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Accueil du site > Culture & Loisirs > Voyages > Paris insolite : de la Petite Alsace à la Petite Russie

Paris insolite : de la Petite Alsace à la Petite Russie

Le 13e arrondissement est loin de figurer au palmarès des secteurs de Paris les plus visités, faute de monuments remarquables, la manufacture des Gobelins et l’hôpital de la Salpêtrière mis à part. Cet arrondissement n’en recèle pas moins des quartiers pleins de charme, au premier rang desquels la Butte-aux-Cailles, principal point d’attraction de l’arrondissement avec le Chinatown parisien. Zoom sur la Petite Alsace et, beaucoup plus secrète encore, sa voisine la Petite Russie...

Début du 20e siècle. Venue du plateau de Guyancourt, la Bièvre, un très modeste affluent de la Seine, pénètre dans Paris à la Poterne des Peupliers, s’étire le long de la Butte-aux-Cailles, longe la manufacture des Gobelins, puis se transforme en égout dans sa traversée des quartiers Saint-Marcel et Saint-Victor. Il ne lui reste plus qu’à déverser ses eaux usées dans la Seine au sud du Jardin des Plantes. La partie qui nous intéresse ici concerne le flanc ouest de la Butte-aux-Cailles. Au pied de la colline, la rivière a, au fil des siècles, été envahie par des activités artisanales porteuses de nuisances. On trouve sur les rives de la Bièvre des boucheries, des triperies, des tanneries, des teintureries et des blanchisseries, l’eau étant indispensable à l’exercice de ces activités. La puanteur est redoutable, et les eaux repoussantes.

En 1910, la rivière est, après de longs travaux engagés des années plus tôt, couverte d’une dalle pour d’évidentes raisons de salubrité. Dès lors, le quartier change rapidement. Débarrassé de ses activités artisanales polluantes, il s’offre à la construction d’habitations et de locaux à usage professionnel : la Butte-aux-Cailles, auparavant limitée à un hameau du 19e siècle (dépendant jusqu’en 1860 de la commune de Gentilly), peut s’étendre vers l’ouest.

Ailleurs dans le 13e arrondissement, et notamment dans sa partie est, ont été installées durant les précédentes décennies, d’importantes usines dont la raffinerie de sucre Say et l’usine automobile Panhard constituent les deux plus importants gisements d’emplois. Les constructions de logements pour les salariés de ces usines se multiplient, le plus souvent à l’initiative d’associations, de coopératives ouvrières ou de sociétés d’habitations à bon marché. Parmi elles L’habitation familiale, fondée en 1912 par l’abbé Jean Viollet.

À la demande de l’abbé Viollet, l’architecte jurassien Jean Walter est chargé de réaliser un ensemble d’habitations individuelles destiné à des familles ouvrières nombreuses pouvant aller jusqu’à... 12 personnes par foyer ! En accord avec le prêtre bâtisseur, l’architecte, dans le sillage de ses précédentes créations pour les ouvriers de Japy à Montbéliard, conçoit une cité-jardin originale : autour d’une cour arborée de 550 m², 40 petites maisons mitoyennes à colombages inspirées de l’habitat alsacien sortent du sol à la fin de l’année 1912. La Petite Alsace est née.

Pour l’apprécier de l’extérieur, ou en admirer partiellement les maisons sur cour, rien de plus facile : la Petite Alsace se situe au n°10 de la rue Daviel, face à la séduisante villa Daviel, elle-même constituée de jolies maisons individuelles. Difficile en revanche de pénétrer dans la cour de la Petite Alsace, les habitants du lieu étant, à juste titre, très attachés à leur tranquillité. Il est toutefois d’usage que les visiteurs puissent profiter de l’entrée d’un résident pour, avec son accord, franchir la barrière de bois bleu et se glisser sous le porche jusqu’à la limite des premiers pavés de la cour. De là, c’est la quasi-totalité de la cité qui se dévoile, charmante en diable, particulièrement au printemps lorsque les arbres s’habillent de vert tendre avec, à leur pied, primevères et narcisses.

