• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Tribune Libre > Poutine et le spectre de Nicolas II : quand le tsarisme inspire le Kremlin (...)

Poutine et le spectre de Nicolas II : quand le tsarisme inspire le Kremlin moderne

Avril 1903, Kishinev. Une foule enragée attaque les quartiers juifs. Des maisons brûlent, des familles fuient. Nicolas II, tsar de Russie, ferme les yeux sur ces pogroms. Plus d’un siècle plus tard, à Moscou, Poutine cite souvent l’histoire tsariste pour justifier son pouvoir. Il réhabilite Nicolas II comme un martyr. Les parallèles sont clairs : pogroms antisémites d’hier, répression et propagande d’aujourd’hui. L’autocratie tsariste inspire le Kremlin moderne pour unir la nation contre des “ennemis” imaginaires.

 

Les pogroms sous Nicolas II : la violence d’État contre les Juifs

Nicolas II monte sur le trône en 1894. La Russie impériale est en crise. L’économie stagne, les révoltes grondent. Pour détourner la colère du peuple, le régime cible les Juifs. En 1903, à Kishinev, un pogrom tue 49 personnes et blesse des centaines. La police regarde sans agir. Nicolas II accuse les Juifs d’être des “exploiteurs”. En 1905, pendant la révolution, d’autres pogroms éclatent à Odessa. Plus de 400 morts. Le tsar encourage ces violences par sa propagande. Il parle de “menace juive” pour justifier sa répression. Les Juifs sont confinés dans des zones spéciales, sans droits égaux.

 

undefined

 

Ces actes ne sont pas isolés. Ils font partie d’un système autocratique. Nicolas II se voit comme un père divin pour la Russie. Il utilise l’Église orthodoxe pour propager l’idée d’une Russie pure, sans “étrangers”. Les pogroms servent à unir les Russes contre un ennemi commun. Mais cela cache les vrais problèmes : pauvreté, corruption, défaites militaires. Comme dans d’autres empires, l’antisémitisme devient un outil de pouvoir. Nicolas II paie cher : la révolution de 1917 l’abat. Pourtant, son ombre plane encore sur la Russie d’aujourd’hui.

 

Poutine réhabilite Nicolas II : un tsar martyr pour l’histoire officielle

En 2000, Poutine arrive au pouvoir. Il canonise Nicolas II comme saint martyr. L’Église orthodoxe le suit. Des statues du tsar apparaissent partout. Poutine parle de Nicolas II comme d’un dirigeant trahi par des “forces étrangères”. “Nicolas II aimait la Russie”, dit-il dans un discours. Cela sert à glorifier l’empire tsariste. Poutine veut montrer que la Russie est éternelle, forte sous un chef unique. Comme Nicolas II, il se pose en protecteur de la nation.

 

Icon of Tsar-Martyr Nicholas of Russia - 20th c. - (1NI40) - Uncut Mountain  Supply

 

Cette réhabilitation n’est pas innocente. Poutine utilise l’histoire pour justifier son autoritarisme. Il compare son règne à l’époque tsariste. Des films d’État montrent Nicolas II comme un héros pieux. En 2022, pendant la guerre en Ukraine, Poutine cite l’empire tsariste pour revendiquer des terres. “La Russie reprend son héritage”, déclare-t-il. Cela masque les échecs actuels : économie fragile, corruption. Comme Nicolas II, Poutine détourne l’attention avec une propagande nationaliste. Le tsarisme devient un modèle pour le Kremlin.

 

Tsar Putin and Historical Amnesia | Defense.info

 

La propagande : du tsarisme à la Russie de Poutine

Sous Nicolas II, la propagande est simple. Les journaux d’État accusent les Juifs de tous les maux. “Les Juifs complotent contre la Russie sainte”, lisent les Russes. L’Église orthodoxe prêche l’antisémitisme. Cela unit le peuple autour du tsar. En 1905, après une défaite contre le Japon, le régime blame les Juifs pour la faiblesse russe. La police distribue des tracts pour inciter aux pogroms. C’est une machine à haine pour consolider le pouvoir.

