p238, documents regroupés par María del Pilar Yáñez Cifuentes (repris aussi par Simon Barton dans « Conquerors, Brides, and Concubines : Interfaith Relations and Social Power in Medieval Iberia » p36)

              Ce qui s’est passé au monastère de Santiago de León, a été répliqué à Saint-Jacques de Compostelle, Astorga, Zamora, Pampelune, Barcelone,... pendant les campagne de Almanzor sur les deux dernières décennies du dixième siècle.
              A Zamora en 981, Almanzor brûle les Églises et détruit les monastères.
              En 997, il mène une expédition dans le nord-ouest de l’Espagne, pille et détruit la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle, fait raser sa basilique.

              Charles Martel a sauvé la France de la charia islamique, comme les chrétiens ont liquidé Al-Andalus en Espagne et fait expulser les islamistes. Sans lui et ses soldats, la France ressemblerait aujourdhui à l’Algérie, au Maroc, au Pakistan ou à l’Arabie Saoudite.

              Al-Andalus, le mythe d’une Espagne musulmane tolérante et multiculturelle


            • nemesis 10 février 10:05

              @Jonas

              Depuis le 911, je me méfie beaucoup des récits excessifs...

              Il s’est à peine écoulé 19 ans et « on » a déjà réussi à graver dans le marbre le fake officiel au point que même les Emirs du pétrole ont fini par adopter la VO des pays de l’OTAN. Un comble !
              Dans tous les livres d’école dorénavant les enfants apprendront que la tour N°7 s’est effondrée seule sur elle-même et qu’un Boeing peut se désintégrer totalement en s’encastrant dans un batiment au béton renforcé...


            • binary 8 février 21:42

              Montrez moi un seul des livres de sciences originaux qui ont été « traduit » au nom de l islam. Où sont ils ?

              La langue arabe est une obligation religieuse. En pays d islam, tout est islam, ou n est pas.

              Peut on appeler « traducteur » celui qui remplace l original  ?

              Sainte Sophie est elle une mosquée ?

              Il y a une différence entre traduire et s approprier.

              Il y a une différence entre recopier et comprendre.


              • binary 8 février 21:46

                @binary
                « La destination dépend du chemin que l on suit » !

                Pour vous cela semble être de la philosophie.
                Pour d autres, c est une évidence du niveau école maternelle.


              • sylvain sylvain 8 février 21:48

                L’Andalousie, sous la dynastie omeyyade de Cordoue (756-1032), fut une terre heureuse de métissage


                ah bon, moi j’avais entendu que durant toute l’occupation musulmane les chrétiens ne pouvaient pas lever les yeux sur un musulman, avaient, ainsi que les juifs, un statut particulier et que l’esclavage, avec le plus souvent castration pour les hommes, y était une pratique courante .

                Enfin il parait que la colonisation européenne a apporté la modernité et le progrès aux peuples colonisés, l’algérie en premier . C’est surement une vision positive de l’histoire.


                • sylvain sylvain 8 février 21:54

                  d’un Occident, à mille lieues, d’assumer son rôle de garant de la conscience morale


                  vous voulez parler de l’occident démoniaque, siège de l’horrible homme blanc destructeur des peuples ?? faudrait savoir, on peut pas être les deux a la fois .



                  • sylvain sylvain 8 février 22:00

                    J’ai un peu eu l’impression en lisant cet article de feuilleter une pub pour la colonisation musulmane de l’espagne, franchement on voit pas trop le rapport avec le titre, qui appellerait un texte philosophique

                    Il y a des choses intéressantes dans vos textes monsieur Guerroua, mais on ne sait jamais trop si vous êtes en train de lécher l’orgueil éternellement blessé (pas par les chrétiens ou qui que ce soit d’autre d’ailleurs, c’est une question interne) des musulmans ou si vous essayez de développer une vision commune . Surement un peu les deux


                    • racbel 8 février 22:51

                      Désolé de vous contredire concernant les dynasties Omeyyades et Abbassides.

                      Elles étaient la continuité de l’empire romain Byzantin, en effet elles ont repris les mêmes lois les mêmes architectures jusqu’à utiliser les mêmes monnaies en prenant soin d’y ajouter l’écriture Arabe.

                      Non les Omeyyades tout comme les Abbassides étaient des dynasties sanguinaires qui faisait régner la terreur par l’épée et bien sûr les premières victimes furent la famille du prophète.

                      Vous les Musulmans contemporain souffraient d’un complexe d’infériorité face à l’occident jusqu’à mentionner que le Coran confirme des réalités scientifiques découverte par la pseudo-science moderne .

                       Saviez-vous que la terre est plate selon Dieu dans le Coran ? et oui l’Islam est géocentrique

                      Saviez-vous qu’il n’y a aucune mention du Big Bang pas plus que l’atome et le Soleil n’est même pas considéré comme une étoile .

                      « La lune et le soleil ne sont-ils pas égalitaires dans le Coran tous les deux voguent en orbite autour de la terre »


                      • dr.jambon-beurre dr.jambon-beurre 9 février 03:26

                        Crotte, les toilettes sont encore bouchés.


                        • Jean Keim Jean Keim 9 février 07:14

                          Il est difficile d’expliquer comment/pourquoi une civilisation comportant autant de brillants esprits a pu rester inféodée à un livre aussi rétrograde que le Coran.


                          • Jean Keim Jean Keim 9 février 07:18

                            Il est d’une importance absolue, incontournable, fondamentale, de comprendre chacun individuellement au plus profond de notre cœur, de notre intelligence, le rôle essentiel que joue notre mode de penser, sans cette aperception (action d’apercevoir, par laquelle l’esprit appréhende, prend conscience.) tout changement en nous et donc dans le monde est illusoire.

                            Tout peut se résumer en un aphorisme : la pensée ne peut exprimer que ce qu’elle connaît.

                            Une suite d’idées réunies ensemble peut devenir une idéologie, et c’est sur cette construction mentale que le monde au fil de l’histoire, dans une répétition infernale, littéralement diabolique au sens de possession, se construit, se détruit et recommence ; les grands empires, les nations, les religions, les concepts économiques, certains aspects de la science, etc., jusqu’à la pandémie qui occupe nos esprit actuellement, tout absolument tout passe par ce processus, et dans notre petite vie de tous les jours, comme dans celles des plus effroyables despotes que l’histoire a encensés, ce même processus est à l’œuvre.