Les Russes blancs de la Butte-aux-Cailles

C’est de ce point d’observation que l’on découvre l’autre lieu insolite du flanc ouest de la Butte-aux-Cailles : la Petite Russie, perchée en arrière-plan, en surplomb de la rangée des maisons à colombages qui ferment au nord la Petite Alsace. Comment diable les maisonnettes blanches de la Petite Russie sont-elles allées se percher dans les hauteurs, à une bonne quinzaine de mètres au-dessus du sol ? Une maison ne doit-elle pas avoir ses fondations ancrées dans le sol ? Certes, et c’est là que réside le principal sujet d’étonnement car la Petite Russie a été construite non sur un banal terrain donnant sur la rue, mais sur le toit-terrasse d’un grand garage !

Pas n’importe quel garage, et pas pour n’importe quels résidents. En 1912, pour faire face au développement croissant du transport automobile, la société des Taxis Citroën cherche un local de remise et d’entretien pour ses véhicules. Son choix se porte sur un terrain attenant à celui de la Petite Alsace. Encore faut-il pouvoir disposer facilement des chauffeurs de ces taxis afin qu’ils puissent prendre tôt leur service ou, au contraire, le terminer tard dans la nuit sans se trouver eux-mêmes dans l’impossibilité de rentrer à leur domicile. D’où l’idée de construire à leur intention des petites maisons. Pas question pour autant de dépenser plus en foncier dans un secteur où les prix augmentent rapidement après la couverture de la Bièvre. C’est alors que surgit l’idée originale de bâtir au-dessus du garage, sur une grande dalle-terrasse commune, un ensemble de 16 maisons mitoyennes réparties en deux rangées de 8 adossées l’une à l’autre.

La Cité Citroën est née. Dès le début figurent parmi les chauffeurs des opposants russes ayant fui la dure répression tsariste lors de la révolution de 1905. Quelques années plus tard, ils sont rejoints par des Russes blancs ayant, à leur tour, fui la révolution bolchévique de 1917. Parmi eux, des officiers de l’armée tsariste qui se révèlent des employés précieux pour leur sérieux au travail. C’est à cette époque que la Cité Citroën prend le nom de Petite Russie, par analogie avec sa voisine la Petite Alsace.

Il n’est malheureusement guère possible de visiter cet ensemble protégé par un digicode au n°22 de la rue Barrault, sauf à emboîter le pas à l’un de ses habitants. Si tel est le cas, il suffit alors de suivre un couloir d’une douzaine de mètres puis, après quelques marches, de prendre à gauche le grand escalier cimenté extérieur qui mène à la Petite Russie, au niveau du 3e étage de l’immeuble sur la rue, occupé par un établissement de la chaîne Timhotel. La meilleure occasion de visiter ce lieu insolite réside toutefois dans les journées portes ouvertes organisées une ou deux fois par an par les artistes du 13e arrondissement. Au plaisir de découvrir la Petite Russie et, en contrebas de la terrasse sud, la Petite Alsace, s’ajoute celui de la visite de l’atelier du peintre néerlandais Jos Verheugen, installé dans ce havre de paix parsemé de jardinières fleuries et de parasols.

Redescendu dans la rue Barrault, il ne reste plus qu’à monter la rue Alphand pour se rendre au cœur de la Butte-aux-Cailles dont les murs sont, ici et là, décorés d’œuvres éphémères de street-art et de slogans de Miss Tic. Après quoi s’impose un verre ou un casse-croûte dans l’une des institutions de la Butte : Le merle moqueur, Le temps des cerises, ou (rue des Cinq-Diamants) le bistrot Chez Gladines. J’ai habité quelques années la Butte-aux-Cailles dans les années 70. J’y achetais mon pain dans la boulangerie de Mme Gsell et mes légumes au cour des halles de M. Clauzade, j’y buvais mon café au bar-tabac Le Longchamp, j’y rencontrai fréquemment M. et Mme Soleil, entièrement vêtus de cuir noir. La Butte était alors un village tranquille en plein Paris. Depuis, elle est devenue l’un des quartiers branchés de la capitale et constitue un lieu de rendez-vous très prisé des bobos parisiens. Les temps changent !

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Paris insolite : de la Petite Alsace à la Petite Russie

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36 réactions à cet article    


  • jako jako 12 août 2013 12:10

    Merci Fergus, je connais bien ces endroits surprenants que vous citez et en particulier le restaurant « le temps des cerises », abordable et amusant un vrai bon moment.


    • Fergus Fergus 12 août 2013 12:55

      Bonjour, Jako.