Poutine fait pareil aujourd’hui. Sa propagande parle d’une Russie éternelle, héritière des tsars. Les médias d’État montrent Poutine comme un nouveau tsar. En 2022, il compare les sanctions occidentales à des pogroms. “C’est comme les attaques antisémites du passé”, dit-il. Cela inverse les rôles : la Russie est la victime. Pour la guerre en Ukraine, il accuse Kiev d’être “nazie”. Cela rappelle les accusations tsaristes contre les Juifs. La TV russe répète : “L’Occident complote contre nous”. Comme sous Nicolas II, cette propagande cache la répression intérieure et unit le peuple contre un ennemi extérieur.

 

File:Patriarch Kirill.jpg

 

La répression : pogroms d’hier, prisons d’aujourd’hui

Nicolas II réprime sans pitié. En 1905, il envoie l’armée contre les grévistes. Des milliers meurent. Les pogroms font partie de cette violence. La police ferme les yeux ou aide les émeutiers. Les opposants sont exilés en Sibérie. Nicolas II crée une police secrète, l’Okhrana, pour traquer les révolutionnaires. “Tout contestataire est un traître”, pense le tsar. Cela mène à la révolution de 1917. Le régime tsariste tombe parce qu’il étouffe toute voix libre.

Poutine suit le même chemin. Il réprime les opposants avec des lois dures. En 2012, il vote des textes contre l’“extrémisme”. Des milliers finissent en prison, comme Alexeï Navalny, mort en 2024. Poutine compare ses critiques à des “agents étrangers”. Comme les pogroms tsaristes, il tolère des attaques contre les minorités. En 2023, des discours anti-LGBT rappellent l’antisémitisme d’avant. La police secrète - le FSB - traque les dissidents. Poutine dit : “Nous protégeons la Russie traditionnelle”. Pourtant, Poutine est divorcé depuis 2014 et des rumeurs persistantes l’associent à des relations avec des femmes beaucoup plus jeunes, comme Alina Kabaeva, avec qui il aurait des enfants illégitimes. Cela contredit les “valeurs traditionnelles” qu’il promeut, basées sur la famille et la moralité orthodoxe. C’est le tsarisme moderne : répression impitoyable pour garder le pouvoir.

 

Peut être une image de une personne ou plus et texte qui dit ’Vladimir Putin Putin! Tyrant Censor Homophobe Czar Czarof of homophobia Peter Tatchell Foundation PeterTatchellFoundation tion Sneakingnut ИиTaл oghts Solidarity with Russian LGBTs Peter FeterTathell.Foundation eterTatchell Tatchell Speakins Human Foundation Rigghts Peter Tatchell Foundation spealing Dut PeterTatchelLFoundation utf Human forHumanRights tights’

 

L’antisémitisme : une ombre qui persiste

Sous Nicolas II, l’antisémitisme est officiel. Les Juifs sont accusés d’être des “bolcheviks” ou des espions. Les pogroms de 1903-1906 tuent des milliers. Le tsar finance des groupes comme les Centuries Noires pour attaquer les Juifs. C’est une façon de diviser pour régner. Nicolas II croit à des complots juifs, comme dans les “Protocoles des Sages de Sion”, un faux forgé par sa police secrète, l’Okhrana. Ce texte inventé accuse les Juifs de vouloir dominer le monde. Démasqué comme plagiat en 1921, il sert quand même à justifier les violences.

 

 

Poutine ravive ces idées. En 2022, il compare les sanctions à des pogroms, mais accuse l’Occident d’antisémitisme. Pourtant, sa propagande utilise des tropes anti-juifs. Il parle de “judéo-bolchevisme” pour dénigrer l’Ukraine. En 2016, il invite les Juifs d’Europe à venir en Russie, mais tolère l’antisémitisme chez ses alliés d’extrême droite. Des médias d’État diffusent des théories conspirationnistes. Les “Protocoles”, malgré les preuves qu’ils sont un faux, circulent encore en Russie. Des livres et sites conspirationnistes les citent pour attaquer l’Occident. Comme Nicolas II, Poutine utilise l’antisémitisme pour unir contre un ennemi commun. Cela masque les vrais problèmes : corruption, guerre.