                            Il y a eu et il y aura encore des êtres humains d’exception sains d’esprit que leur évolution (mot bateau qui veut tout dire et rien dire) mettait à l’abri du délire mental, mais à chaque fois des suiveurs se sont emparés de leur message originel et l’ont codifié, organisé pour en faire une idéologie, une de plus.

                            Le premier pas est donc d’entrevoir de quoi nous sommes le jouet, la suite du mouvement suivra « peut-être » si l’élan n’est pas conceptualisé ou oublié, relégué dans la boîte à idées.


                          • popov 9 février 07:18

                            @Kamal GUERROUA

                            Tout le monde sait que les écrits des philosophes grecs les plus célèbres sont arrivés en Europe grâce à la traduction qui leur était faite en arabe.

                            Non, pas tout le monde. Désolé, moi je ne savais pas, je croyais qu’il s’agissait d’une de ces légendes que les islamiques se racontent pour compenser leur complexe d’infériorité vis à vis de l’Occident.

                             

                            Je reconnais, et salue au passage, l’engouement soudain pour la connaissance qui a saisi le monde islamique vers le IXe siècle, au contact de la Chine, de la Perse, de l’Inde, de la Mésopotamie et du monde gréco-romain.

                            Il faut reconnaître qu’à cette époque, les mahométans n’étaient pas encore en majorité dans les pays conquis. Les savants de l’époque étaient pour la plupart des Perses, même s’ils sont connus sous leurs noms arabes. Le rôle des Bédouins s’est limité à mettre en contact diverses civilisations par leurs conquêtes.

                            La méthode scientifique dont on trouve l’embryon chez Eratosthène et Archimède et qui libère la pensée de tout a priori philosophique ou théologique a presque été re-découverte par les arabo-musulmans.

                            Mais les théologiens, comme Al Ghazali, étaient là pour que cette passion soudaine ne dépasse pas de beaucoup le stade de la compilation. Cet éminent intellectuel, auteur de plusieurs dizaines de livres de philosophie, était sans doutes le mieux placé pour comprendre où frapper pour étouffer dans l’œuf cette pensée rationnelle naissante. Il construisit donc une métaphysique islamique dans laquelle le concept de relation causale est remplacé par ce que l’on appelle l’occasionnalisme : quand on approche une flamme d’une bougie, on donne à Allah l’occasion de manifester son pouvoir en enflammant la mèche. Il n’y a aucune relation de cause à effet. Allah pourrait très bien ne pas enflammer la bougie, mais il le fait de façon prévisible pour ne pas déconcerter les humains.

                            Le pilier de la pensée rationnelle est le concept de relation de cause à effet. Quand on approche une flamme d’une bougie, la mèche de la bougie s’enflamme. La cause, c’est la flamme qu’on approche ; l’effet c’est la flamme de la bougie. On peut alors raffiner l’analyse, voir que la chaleur de la flamme vaporise des matières contenues dans la mèche, qui à une certaine température se combinent à l’oxygène de l’air pour produire à leur tour la chaleur qui entretient la réaction chimique.

                            Il est clair que l’occasionnalisme a été inventé pour préserver le statut des « savants » islamiques qui voyaient en cette science naissante une concurrence au Coran qu’ils prétendaient contenir tout ce qu’il y a lieu de savoir, et dont ils étaient les interpréteurs attitrés.

                            Sans cette métaphysique occasionnaliste, les Arabes auraient marché sur la lune au XVIIe siècle. Mais voila, cette aberration a pris racine. Et la seule science qui a pu encore se développer un peu après Ghazali, c’est la mathématique, qui menaçait beaucoup moins la théologie que les sciences naturelles.

                            Le papier, l’idée de base pour l’imprimerie, la boussole et la poudre à canon nous viennent de Chine par l’intermédiaire des Arabes. Nous avons utilisé l’imprimerie pour accélérer la diffusion de la connaissance, la boussole pour traverser les océans et la poudre à canon pour foutre un raclée aux pirates mahométans qui infestaient la Méditerranée. Les arabo-islamiques ont utilisé la boussole pour trouver la direction de La Mecque et éviter de pisser dans cette direction, pas pour s’aventurer loin des côtes et découvrir l’Amérique.

                            Le monde arabe possédait avant l’Occident tout ce qui en Europe a produit la révolution scientifique. Ils se sont couchés dessus par crainte de se faire accuser d’hérésie par les ânes qui se font appeler « savants islamiques ». Au cours des 5 derniers siècles, le monde arabe n’a strictement rien produit d’utile à l’humanité. Toute la matière grise a été utilisée à produire des listes de ce qui est haram et de ce qui est halal.

                            De toute cette science arabe des premiers siècles, il ne reste que des mots : alambic, alcool, algèbre, alkali, algorithme..., rien d’utilisable, pas même le moindre algorithme.

                            Pendant que l’Occident s’extirpait péniblement de l’obscurantismes religieux, les islamiques s’y engouffraient pour s’y laisser croupir indéfiniment.


                            • William 9 février 18:32

                              @popov
                              Sur cette question de la transmission des textes grecs vers l’occident, la réponse n’est pas en tout ou rien.
                              -Certains philosophes grecs ont été continument connus en Occident, tel Platon (via Plotin), ey même certains livres d’Aristote (traduits par Boece)
                              -D’autres textes philosophiques grecs oubliés en Occident (tels certains livres d’Aristote) restaient connus dans l’empire d’Orient et l’empire Perse, ils ont été traduits en syriaque, puis plus tard en arabe, et réintroduits par les Arabes en Europe.
                              -Des traductions directes depuis les textes grecs ont été ensuite effectués à partir du 12è siècle.


                            • popov 10 février 00:07

                              @William

                              Des traductions directes depuis les textes grecs ont été ensuite effectués à partir du 12è siècle.

                              Il y a avait donc encore des copies de l’original grec en Occident, même si ces ouvrages avaient été oubliés pendant un temps.

                              Ce n’est pas comme si ces ouvrages avaient été re-traduits en grec à partir de l’arabe.


                            • MKT 9 février 12:01

                              Monsieur,

                              Je ne commente que le titre de votre article.

                              Cette question du rapport entre foi et raison (savoir) est très bien expliquée ici :

                              https://www.philolog.fr/foi-et-savoir/


                              • Laconique Laconique 9 février 12:22

                                "Fides et ratio binae quasi pennae videntur quibus veritatis ad contemplationem hominis attollitur animus."