      Il y a aussi des petits bars sympathiques. Le succès de la Butte est tel qu’il est difficile, les vendredi et samedi soir, de dîner dans certains restaurants. Chez Gladines, les clients réservent une table puis attendent sur le trottoir (parfois en fumant un pétard) qu’elle se libère en discutant et en riant, souvent au détriment, il faut le reconnaître, des riverains lorsque la soirée avance. Cela dit, bonne ambiance garantie, un peu sur le modèle de ce que l’on connaît dans le secteur Oberkampf - Jean-Pierre-Timbaud.


    • escartefigue 12 août 2013 12:44

      Méritant cet article . 


      J’ ai emboité le pas de Fergus pour lire ce billet dévoilant ce que le passant 
       ne saurait voir .

      Les colombages ne sont guère apparents et les cigognes se cachent derrière 
      à l’ arrière . 

      La rivière appelée Bièvre porte un joli nom : La Bièvre  , comme un lièvre 
      resté bouche bée .
       

      Parisse cette putain de ville qui fait rêver le monde entier . 

      Merci Fergus .

      • Fergus Fergus 12 août 2013 13:04

        Salut, Capitaine.

        Moi qui connaît bien l’Alsace, je reconnais bien volontiers que l’inspiration de Jean Walter a été très libre par rapport à la réalité de l’habitat alsacien. Mais le pub aime les références et les clins d’œil, et celui-ci prête en fait autant à sourire que la dénomination de « Venise du Gâtinais » pour la ville de Montargis. Quant aux cigognes, elles sont effectivement planquées quelque part. Mais allez savoir où...

        Pour ce qui est du nom de la Bièvre, les opinions divergent et ont parfois donné lieu à des controverses amusantes. La plus courante étymologie se rapporte au latin « biber » qui signifie castor. Un castor qui, en anglais, se nomme « beaver », mot très proche de notre bièvre français.

        Merci à vous pour la visite.

         


      • Fergus Fergus 12 août 2013 17:25

        Erratum : ...le public aime les références...


      • Mr Dupont 16 août 2013 04:03

        Salut Cap’taine

        « Parisse cette putain de ville qui fait rêver le monde entier »

        Gourance Cap’taine !!!

        « Parisse » qui faisait rêver le monde entier est devenu un cloaque , un coupe-gorges, un souk généralisé, une poubelle à ciel ouvert ou la fiotte est reine et tiens le haut du pavé ( quand il en reste)

        Je suis né à l’hôpital de la Pitié dans le 13 ème fin des années 40 : ma mére était marchande de 4 saisons avec une charrette à bras , le jour de ma naissance elle était stationnée à proximité de l’hôpital, sentant que j’arrivais elle a posé sa charrette pour m’accoucher en urgence

        C’est dire si je connais ma ville , je l’ai dans les tripes

        J’en étais fier, je ne compte pas les nuits ou je l’ai parcourue en long , en large et en travers, en ce temps là c’était faisable.... même tout seul

        J’ai connu aussi la bande à Moustique,à la Bastille à laquelle un branleur est venu branler un temps qui s’est fait appelé par la suite Johnny Hallyday , c’était le temps des Guilietta

        Aujourd’hui : j’ habite à 27 bornes de Paris ; ça fait 15 ans que je n’y ai pas mis les pieds

        Parti comme c’est ; c’est rapé , je partirai sans le revoir

        Et ça m’emmerde.....tu peux pas imaginer comme ça m’emmerde  smiley


      • escartefigue 16 août 2013 08:38

        Salut Calmos , 


        T’ as sûrement un avisse de vrai vécu dans la capitale . 
        J’ ai encore dans la tête une visite de deux jours avec mon père dans 
        l’ année 1957 , on marchait marchait marchait . Monté la Tour , vu les Invalides 
        l’ Arc de Triomphe vu des voitures taxi avec le compteur sur le côté , les bus 
        à terrasse arrière , le vroum du métro , les marchés de quartier . 

        Ton anecdote avec ta maman marchande 4 saisons est très jolie , sa charrette 
        en bois . 

        Et Johnny , t’ as vu Johnny .... smiley

        Le Sacré Coeur puis derrière la place du Tertre ça reste gravé . 

        Les chansons sur Paris , Francis Lemarque  et tous les autres , même 
        le poinçonneur des Lilas , tout ça c ’est dans la tronche . 

        Avec Cabanel et ses bonnes idées dans pas longtemps Paris sera Rom . 

        Il s’ en fout il habite pas là .

        Bien à toi 


      • Fergus Fergus 16 août 2013 09:20

        Bonjour, Mr Dupont.