 

Vladimir Putin is 'second king of antisemitism after Hitler,' says Zelensky  : r/worldnews

 

Poutine va plus loin avec des insultes directes contre Zelensky, qui est juif. En juin 2023, au forum économique de Saint-Pétersbourg, il déclare : “J’ai beaucoup d’amis juifs depuis l’enfance. Et ils me disent que Zelensky n’est pas juif, mais une honte pour le peuple juif. Ce n’est pas une blague”. Il accuse Zelensky de “couvrir les néo-nazis” tout en étant juif. En septembre 2023, il ajoute que “les conservateurs occidentaux ont mis un juif d’origine à la tête de l’Ukraine” pour “dissimuler l’essence anti-humaine” du pays. Ces mots inversent les rôles : Zelensky, descendant de victimes de l’Holocauste, devient un “traître” à son peuple. Ces propos ont été condamnés comme antisémites par la France, les États-Unis et des organisations juives. Ils recyclent les vieux tropes tsaristes : un Juif au pouvoir qui trahit sa communauté et sert des forces “nazies”. C’est du cynisme pur : Poutine accuse Zelensky de nazisme pour justifier la guerre, tout en utilisant son origine juive pour le discréditer.

 

Rafael Mariano Grossi meeting Volodymyr Zelensky (02090130… | Flickr

 

L’Histoire se répète pour les autocrates

Poutine admire Nicolas II. Il copie son autocratie, à l'instar de Staline : propagande pour glorifier le passé, répression pour écraser les voix libres. Les pogroms d’hier deviennent les lois anti-opposition d’aujourd’hui. L’antisémitisme sert toujours à diviser. Nicolas II a perdu son trône en 1917 parce qu’il a étouffé son peuple jusqu’à l’explosion. Poutine suit la même voie suicidaire : il ment comme il respire, il réprime avec une violence inouïe, il divise pour mieux régner, il pille sans aucune retenue. Mais les Russes ne sont pas dupes éternellement. L’Histoire ne pardonne pas les tyrans qui prennent les peuples pour des idiots. Reconnaître ces parallèles, c’est refuser que la Russie retombe dans le même piège tsariste. Poutine n’est pas un protecteur : c’est un Nicolas II 2.0, avec des oligarques, corrompus jusqu'à la moelle, à la place des boyards. Et comme son modèle, il finira par payer le prix de sa folie autocratique. La Russie mérite beaucoup mieux qu’un tsar recyclé qui s'accroche au pouvoir désespérément.

 

"Si l'homme est créé libre, il doit se gouverner ; Si l'homme a des tyrans, il les doit détrôner".

 

Voltaire

 


Moyenne des avis sur cet article :  1.12/5   (41 votes)




Réagissez à l'article

18 réactions à cet article    


  • Gégène Gégène 29 janvier 11:59

    C’est sûr, le venin de la vipère estroïka n’est pas facile à trouver

    (pour soigner la russophobie phobique primaire, of course. For sure smiley)


    • Bonjour @Gégène,

      « Russophobie »... le mot est lâché ! Le terme de « poutinophobie » me semble beaucoup plus approprié. Ca fait plus de vingt ans que je ne cesse de dénoncer les agissements de l’autocrate Poutine, bien avant les évènements en Ukraine. 

      Je vous invite à relire attentivement mon texte et vous constaterez que j’ai beaucoup de respect et d’empathie pour le peuple russe qui, finalement, n’a jamais connu la liberté. Mais Poutine n’est pas éternel. Il va avoir 74 ans et, tôt ou tard, il devra répondre de ses actes devant le Tout-Puissant. La justice divine, elle, est parfaite et personne ne peut y échapper. 

      Par contre, comme d’habitude, vous tentez de noyer le poisson sans aborder les faits, sourcés et vérifiables. 