                                Ioannis Pauli pp. II, litteræ encyclicæ Fides et Ratio


                                • microf 9 février 12:40

                                  Fides et ratio est l’incipit de l’encyclique publiée le 14 septembre 1998 par le pape Jean-Paul II. L’intégralité de la phrase introductive est la suivante :

                                  « Fides et ratio binæ quasi pennæ videntur quibus veritatis ad contemplationem hominis attollitur animus. »

                                  « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. »

                                  L’encyclique Fides et ratio est la dernière encyclique parue au XXe siècle. Elle expose la position de l’Église sur la philosophie.

                                  Écrite juste avant l’an 2000, elle cherche à éclairer les hommes sur les différents courants philosophiques qui ont traversé les sociétés occidentales lors des derniers siècles, particulièrement les courants de l’humanisme athée, pour reprendre l’expression du jésuite Henri de Lubac.

                                  Elle indique des pistes nouvelles pour le IIIe millénaire

                                  Introduction - « Connais-toi toi-même »

                                  L’encyclique dresse le constat que les philosophies modernes se sont concentrées sur la connaissance humaine, en se détournant de la question de Dieu et du sens ultime de l’existence humaine :

                                  « Par fausse modestie, on se contente de vérités partielles et provisoires, sans plus chercher à poser des questions radicales sur le sens et sur le fondement ultime de la vie humaine, personnelle et sociale. En somme, on a perdu l’espérance de pouvoir recevoir de la philosophie des réponses définitives à ces questions. » (§5) Chapitre I - La révélation de la sagesse de Dieu Jésus révèle le Père

                                  « Au point de départ de toute réflexion que l’Église entreprend, il y a la conscience d’être dépositaire d’un message qui a son origine en Dieu même. La connaissance qu’elle propose à l’homme ne lui vient pas de sa propre spéculation, mais du fait d’avoir accueilli la parole de Dieu dans la foi »1

                                  Puis, Jean-Paul II rappelle que le Concile Vatican I a voulu l’intelligence de la foi, dans la suite de la Tradition de l’Église.

                                  La raison devant le mystère

                                  La Révélation demeure empreinte de mystère, rappelle l’encyclique. "Certes, par toute sa vie, Jésus révèle le visage du Père, puisqu’il est venu pour faire connaître les profondeurs de Dieu ; (13) et pourtant la connaissance que nous avons de ce visage est toujours marquée par un caractère fragmentaire et par les limites de notre intelligence. Seule la foi permet de pénétrer le mystère, dont elle favorise une compréhension cohérente."

                                  "Le Dieu qui se fait connaître dans l’autorité de sa transcendance absolue apporte aussi des motifs pour la crédibilité de ce qu’il révèle. Par la foi, l’homme donne son assentiment à ce témoignage divin.«  »L’intelligence et la volonté s’exercent au maximum de leur nature spirituelle pour permettre au sujet d’accomplir un acte dans lequel la liberté personnelle est pleinement vécue." dit le Pape en rappelant le Concile Vatican I. Et de rajouter "Et c’est même la foi qui permet à chacun d’exprimer au mieux sa liberté. Autrement dit, la liberté ne se réalise pas dans les choix qui sont contre Dieu. Comment, en effet, le refus de s’ouvrir vers ce qui permet la réalisation de soi-même pourrait-il être considéré comme un usage authentique de la liberté ?"

                                  "Les signes présents dans la Révélation viennent aussi en aide à la raison qui cherche l’intelligence du mystère." explique le Saint-Père. "On est renvoyé là, d’une certaine façon, à la perspective sacramentelle de la Révélation et, en particulier, au signe eucharistique dans lequel l’unité indivisible entre la réalité et sa signification permet de saisir la profondeur du mystère."

                                  "En somme, la connaissance de foi n’annule pas le mystère ; elle ne fait que le rendre plus évident et le manifester comme un fait essentiel pour la vie de l’homme : le Christ Seigneur, « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui dévoile sa plus haute vocation », qui est de participer au mystère de la vie trinitaire de Dieu."


                                  • microf 9 février 12:42

                                    Suite : La Foi et la Raison de Jean-Paul II

                                    Chapitre II - Credo ut intellegam« La sagesse sait et comprend tout » (Sg (9, 11))

                                    Le pape commence par dire que « La profondeur du lien entre la connaissance par la foi et la connaissance par la raison est déjà exprimée dans la Sainte Écriture en des termes d’une clarté étonnante. » Et « Ce qui frappe dans la lecture faite sans préjugés de ces pages de l’Écriture est le fait que dans ces textes se trouvent contenus non seulement la foi d’Israël, mais aussi le trésor de civilisations et de cultures maintenant disparues. Pour ainsi dire, dans un dessein déterminé, l’Égypte et la Mésopotamie font entendre de nouveau leur voix et font revivre certains traits communs des cultures de l’Orient ancien dans ces pages riches d’intuitions particulièrement profondes. »

                                    « Ce n’est pas un hasard si, au moment où l’auteur sacré veut décrire l’homme sage, il le dépeint comme celui qui aime et recherche la vérité : « Heureux l’homme qui médite sur la sagesse et qui raisonne avec intelligence, qui réfléchit dans son cœur sur les voies de la sagesse et qui s’applique à ses secrets. Il la poursuit comme le chasseur, il est aux aguets sur sa piste ; il se penche à ses fenêtres et écoute à ses portes ; il se poste tout près de sa demeure et fixe un pieu dans ses murailles ; il dresse sa tente à proximité et s’établit dans une retraite de bonheur ; il place ses enfants sous sa protection et sous ses rameaux il trouve un abri ; sous son ombre il est protégé de la chaleur et il s’établit dans sa gloire » »

                                    « Il ne peut donc exister aucune compétitivité entre la raison et la foi : l’une s’intègre à l’autre, et chacune a son propre champ d’action. C’est encore le livre des Proverbes qui oriente dans cette direction quand il s’exclame : « C’est la gloire de Dieu de celer une chose, c’est la gloire des rois de la scruter » »