        Que la ville de Paris ait évolué défavorablement, ici et là, c’est certain, et c’est le lot de la plupart des grandes villes de ne pas rester totalement fidèles à l’image que l’on a pu s’en faire au cours de l’enfance.

        Pour autant, il subsiste de nombreux quartiers intéressants, quelques-uns étant aujourd’hui nettement plus accueillants qu’ils ne l’étaient naguère, à l’époque où les vieilles maisons mouraient dans la lèpre de leurs façades et les odeurs de pisse des cages d’escalier.

        Vous parlez de coupe-gorges. Désolé, mais cela fait plus référence au passé qu’au présent. Certes, il y a la rançon de cette évolution, et notamment la boboïfication de quartiers autrefois presqu’entièrement dédiés aux classes populaires. Mais c’était sans doute le prix à payer pour garder à la ville nombre de ses vieilles demeures héritées des 18e et 19e siècle.

        Je suis d’ailleurs surpris que vous puissiez émettre un jugement aussi péremptoire sur une ville où vous n’avez plus mis les pieds « depuis 15 ans ». Faites l’effort de vous y rendre sans préjugés et balader-vous, au gré de votre inspiration dans différents quartiers. Peut-être votre jugement s’en trouvera-t-il révisé...


      • Fergus Fergus 16 août 2013 09:21

        Erratum : ... baladez-vous...


      • Fergus Fergus 16 août 2013 09:37

        Bonjour, Capitaine.

        1957, c’est l’année à laquelle je faisais référence dans un texte de 2008 consacré à mes années d’enfance parisienne et intitulé Je me souviens. Vous en aviez été lecteur à l’époque.  Dans ce texte, j’évoquais une impasse pavée qui aboutissait, parmi la végétation sauvage, à un atelier de sculpteur. Il y avait aussi une vieille remise dont je n’ai pas parlé à l’époque : celle d’un marchande quatre-saisons , un vieux monsieur algérien qui, tous les jours comme la mère de Mr Dupont, chargeait lourdement sa carriole à bras et allait se poster place Denfert-Rochereau au prix de gros efforts dans la montée du boulevard Saint-Jacques. Parfois, nous l’aidions à quelques gamins sans rien demander en échange mais en sachant que nous hériterions de cerises ou de fraises. Notre immeuble, trop vétuste, a été détruit l’année suivante, de même que l’atelier du sculpteur et la remise. Je n’ai jamais revu ce vieil et j’en ai été sincèrement attristé.


      • escartefigue 16 août 2013 10:16

        Bonjour Fergus , 


        Beau fil en effet , je suis allé le relire , des commentaires pas piqués des vers,

        on y voit Claude , un Alsacienne dont parlait Calmos et qu’ on a plus jamais vu . 

        Une amie virtuelle qui est sans doute partie rue du paradis .

        En fait si j’ aime venir sur Avox , c ’est pour voir des fils conviviaux mélés à des 
        souvenirs anciens , en l’ occurrence presque noir et blanc . 

        Bonne journée à vous , Fergus .

      • Fergus Fergus 16 août 2013 10:26

        Je vous souhaite également une excellente journée, Capitaine.


      • Mr Dupont 16 août 2013 10:31

        Cap’taine

        Tu veux que je t’avoue un truc ?

        Je ne suis jamais monté sur la Tour Eiffel : pour quoi faire ?

        Je l’ai vue par en-dessous, comme on regarde sous la jupe d’une fille

        Par contre je suis monté sur la Tour Montparnasse quand elle était en construction et presque finie , les 10 derniers étages à pied , en haut que le béton sans fenêtres , un zéphe à décorner les cocus : sensations garanties

        De même ; moi qui habite à 7 kms de Disney ; je n’y ai jamais foutu les pieds

        Par contre : je suis allé passer 2 jours au Futuroscope de Poitiers ; je ne l’ai jamais regretté


      • alberto alberto 12 août 2013 13:19

        Salut Fergus,

        Oui, « Le temps des cerises » ,« Le Merle moqueur », autant d’évocations des furieux combats dont fut témoin ce quartier de la Butte-aux-Cailles durant la Commune de Paris...

        Ironie de l’Histoire, aujourd’hui Dame Fortune semble avoir calmé bien des douleurs !

        Il y a aussi le « Jean Baptiste Clément » mais qui se souvient de ce monsieur ?