    • Thot Thot 29 janvier 12:55

      Des monuments sont érigés en mémoire de Nicolas II dès 1996, soit 4 ans avant l’arrivée de Poutine. Vous faites comme si c’était la volonté politique de Poutine alors que cela vient du peuple et de l’église qui s’est progressivement réapproprié l’époque tsariste.


      • Bonjour @Thot,

        Non, votre remarque est trompeuse.

        Oui, une statue privée de Nicolas II a bien été érigée en 1996 à Taininskoye par des monarchistes orthodoxes : une initiative marginale, sans portée nationale. Mais la canonisation officielle par l’Église orthodoxe russe date d’août 2000, c’est-à-dire sous Poutine. Et les vrais monuments symboliques, avec inauguration officielle et présence du Kremlin, commencent avec Poutine : celui de Moscou en 2017 inauguré par lui-même, entre autres.

        Vous vous accrochez à un détail insignifiant de 1996 pour faire croire que la réhabilitation de Nicolas II est spontanée et “populaire”. Elle est surtout instrumentalisée par le pouvoir poutinien depuis 2000 pour légitimer l’autocratie actuelle et vendre une Russie “éternelle et sacrée”.

        Et surtout : pourquoi vous focalisez-vous uniquement sur ce point minuscule alors que l’article développe une dizaine d’autres parallèles bien plus lourds (propagande, répression, antisémitisme recyclé, instrumentalisation des “valeurs traditionnelles” par un dirigeant divorcé aux relations extra-conjugales connues, etc.) ?

        Ces éléments vous dérangent-ils moins ? Ou préférez-vous détourner le débat sur un détail pour éviter d’affronter le fond ?

      • Thot Thot 29 janvier 13:36

        @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

        Quelle est votre légitimité de parler de la Russie récente, lisez-vous le Russe autrement qu’à travers google trad ?


      • Thot Thot 29 janvier 13:42

        @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

        « Elle est surtout instrumentalisée par le pouvoir poutinien depuis 2000 »

        Par définition, un pouvoir instrumentalise. C’est vrai partout et tout le temps.
        Vous essayez de laisser supposer que cette instrumentalisation est antisémiste, c’est cela le but de votre article.

      • @Thot

        Le grand censeur de la légitimité refait surface !

        Vous exigez mes références et ma maîtrise du russe comme si j’étais au tribunal… mais vous restez planqué derrière « Thot » (ou « Seth »), votre pseudo égyptien si crédible.

        Dites-moi plutôt : quelle est la légitimité des dizaines d’auteurs, sous pseudonyme, qui inondent AgoraVox d’articles quotidiens pro-Poutine, sans aucune source ? Vous leur faites le même interrogatoire ? Ou votre exigence de rigueur ne s’applique qu’aux textes qui vous grattent ?

        Hormis l’attaque perso, avez-vous un seul fait concret à opposer ? Sinon, c’est juste du bruit de fond.

      • Thot Thot 29 janvier 13:57

        @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

        Vous n’avez pas répondu à la question donc je suppose que la réponse est zéro.



      • Thot Thot 29 janvier 13:57

        « Poutine admire Nicolas II. Il copie son autocratie, à l’instar de Staline : propagande pour glorifier le passé »

        Je ne sais pas qui vous êtes mais votre façon de ne présenter qu’une facette des choses et d’une façon carricaturale est pour le moins troublant (tout en traitant les personnes qui regardent le pour et le contre de poutinolâtre).

        Putin’s negative assessment about Nicholas II :

        Putin’s negative assessment of Nicholas II | Nicholas II


        • @Thot

          Je n’ai plus de temps à perdre avec des trolls condescendants qui n’apportent rien d’autre que de l’arrogance et du bruit.

          Si mes articles vous hérissent à ce point, évitez de les lire et allez plutôt vous réfugier chez les poutinolâtres qui pullulent sur ce site : ils sont nombreux et vous y trouverez sûrement l’écho confortable que vous cherchez.

          Bon vent.

        • Thot Thot 29 janvier 18:29

          @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

          Un troll ? pourquoi un troll ?
          Je suis honnête. Parfois je réagis positivement parfois négativement.
          Il faut vous y faire.