                                    « Nous pouvons donc dire que, par sa réflexion, Israël a su ouvrir à la raison la voie vers le mystère. » Et « À partir de cette forme plus profonde de connaissance, le peuple élu a compris que la raison doit respecter certaines règles fondamentales pour pouvoir exprimer au mieux sa nature. Une première règle consiste à tenir compte du fait que la connaissance de l’homme est un chemin qui n’a aucun répit ; la deuxième naît de la conscience que l’on ne peut s’engager sur une telle route avec l’orgueil de celui qui pense que tout est le fruit d’une conquête personnelle ; une troisième règle est fondée sur la « crainte de Dieu », dont la raison doit reconnaître la souveraine transcendance et en même temps l’amour prévoyant dans le gouvernement du monde. »

                                    « Quand il s’éloigne de ces règles, l’homme s’expose au risque de l’échec et finit par se trouver dans la condition de l’« insensé ». Dans la Bible, cette stupidité comporte une menace pour la vie ; l’insensé en effet s’imagine connaître beaucoup de choses, mais en réalité il n’est pas capable de fixer son regard sur ce qui est essentiel. »

                                    « Acquiers la sagesse, acquiers l’intelligence » (Pr 4, 5)

                                    Jean-Paul II commence par dire : « La connaissance, pour l’Ancien Testament, ne se fonde pas seulement sur une observation attentive de l’homme, du monde et de l’histoire. Elle suppose nécessairement un rapport avec la foi et avec le contenu de la Révélation. » Plus loin : « En réfléchissant sur sa condition, l’homme biblique a découvert qu’il ne pouvait pas se comprendre sinon comme un « être en relation » : avec lui-même, avec le peuple, avec le monde et avec Dieu. Cette ouverture au mystère, qui lui venait de la Révélation, a finalement été pour lui la source d’une vraie connaissance, qui a permis à sa raison de s’engager dans des domaines infinis, ce qui lui donnait une possibilité de compréhension jusqu’alors inespérée. »

                                    Ensuite : « Pour l’auteur sacré, l’effort de la recherche n’était pas exempt de la peine due à l’affrontement aux limites de la raison. » Et : « Cependant, malgré la peine, le croyant ne cède pas. La force pour continuer son chemin vers la vérité lui vient de la certitude que Dieu l’a créé comme un « explorateur » (cf. Qo 1, 13), dont la mission est de ne renoncer à aucune recherche, malgré la tentation continuelle du doute. En s’appuyant sur Dieu, il reste tourné, toujours et partout, vers ce qui est beau, bon et vrai. »

                                    Le Pape explique que « Saint Paul, dans le premier chapitre de sa Lettre aux Romains, nous aide à mieux apprécier à quel point la réflexion des Livres sapientiaux est pénétrante. Développant une argumentation philosophique dans un langage populaire, l’Apôtre exprime une vérité profonde : à travers le créé, les « yeux de l’esprit » peuvent arriver à connaître Dieu. Celui-ci en effet, par l’intermédiaire des créatures, laisse pressentir sa « puissance » et sa « divinité » à la raison (cf. Rm 1, 20). On reconnaît donc à la raison de l’homme une capacité qui semble presque dépasser ses propres limites naturelles : non seulement elle n’est pas confinée dans la connaissance sensorielle, puisqu’elle peut y réfléchir de manière critique, mais, en argumentant sur les données des sens, elle peut aussi atteindre la cause qui est à l’origine de toute réalité sensible. Dans une terminologie philosophique, on pourrait dire que cet important texte paulinien affirme la capacité métaphysique de l’homme. » Et que « Selon l’Apôtre, dans le projet originel de la création était prévue la capacité de la raison de dépasser facilement le donné sensible, de façon à atteindre l’origine même de toute chose, le Créateur. À la suite de la désobéissance par laquelle l’homme a choisi de se placer lui-même en pleine et absolue autonomie par rapport à Celui qui l’avait créé, la possibilité de remonter facilement à Dieu créateur a disparu. » Puis que « Le Livre de la Genèse décrit de manière très expressive cette condition de l’homme, quand il relate que Dieu le plaça dans le jardin d’Eden, au centre duquel était situé « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (2, 17). »

                                    Le pape avertit : « Par conséquent, le rapport du chrétien avec la philosophie demande un discernement radical. Dans le Nouveau Testament, surtout dans les Lettres de saint Paul, un point ressort avec une grande clarté : l’opposition entre « la sagesse de ce monde » et la sagesse de Dieu révélée en Jésus Christ. La profondeur de la sagesse révélée rompt le cercle de nos schémas habituels de réflexion, qui ne sont pas du tout en mesure de l’exprimer de façon appropriée. » Puis vient la réflexion sur le sacré et le profane : « Le commencement de la première Lettre aux Corinthiens pose radicalement ce dilemme. Le Fils de Dieu crucifié est l’événement historique contre lequel se brise toute tentative de l’esprit pour construire sur des argumentations seulement humaines une justification suffisante du sens de l’existence. Le vrai point central, qui défie toute philosophie, est la mort en croix de Jésus Christ. Ici, en effet, toute tentative de réduire le plan salvifique du Père à une pure logique humaine est vouée à l’échec. « Où est-il, le sage ? Où est-il, l’homme cultivé ? Où est-il, le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? » (1 Co 1, 20), se demande l’Apôtre avec emphase. Pour ce que Dieu veut réaliser, la seule sagesse de l’homme sage n’est plus suffisante ; c’est un passage décisif vers l’accueil d’une nouveauté radicale qui est demandé : « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; [...] ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi ; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est » (1 Co 1, 27-28). La sagesse de l’homme refuse de voir dans sa faiblesse la condition de sa force ; mais saint Paul n’hésite pas à affirmer : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10). L’homme ne réussit pas à comprendre comment la mort peut être source de vie et d’amour, mais, pour révéler le mystère de son dessein de salut, Dieu a choisi justement ce que la raison considère comme « folie » et « scandale ». Paul, parlant le langage des philosophes ses contemporains, atteint le sommet de son enseignement ainsi que du paradoxe qu’il veut exprimer : Dieu a choisi dans le monde ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est (cf. 1 Co 1, 28). » Et Jean-Paul II de rajouter : « La raison ne peut pas vider le mystère d’amour que la Croix représente, tandis que la Croix peut donner à la raison la réponse ultime qu’elle cherche. »