        Bien à toi.


        • Fergus Fergus 12 août 2013 17:16

          Salut, Alberto.

          Jean-Baptiste Clément, auteur de la chanson « Le temps des cerises », qui fut lui-même un communard. Une place porte son nom à Montmartre, mais il était normal qu’il soit également à l’honneur à la Butte-aux-Cailles où, les 24 et 25 mai 1971, les fédérés repoussèrent à plusieurs reprises les Versaillais de M. Thiers.

          Bonne journée.


        • Sacotin Sacotin 12 août 2013 13:39

          Bonjour Fergus,


          J’ai bien connu la Butte aux Cailles, étant originaire du XIIIème.
          Le changement est tel aujourd’hui que je nomme maintenant cette Butte, « la Pute aux Cailles. »
          Le pognon érode de plus en plus la Butte qui a perdu en grande partie sa substance populaire.
          On peut rappeler que la butte fut l’un des derniers nids de résistance des partisans de la Commune de 1871, sur la rive gauche, et saluer la mémoire du général polonais Wroblewski qui commandait la défense de la Butte.
          Il reste une très nette trace visible de la Bièvre dans la Petite Alsace, mais il faut la découvrir et j’ai appris que l’entrée était codée aujourd’hui, alors qu’il y a peu d’années je la faisais visiter librement


          • Fergus Fergus 12 août 2013 17:24

            Bonjour, Sacotin.

            Vous êtes dur ! Mais il est vrai que la Butte a changé d’âme au fur et à mesure du départ de ses habitants des classes populaires remplacés, au fil des rénovations, par des bobos (le même phénomène est en cours à Marseille dans le quartier du Panier).

            Sauf erreur de ma part, la « trace visible » de la Bièvre à laquelle vous faites allusion se situe à l’arrière de la Petite Alsace en bordure du court espace herbeux qui sépare celle-ci de la Petite Russie.

            Ancien habitant du 13e arrondissement, vous avez dû connaître les bandes des rues Boussingault ou Fontaine-à-Mulard à l’époque des chaînes de vélo...

             


          • Sacotin Sacotin 12 août 2013 18:00

            Bonsoir Fergus,


            Un peu dur, je le conçois ...
            Oui, c’est cela pour la Bièvre.
            En ce qui concerne les bandes que vous citez, j’ai surtout connu celles de le Fontaine-à-Mulard (la Brillat-Savarin, dite « la Brillat », ou « la Brille »). Effectivement, les bagarres se faisaient parfois avec des chaîne de vélo. Certains membres de« la Brillat » ont mal fini ! Et je me souviens aussi de la Porte-d’Italie où venait Jean-Claude Vella, qui a fini flingué dans un coffre de voiture (rivalité bande dite « des siciliens » et bande des frères Zemour). 

            • Fergus Fergus 12 août 2013 18:18

              @ Sacotin.

              A propos des Zemour, cela me remet en mémoire la fameuse fusillade, dans les années 70, du boulevard Saint-Germain où était organisé ce que l’on a appelé « un Yalta du crimé organisé » : les frères Zemour au bistrot « J’ai du bon tabac » et quelques truands emmenés par Louis d’Auteuil en face, au bistrot « Le Thélème ». Arrivée des flics de Broussard, avertis de ce « Yalta » puis une fusillade digne de Chicago entre les flics et les truands. Trois des Zemour restent sur le carreau dont deux pour le compte, sauf erreur de ma part.

              Avis aux touristes : le boulevard Saint-Germain est devenu nettement plus calme !


            • Sacotin Sacotin 12 août 2013 18:25

              Oui, Fergus, une fusillade restée dans les mémoires. Et, sauf erreur, les cinq frères frères Zemour ont tous péri de...mort violente au fil du temps.