        • yasunari yasunari 29 janvier 18:47

          @Giuseppe di Bella di Santa Sofia
          Quelle clairvoyance !
          « trolls condescendants qui n’apportent rien d’autre que de l’arrogance et du bruit ».

          C’est exactement ce que je pense quand je vous lis.


        • Christophe 31 janvier 21:10

          @yasunari

          Entre les non réponses sur ça  et les incohérences de l’auteur relevées ici, je pense que l’auteur se forge une identité pseudoscientifique pour donner du poids à sa désinformation basée sur une russophobie bien ancrée. Il dira que c’est Poutine qu’il exècre mais Poutine a une très grande reconnaissance parmi le peuple russe.


        • Eric F Eric F 29 janvier 18:06

          Il y a une tendance qui s’est accrue ces dernières décennie à juger toute l’histoire de la première moitié du 20è siècle à l’aune de l’antisémitisme. Il en va ainsi de la 2de guerre mondiale, et vous le faites ici pour le tsarisme.
          Le tsarisme était autocratique, nationaliste et intégriste religieux, l’antisémitisme en était un des aspects. Dans le cadre du nazisme, c’était un des piliers idéologiques.

          Comparer l’antisémitisme tsariste à l’anti-kiévisme poutinien me parait également en décalage, dans ce dernier cas c’est dans le cadre du conflit suite à son intégration au bloc occidental, et il y a forcément la réciproque en face. 


          • Bonsoir @Eric F,

            Merci pour votre commentaire et votre point de vue.

            Cependant, l’antisémitisme sous Nicolas II n’était pas un “aspect” secondaire : c’était un outil d’État systématique (pogroms tolérés/encouragés, zone de résidence, Protocoles fabriqués par l’Okhrana, accusations récurrentes de complots juifs).

            Quant à l’“anti-kiévisme” poutinien, il dépasse largement la simple réciprocité géopolitique (discours de “dénazification”, accusations de “génocide” contre les russophones, rhétorique déshumanisante).

            C’est une lecture possible, mais qui minimise fortement la dimension idéologique et historique.

          • Enki Enki 29 janvier 20:33

            Merci de votre article. 

            Pour qu’il soit complet, il manque le nombre de pogromes et de juifs tués durant le règne du tyran antisémite Vladimir Poutine l’Empaleur.


            • Christophe 31 janvier 19:34

              Une comparaison totalement en décalage.

              Les années des pogroms avec l’assentiment du Tsar reposent sur une seule chose, et tout historien un tant soit peu informé le sait : Les protocoles des Sages de Sion.

              Revenons historiquement sur ce faux créé dans un but précis, mais commençons par sa préhistoire car vous n’êtes pas sans savoir que les pogroms contre les juifs étaient un des sports favoris des nations occidentales.

              Ce faux s’inscrit dans une tradition littéraire et politique. Ce texte a une préhistoire au sens où il est précédé dans la longue durée par la publication de multiples textes qui faisaient des Juifs des éléments d’un complot contre les institutions qui régissaient les sociétés des 18ème et 19ème siècles. Réinscrire ce texte dans la longue durée de la production littéraire complotiste et antisémite est essentiel pour comprendre une part de son succès. Ce livre ne surgit pas dans un univers mental qui pour la première fois découvrirait cette thématique. Les sociétés européennes ont été habituées pour une part d’entre elles depuis des décennies à cette idée. En suivant Norman Cohn, Histoire d’un mythe. La conspiration juive et les Protocoles des Sages de Sion édité en 1967, on peut faire courir cette filiation de l’abbé Barruel et de la lettre qu’il reçoit d’un certain Capitaine Simonini dans laquelle celui-ci dénonce les Juifs comme étant les véritables auteurs du complot aboutissant à la Révolution française. Elle se poursuit par des passages du roman de Benjamin Disraëli, Coningsby édité en 1844 dénonçant les ministres des finances d’Europe comme étant tous juifs, l’article d’Edouard Emil Eckert publié en Allemagne en 1862 qui dénonce les Juifs comme étant les vrais maîtres des loges maçonniques ; le roman Biarritz publié par Hermann Goedsche en 1868 et notamment un chapitre nommé Dans le cimetière juif de Prague dans lequel il décrit un discours du rabbin Eichhorn ou Reichhorn qui révèle un complot juif contre la civilisation européenne en général. Bien que faisant partie d’une nouvelle, il fut imprimé séparément en tant que pamphlet antisémite en Russie à partir de 1872. Dans ce même pays, Jacob Brafman, un converti au christianisme orthodoxe chargé par l’Église de convertir les Juifs publie en 1869 le Livre de Kahal. Il y décrit une forme de pouvoir central de la communauté juive tissant la trame de nombreux complots, en particulier en vue de ruiner les commerçants chrétiens. Umberto Eco inclura Jacob Brafman dans la trame de son roman Le Cimetière de Prague. En 1886 dans la France juive d’ Edouard Drumont édité en 1886 diffuse le mythe de la conspiration judéo-maçonnique. En un an l’ouvrage sera réédité 114 fois. C’est dans ce contexte littéraire foisonnant et à succès que les Protocoles des Sages de Sion surgissent.