                                    • microf 9 février 12:43

                                      Suite 3 : La Foi et la Raison Jean-Paul II

                                      Chapitre III - Intellego ut credam

                                      « L’évangéliste Luc rapporte dans les Actes des Apôtres que, durant ses voyages missionnaires, Paul arriva à Athènes. La cité des philosophes était remplie de statues représentant différentes idoles. Un autel frappa son attention et, saisissant aussitôt cette occasion, il définit un point de départ commun pour lancer l’annonce du kérygme : « Athéniens — dit-il —, à tous égards vous êtes, je le vois, les plus religieux des hommes. Parcourant en effet votre ville et considérant vos monuments sacrés, j’ai trouvé jusqu’à un autel avec l’inscription : « Au dieu inconnu ». Eh bien ! ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer » (Ac 17, 22-23). À partir de là, saint Paul parle de Dieu comme créateur, comme de Celui qui transcende toute chose et qui donne la vie à tout. Il continue ensuite son discours ainsi : « Si d’un principe unique il a fait tout le genre humain pour qu’il habite sur toute la face de la terre, s’il a fixé des temps déterminés et les limites de l’habitat des hommes, c’était afin qu’ils cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons et la trouver ; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous » (Ac 17, 26-27).

                                      L’Apôtre met en lumière une vérité dont l’Église a toujours fait son profit : au plus profond du cœur de l’homme sont semés le désir et la nostalgie de Dieu. La liturgie du Vendredi saint le rappelle aussi avec force quand, invitant à prier pour ceux qui ne croient pas, elle nous fait dire : « Dieu éternel et tout-puissant, toi qui as créé les hommes pour qu’ils te cherchent de tout leur cœur et que leur cœur s’apaise en te trouvant ». (22) Il y a donc un chemin que l’homme peut parcourir s’il le veut ; il part de la capacité de la raison de s’élever au-dessus de ce qui est contingent pour s’élancer vers l’infini.

                                      De plusieurs façons et en des temps différents, l’homme a montré qu’il sait exprimer cet intime désir. La littérature, la musique, la peinture, la sculpture, l’architecture et tous les autres produits de son intelligence créatrice sont devenus des canaux par lesquels il exprime les aspirations de sa recherche. La philosophie, de façon particulière, a épousé ce mouvement et a exprimé, avec ses moyens et selon les modalités scientifiques qui lui sont propres, ce désir universel de l’homme. »

                                      Avancer dans la recherche de la vérité

                                      « L’évangéliste Luc rapporte dans les Actes des Apôtres que, durant ses voyages missionnaires, Paul arriva à Athènes. La cité des philosophes était remplie de statues représentant différentes idoles. Un autel frappa son attention et, saisissant aussitôt cette occasion, il définit un point de départ commun pour lancer l’annonce du kérygme : « Athéniens — dit-il —, à tous égards vous êtes, je le vois, les plus religieux des hommes. Parcourant en effet votre ville et considérant vos monuments sacrés, j’ai trouvé jusqu’à un autel avec l’inscription : « Au dieu inconnu ». Eh bien ! ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer » (Ac 17, 22-23). À partir de là, saint Paul parle de Dieu comme créateur, comme de Celui qui transcende toute chose et qui donne la vie à tout. Il continue ensuite son discours ainsi : « Si d’un principe unique il a fait tout le genre humain pour qu’il habite sur toute la face de la terre, s’il a fixé des temps déterminés et les limites de l’habitat des hommes, c’était afin qu’ils cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons et la trouver ; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous » (Ac 17, 26-27). »

                                      Les différents visages de la vérité de l’hommeUn avertissement : « Il faut reconnaître que la recherche de la vérité ne se présente pas toujours avec une telle transparence et une telle cohérence. La nature limitée de la raison et l’inconstance du cœur obscurcissent et dévient souvent la recherche personnelle. D’autres intérêts d’ordres divers peuvent étouffer la vérité. Il arrive aussi que l’homme l’évite absolument, dès qu’il commence à l’entrevoir, parce qu’il en craint les exigences. »

                                      • microf 9 février 12:45

                                        Suite 4 : La Foi et la Raison Jean-Paul II

                                        Chapitre IV - Les rapports entre la foi et la raisonLes étapes significatives de la rencontre entre la foi et la raison

                                        L’encyclique rappelle le travail d’appropriation par l’Occident, aux XIIe et XIIIe siècles, de la philosophie d’Aristote (§ 39), l’un des plus grands philosophes de la Grèce antique.

                                        Dans la théologie scolastique, le rôle de la raison éduquée par la philosophie devient considérable, sous la poussée de l’interprétation anselmienne de l’intellectus fidei. Pour le saint archevêque de Cantorbéry, la priorité de la foi ne s’oppose pas à la recherche propre à la raison. Celle-ci, en effet, n’est pas appelée à exprimer un jugement sur le contenu de la foi ; elle en serait incapable, parce qu’elle n’est pas apte à cela. Sa tâche est plutôt de savoir trouver un sens, de découvrir des raisons qui permettent à tous de parvenir à une certaine intelligence du contenu de la foi (§ 42).

                                        La constante nouveauté de la pensée de saint Thomas d’Aquin

                                        L’encyclique rappelle que la foi et la raison ont fait l’objet d’études approfondies par saint Thomas d’Aquin au XIIIe siècle, notamment dans sa somme théologique.

                                        Le drame de la séparation entre la foi et la raison

                                        L’encyclique constate le drame de la séparation de la foi et de la raison depuis la fin du Moyen Âge :

                                        « Dans le cadre de la recherche scientifique, on en est venu à imposer une mentalité positiviste qui s’est non seulement éloignée de toute référence à la vision chrétienne du monde, mais qui a aussi et surtout laissé de côté toute référence à une conception métaphysique et morale. En conséquence, certains hommes de science, privés de tout repère éthique, risquent de ne plus avoir comme centres d’intérêt la personne et l’ensemble de sa vie. De plus, certains d’entre eux, conscients des potentialités intérieures au progrès technologique, semblent céder, plus qu’à la logique du marché, à la tentation d’un pouvoir démiurgique sur la nature et sur l’être humain lui-même. » (§ 46)

                                        • microf 9 février 12:47

                                          Suite 5 : La Foi et la Raison Jean-Paul II

                                          Chapitre V - Les interventions du Magistère dans le domaine philosophiqueLe discernement du Magistère comme diaconie de la vérité

                                          Tout d’abord, le pape tord le cou à une idée reçue : citant l’encyclique de son prédécesseur Pie XII Humani generis, il dit « L’Église ne propose pas sa propre philosophie ni ne canonise une quelconque philosophie particulière au détriment des autres. ». Puis, justifie cette position « La raison profonde de cette réserve réside dans le fait que la philosophie, même quand elle entre en relation avec la théologie, doit procéder selon ses méthodes et ses règles ; autrement, il n’y aurait pas de garantie qu’elle reste tournée vers la vérité et qu’elle y tende grâce à une démarche rationnellement vérifiable. ». Ensuite, il ajoute « l’histoire a fait apparaître les déviations et les erreurs dans lesquelles la pensée philosophique, surtout la pensée moderne, est fréquemment tombée ». Précisant à nouveau « Ce n’est ni la tâche ni la compétence du Magistère d’intervenir pour combler les lacunes d’un discours philosophique déficient. Il est de son devoir au contraire de réagir de manière claire et forte lorsque des thèses philosophiques discutables menacent la juste compréhension du donné révélé et quand on diffuse des théories fausses et partisanes qui répandent de graves erreurs, troublant la simplicité et la pureté de la foi du peuple de Dieu. ».

                                          S’inspirant des deux conciles du Vatican, le pape estime que « Le Magistère ecclésiastique peut donc et doit exercer avec autorité, à la lumière de la foi, son propre discernement critique sur les philosophies et sur les affirmations qui sont en opposition avec la doctrine chrétienne. ». Plus loin, il dit « Ce discernement ne doit donc pas être entendu premièrement dans un sens négatif, comme si l’intention du Magistère était d’éliminer ou de réduire toute médiation possible. Au contraire, ses interventions sont destinées en premier lieu à stimuler, à promouvoir et à encourager la pensée philosophique. D’autre part, les philosophes sont les premiers à comprendre l’exigence de l’autocritique et de la correction d’éventuelles erreurs, ainsi que la nécessité de dépasser les limites trop étroites dans lesquelles leur réflexion s’est forgée. De manière particulière, il faut considérer que la vérité est une, bien que ses expressions portent l’empreinte de l’histoire et, plus encore, qu’elles soient l’œuvre d’une raison humaine blessée et affaiblie par le péché. De là, il résulte qu’aucune forme historique de la philosophie ne peut légitimement prétendre embrasser la totalité de la vérité, ni être l’explication plénière de l’être humain, du monde et du rapport de l’homme avec Dieu. » puis « Et aujourd’hui, à cause de la multiplication des systèmes, des méthodes, des concepts et des argumentations philosophiques souvent extrêmement détaillées, un discernement critique à la lumière de la foi s’impose avec une plus grande urgence. Ce discernement n’est pas aisé, car, s’il est déjà difficile de reconnaître les capacités natives et inaliénables de la raison, avec ses limites constitutives et historiques, il est parfois encore plus problématique de discerner ce que les propositions philosophiques particulières offrent de valable et de fécond, du point de vue de la foi, et ce que, à l’inverse, elles présentent de dangereux et d’erroné. L’Église sait de toute façon que les « trésors de la sagesse et de la connaissance » sont cachés dans le Christ (Col 2, 3) ; c’est pourquoi elle intervient en stimulant la réflexion philosophique, afin que ne se ferme pas la voie qui conduit à la reconnaissance du mystère. »

                                          De plus « Ce n’est pas seulement un fait récent que le Magistère intervienne pour exprimer sa pensée en ce qui concerne des doctrines philosophiques déterminées. A titre d’exemple, il suffit de rappeler, au cours des siècles, les déclarations à propos des théories qui soutenaient la préexistence des âmes, ou encore à propos des diverses formes d’idolâtrie et d’ésotérisme superstitieux, contenues dans des thèses d’astrologie, sans oublier les textes plus systématiques contre certaines thèses de l’averroïsme latin, incompatibles avec la foi chrétienne. » « Si la parole du Magistère s’est fait entendre plus souvent à partir du milieu du siècle dernier, c’est parce que, au cours de cette période, de nombreux catholiques se sont reconnu le devoir d’opposer leur propre philosophie aux courants variés de la pensée moderne. À ce point, il devenait nécessaire pour le Magistère de l’Église de veiller à ce que ces philosophies ne dévient pas, à leur tour, dans des formes erronées et négatives. Furent ainsi censurées parallèlement : d’une part, le fidéisme et le traditionalisme radical, pour leur défiance à l’égard des capacités naturelles de la raison ; d’autre part, le rationalisme et l’ontologisme, car ils attribuaient à la raison naturelle ce qui est connaissable uniquement à la lumière de la foi. Le contenu positif de ce débat fit l’objet d’un exposé organique dans la Constitution dogmatique Dei Filius, par laquelle, pour la première fois, un Concile œcuménique, Vatican I, intervenait solennellement sur les relations entre la raison et la foi. L’enseignement de ce texte donna une impulsion forte et positive à la recherche philosophique de nombreux croyants et il constitue encore aujourd’hui une référence et une norme pour une réflexion chrétienne correcte et cohérente dans ce domaine particulier. »

                                          « Les déclarations du Magistère, plus que de thèses philosophiques particulières, se sont préoccupées de la nécessité de la connaissance rationnelle et donc en dernier ressort de l’approche philosophique pour l’intelligence de la foi. » « Contre toute forme de rationalisme, il fallait donc affirmer la distinction entre les mystères de la foi et les découvertes philosophiques, ainsi que la transcendance et l’antériorité des premiers par rapport aux secondes ; d’autre part, contre les tentations fidéistes, il était nécessaire que soit réaffirmée l’unité de la vérité et donc aussi la contribution positive que la connaissance rationnelle peut et doit apporter à la connaissance de foi : « Mais, bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre la foi et la raison, étant donné que c’est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, et qui fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison : Dieu ne pourrait se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai ». » dit le Concile Vatican I.