              Ecrits en 1901, les Protocoles des Sages de Sion sont édités en Russie à partir de 1903. Ils se présentent comme le compte rendu détaillé d’une vingtaine de réunions judéo-maçonniques secrètes au cours desquelles un Sage de Sion s’adresse aux chefs du peuple juif pour leur exposer un plan de domination de l’humanité. Leur objectif  : devenir maîtres du monde après la destruction des monarchies et de la civilisation chrétienne. Ce plan machiavélique prévoit d’utiliser la violence, la ruse, les guerres, les révolutions, la modernisation industrielle et le capitalisme pour mettre à bas l’ordre existant, sur les ruines duquel s’installera le pouvoir juif. L’auteur est un russe, Mathieu Golovinski, avocat radié installé à Paris au service de la police politique russe à Paris. Sous la couverture d’études de médecine, il est secrètement chargé d’écrire des articles pour influencer les journaux en faveur de la politique russe. Dans le débat politique russe de l’époque, l’Okhrana qui l’emploie cherche à convaincre le tsar Nicolas II que la politique libérale que conduit le gouvernement Serge Witte (premier ministre de la Russie) est le résultat d’un complot judéo-maçonnique. Golovinski est donc chargé de créer un faux ouvrage qui pourrait le prouver. Il va s’inspirer du Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, pamphlet anti-bonapartiste oublié de Maurice Joly rédigé pour prouver un risque de domination qu’aurait fait courir Napoléon III dans son complot universel contre la liberté.

              C’est sur la base de ce faux écrit que le Tsar sera persuadé d’un complot juif contre les pouvoirs européens et lancera ou validera les pogroms anti-juifs.

              Comparer à Poutine et ses actions, il existe un problème sérieux. Mis à part le faux argumentaire sur le chef d’état russe, même s’il est loin d’être un ange, ne correspond nullement au tableau négatif que vous lui attribué, marrant d’ailleurs que vous ne fassiez pas le même tableau de Macron ou Van Der Leyen. Je ne pense pas que nous puissions comparer à l’histoire des élucubrations sur des analyses psychologiques sorties du chapeau par une historien de formation autoproclamé.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité

https://middlepassage.dei.uc.pt/https://privacycolab.dei.uc.pt/https://cmd.dei.uc.pt/https://henrique.dei.uc.pt/
https://merdekakreasi.co.id/buku/pkvgames/https://merdekakreasi.co.id/buku/bandarqq/https://merdekakreasi.co.id/buku/dominoqq/https://merdekakreasi.co.id/tentang-kami/
https://simseam.ft.uns.ac.id/https://sipil.ft.uns.ac.id/slot gacorhttps://aku.ac.id/https://jpl.staiku.ac.id/https://jist.publikasiindonesia.id/slot gacorhttps://akperstg.ac.id/https://fisip.uisu.ac.id/https://web.pn-sidrap.go.id/
https://hormon-osteoporosezentrum.de/judi bolahttps://saopaulodeolivenca.am.gov.br/slot gacor