                                          « Dans notre siècle aussi, le Magistère est revenu à plusieurs reprises sur ce sujet, mettant en garde contre la tentation rationaliste. C’est sur cet arrière-fond que l’on doit situer les interventions du pape saint Pie X, qui mit en relief le fait que, à la base du modernisme, il y avait des assertions philosophiques d’orientation phénoméniste, agnostique et immanentiste. On ne peut pas oublier non plus l’importance qu’eut le refus catholique de la philosophie marxiste et du communisme athée. Le pape Pie XII à son tour fit entendre sa voix quand, dans l’encyclique Humani generis, il mit en garde contre des interprétations erronées, liées aux thèses de l’évolutionnisme, de l’existentialisme et de l’historicisme. Il précisait que ces thèses n’avaient pas été élaborées et n’étaient pas proposées par des théologiens, et qu’elles avaient leur origine « en dehors du bercail du Christ » ; il ajoutait aussi que de telles déviations n’étaient pas simplement à rejeter, mais étaient à examiner de manière critique : « Les théologiens et les philosophes catholiques, qui ont la lourde charge de défendre la vérité humaine et divine, et de la faire pénétrer dans les esprits humains, ne peuvent ni ignorer ni négliger ces systèmes qui s’écartent plus ou moins de la voie droite. Bien plus, ils doivent bien les connaître, d’abord parce que les maux ne se soignent bien que s’ils sont préalablement bien connus, ensuite parce qu’il se cache parfois dans des affirmations fausses elles-mêmes un élément de vérité, enfin parce que ces mêmes affirmations invitent l’esprit à scruter et à considérer plus soigneusement certaines vérités philosophiques et théologiques ».


                                          • microf 9 février 12:48

                                            Suite 5a. La Foi et la Raison Jean-Paul II

                                            Plus récemment, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, accomplissant sa tâche spécifique au service du Magistère universel du Pontife romain, a dû intervenir aussi pour rappeler le danger que comporte l’acceptation non critique, de la part de certains théologiens de la libération, de thèses et de méthodologies issues du marxisme. Le passage qui suit est important « Si nous considérons notre situation actuelle, nous voyons que les problèmes du passé reviennent, mais sous de nouvelles formes. Il ne s’agit plus seulement de questions qui intéressent des personnes particulières ou des groupes, mais de convictions diffuses dans le milieu ambiant, au point de devenir en quelque sorte une mentalité commune. Il en va ainsi, par exemple, de la défiance radicale envers la raison que révèlent les plus récents développements de nombreuses études philosophiques. De plusieurs côtés, on a entendu parler, à ce propos, de « fin de la métaphysique » : on veut que la philosophie se contente de tâches plus modestes, à savoir la seule interprétation des faits, la seule recherche sur des champs déterminés du savoir humain ou sur ses structures. Dans la théologie elle-même, les tentations du passé refont surface. Dans certaines théologies contemporaines par exemple, se développe de nouveau une forme de rationalisme, surtout quand des assertions retenues philosophiquement fondées sont considérées comme des normes pour la recherche théologique. Cela arrive avant tout quand le théologien, par manque de compétence philosophique, se laisse conditionner de manière acritique par des affirmations qui font désormais partie du langage et de la culture courants, mais dépourvues de base rationnelle suffisante. »

                                            On rencontre aussi des dangers de repliement sur le fidéisme, qui ne reconnaît pas l’importance de la connaissance rationnelle et du discours philosophique pour l’intelligence de la foi, plus encore pour la possibilité même de croire en Dieu. Une expression aujourd’hui répandue de cette tendance fidéiste est le « biblicisme », qui tend à faire de la lecture de l’Écriture Sainte ou de son exégèse l’unique point de référence véridique. Il arrive ainsi que la parole de Dieu s’identifie avec la seule Écriture Sainte, rendant vaine de cette manière la doctrine de l’Église que le Concile œcuménique Vatican II a confirmée expressément. Après avoir rappelé que la parole de Dieu est présente à la fois dans les textes sacrés et dans la Tradition, la Constitution Dei Verbum affirme avec force : « La sainte Tradition et la sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la parole de Dieu, confié à l’Église ; en y adhérant, le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs ne cesse de rester fidèlement attaché à l’enseignement des Apôtres ». Cependant, pour l’Église, la sainte Écriture n’est pas la seule référence. En effet, la « règle suprême de sa foi » lui vient de l’unité que l’Esprit a réalisée entre la sainte Tradition, la sainte Écriture et le Magistère de l’Église, en une réciprocité telle que les trois ne peuvent pas subsister de manière indépendante. En outre, il ne faut pas sous-estimer le danger inhérent à la volonté de faire découler la vérité de l’Écriture Sainte de l’application d’une méthodologie unique, oubliant la nécessité d’une exégèse plus large qui permet d’accéder, avec toute l’Église, au sens plénier des textes. Ceux qui se consacrent à l’étude des saintes Écritures doivent toujours avoir présent à l’esprit que les diverses méthodologies herméneutiques ont, elles aussi, à leur base une conception philosophique : il convient de l’examiner avec discernement avant de l’appliquer aux textes sacrés.

                                            D’autres formes de fidéisme latent se reconnaissent au peu de considération accordée à la théologie spéculative, comme aussi au mépris pour la philosophie classique, aux notions desquelles l’intelligence de la foi et les formulations dogmatiques elles-mêmes ont puisé leur terminologie. Le pape Pie XII de vénérée mémoire a mis en garde contre un tel oubli de la tradition philosophique et contre l’abandon des terminologies traditionnelles.

                                            Et de conclure « En définitive, on observe une défiance fréquente envers des assertions globales et absolues, surtout de la part de ceux qui considèrent que la vérité est le résultat du consensus et non de l’adéquation de l’intelligence à la réalité objective. Il est certes compréhensible que, dans un monde où coexistent de nombreuses spécialités, il devienne difficile de reconnaître ce sens plénier et ultime de la vie que la philosophie a traditionnellement recherché. Néanmoins, à la lumière de la foi qui reconnaît en Jésus Christ ce sens ultime, je ne peux pas ne pas encourager les philosophes, chrétiens ou non, à avoir confiance dans les capacités de la raison humaine et à ne pas se fixer des buts trop modestes dans leur réflexion philosophique. La leçon de l’histoire de ce millénaire, que nous sommes sur le point d’achever, témoigne que c’est la voie à suivre : il faut ne pas perdre la passion pour la vérité ultime et l’ardeur pour la recherche, unies à l’audace pour découvrir de nouvelles voies. C’est la foi qui incite la raison à sortir de son isolement et à prendre volontiers des risques pour tout ce qui est beau, bon et vrai. La foi se fait ainsi l’avocat convaincu et convaincant de la raison. »


                                            • Initiativedharman Initiativedharman 9 février 17:00

                                              Entre la Foi et la Raison, je choisis la deuxième option. Mais je suis hors-sujet, l’article ne parle pas de ce choix, dommage...


                                              • William 9 février 18:50

                                                L’article est intéressant au niveau didactique, mais il est difficile d’en tirer une synthèse.

                                                En un mot, les débuts de l’islam ont connu une période de foisonnement de la pensée à partir de l’héritage des cultures des régions conquises (grecques, perses, etc...), mais le rigorisme religieux a mis fin à cette période, la foi a étouffé la raison. Ce à quoi le fondamentalisme actuel veut revenir.

                                                L’Occident du moyen âge, de la renaissance et de l’époque classique a connu un cheminement inverse, la foi prédominait longtemps sur la raison (en s’efforçant de la canaliser), puis le rationalisme a pris le dessus, et a peu à peu fini par escamoter la foi dans la civilisation européenne contemporaine.

                                                Donc on peut voir que le balancier ne semble pas pouvoir trouver un équilibre entre foi et raison au niveau d’une civilisation.
                                                Mais l’équilibre peut être recherché, approché (sinon être atteint) par un courant de pensée ou une démarche individuelle.


                                                • Jonas Jonas 9 février 19:04

                                                  « Le dernier grand philosophe musulman de cette ère des lumières n’était autre qu’Ibn Rushd, mieux connu, en Occident, par son nom latin Averroès. »

                                                  L’Islam interdit strictement toute innovation (’bida), car tout est déjà dicté dans le Coran et la Sounna. La philosophie est par exemple formellement interdite par les préceptes islamiques. Quand Averroès a commencé à vouloir diffuser ses ouvrages, il a été persécuté et a du s’enfuir de Al Andalus, la grande partie de ses écrits furent brûlés. Tout ce qui nous reste de lui a été sauvé par les juifs et chrétiens de l’époque et diffusé uniquement dans le monde occidental.

                                                  Averroès était un juriste musulman (cadi) qui faisait appliquer la charia, pour lui, la seule loi sur terre, c’était celle d’Allah, il n’a jamais séparé le spirituel du temporel, propre à la pensée et doctrine chrétienne.

                                                  Dans son ouvrage de droit islamique « Bidayat al-Mujtahid wa-Nihayat al Muqtasid » Averroès enseigne que :
                                                  « Selon la majorité des savants, la nature obligatoire du Jihad est fondée sur le verset (coranique) [2 :216] : « Il vous est prescrit de combattre, bien que vous y répugnez ». C’est une obligation collective et non personnelle, soit une obligation, sauf quand elle ne peut être menée à bien par un nombre minimum d’individus, elle est annulée pour la préservation des musulmans, fondé sur [9 :122] »

                                                  « Les savants s’accordent sur le sort des polythéistes qui doivent être combattus. Cela est fondé sur [8 :39] « Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de persécution et que la religion reviennent à Dieu totalement »

                                                   »Le dommage infligé à l’ennemi consiste à s’en prendre à ses biens, à le blesser ou à violer sa liberté personnelle, ou à le réduire en esclavage. Cela peut être infligé , selon le Consensus des savants (ijma’) à tous les polythéistes : hommes, femmes, jeunes et vieux, les notables ou personnes non importantes. L’opinion varie seulement sur les moines, qui doivent être laissés en paix et non captifs, et indemnes. Ils appuient cette opinion sur les mots du Prophète : « Laisse les en paix et aussi ce en quoi ils se sont consacré », et la pratique de Abu Bakr.« etc...

                                                  « La plupart des savants s’accordent sur le sort des captifs, plusieurs options s’ouvrent à l’Imam [ tête de l’Etat islamique, le calife, dans le sens des écrits d’Averroès]. Il peut leur pardonner, les réduire en esclavage, les tuer, les relâcher contre une rançon ou comme dhimmi, dans ce dernier cas le captif doit s’acquitter d’une taxe (jizya). (…) l’interprétation obvie du Coran [47 :4] « quand vous rencontrez les mécréants, frappez leurs cous, puis quand vous les avez largement massacrés, serrez bien leurs chaînes », l’Imam est le seul habilité à relâcher les captifs. »

                                                  On voit que les textes de lois coraniques de Al-Andalus diffèrent peu de ceux employés par Daech, l’État Islamique, au Moyen-Orient.


                                                  • Jonas Jonas 9 février 19:21

                                                    « Averroès fut, en quelque sorte, le précurseur du mouvement de l’Aufklärung (les Lumières), au XVII e siècle, auquel le célèbre théologien humaniste Érasme (1466-1536), aurait déjà ouvert la voie en Europe ! »

                                                    L’introduction de la pensée hellénistique (falsafa) dans le monde musulman fut considérée comme une hérésie et condamnée, les textes d’Averroès furent brûlés pendant « l’âge d’or » de Al Andalus, tout ce qui nous reste de lui a été sauvegardé par les dhimmis, et le juriste a dû se réfugier au Maghreb pour échapper à la décapitation.
                                                    En Occident, c’est Thomas d’Aquin qui a réfuté les thèses d’Averroès en publiant une des oeuvres magistrales de la pensée occidentale : « De l’unité de l’intellect contre Averroès ». Thomas d’Aquin, contrairement à Averroès défend que tout homme dispose d’un raisonnement et d’un libre-arbitre, rétablissant ainsi la pensée d’Aristote.
                                                    Rémi Brague, spécialiste et enseignant de la philosophie arabe, montre l’incompatibilité entre la pensée de Averroès et la philosophie chrétienne.


                                                    • Jonas Jonas 9 février 21:10

                                                      Il est assez amusant de constater que vous voulez faire admettre que Averroès a donné à l’occident toue sa philosophie, tout en utilisant comme illustration un extrait de la fresque de Andrea di Bonaiuto : ’Le triomphe de saint Thomas d’Aquin" à l’Eglise Santa Maria Novella, Florence, (1365-67), montrant la réfutation de la philosophie d’Averroès pas un des plus grands penseurs de la civilisation européenne, Saint Thomas d’Aquin, avec le philosophe arabe sous ses pieds.


                                                      • nemesis 10 février 10:13

                                                        Aux uns et aux autres...

                                                        Quand on voit de quoi sont capables nos « seigneuries politiques » du monde occidental contemporain, je me garderais bien d’idéaliser celles du passé....

                                                        Le long métrage « Kingdom of Heaven » que j’ai visionné au moins 3 fois, est significatif à mon sens

                                                        Ceci posé, je ne suis pas un thuriféraire de l’obscurantisme, loin -très loin s’en faut !

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