              • Christian Labrune Christian Labrune 12 août 2013 21:19

                @Fergus
                Bravo pour cet article ! Je connais très bien le 13e arrondissement, et c’est toujours un plaisir pour moi de remonter vers la place d’Italie en suivant le cours de la Bièvre. On l’a matérialisé par des indications au sol, dans le très beau parc Kellerman ; on sait qu’il suivait la rue de la Colonie, et rien qu’en observant le niveau des rues ensuite, et en choisissant toujours la plus basse, on arrive à ce jardin très long et resserré entre des bâtiments assez ingrats, entre la rue de la glacière et la rue Vergniaud. J’en oublie le nom « jardin du cours de la Bièvre », peut-être. Ensuite, en traversant le boulevard Blanqui, c’est le grand square René Le Gall que peu de Parisiens connaissent, près des Gobelins. La Bièvre passait là aussi. Certaine association milite pour qu’on la fasse sortir de ses tuyaux au moins sur une partie de son cours. Ce serait vraiment très bien.
                J’étais il y a trois jours rue Daviel, précisément à l’entrée de la Petite Alsace, en face dde la charmante villa Daviel, mais la porte est fermée. Il y a un panneau qui invite les visiteurs à ne pas détériorer l’endroit, formulé d’une manière si peu hospitalière que ça m’a un peu refroidi. Mais la prochaine fois, j’essaierai d’aller voir de quoi il retourne. A l’angle de la rue Daviel et de la rue Wurtz, pas loin du curieux temple antoiniste, il y a un boulanger « meilleur ouvrier de France pour les croissants ». Fermé en août, hélas !
                Tout ce petit quartier de la Butte-aux-Cailles est délicieux. On n’y a jamais chassé des cailles ; en fait, c’était la Butte « à » Caille, lequel était propriétaire du terrain à une époque où rien c’était encore la campagne. Les immeubles dépassent rarement quatre étages parce que c’est construit sur le gruyère friable d’anciennes carrières, comme les Buttes-Chaumont. En dehors des terrasses de quelques bistrots qui ont l’apparence de ceux qu’on trouverait dans un village du fond de la province, on ne croise presque personne. Puisque vous n’en parlez pas, je me permets de recommander les merveilleuses petits rues qui descendent vers l’église Sainte-Anne de Maison-blanche. La rue Buot en particulier. L’église, à cause des vitraux de Mauméjean, est une des plus belles de Paris et ses fenêtres rivalisent avec les vitraux de Décorchemont à Sainte-Odile, dans le XVII.
                Mais peut-être vaudrait-il mieux ne pas trop vanter les charmes de ce coin de Paris qui ressemble à certaines salles du Louvre inconnues des touristes et où il est si agréable de se trouver toujours presque seul !


                • Fergus Fergus 12 août 2013 23:03

                  Bonsoir, Christian.

                  Je constate que vous connaissez effectivement très bien le 13e arrondissement. Le square Le Gall, oasis du quartier Croulebarbe, est en effet très méconnu, et force est de constater qu’il n’est pas l’un des plus séduisants de la capitale. Mais son style années 30 en fait une curiosité et un témoin de cette époque.

                  Je n’ai pas parlé de l’église Sainte-Anne ni de la piscine de la Butte-aux-Cailles pour ne pas trop charger l’article, mais l’une et l’autre sont intéressantes, de même que les rues que vous évoquez en citant la rue Buot. Je vais même vous faire une confidence : enfant, mon épouse vivait rue de Pouy et nous nous sommes mariés à Sainte-Anne à une époque où nous n’avions pas encore tourné définitivement le dos à la religion catholique pour ne pas froisser nos parents.

                  Depuis, beaucoup d’eau a coulé dans le lit de la Bièvre, fût-elle souterraine...


                • Sacotin Sacotin 13 août 2013 02:20

                  Fergus , à la Salpêtrière et les Gobelins, on peut ajouter aussi, dans une moindre mesure, mais intéressant, et souvent oublié, le « Chateau de la Reine-Blanche ».


                  • Fergus Fergus 13 août 2013 09:22

                    Bonjour, Sacotin.

                    Vous avez raison de mentionner cet édifice. Longtemps resté noirci par la crasse de la ville, le château dit de la Reine Blanche présentait encore des murs lépreux il y a quelques années. Depuis il a été restauré et débarrassé des dépendances parasites qui le masquaient en partie. Il est même ouvert à la visite mais j’avoue ne pas y être encore allé. A noter que ce château a été construit par la famille de teinturiers Canaye, concurrente des Gobelins, autres teinturiers établis sur la Bièvre qui coulait alors en partie dans ce qui constitue aujourd’hui la rue Berbier du Mets. 

                    On est là aux portes du 5e arrondissement qui, plus encore que le 13e, au passé plus industriel, recèle bien des merveilles architecturales et historiques.


                  • Sacotin Sacotin 13 août 2013 10:02

                    Oui, Et je me souviens que ce château de la Reine Blanche était mis en concurrence avec l’hôtel Saint Pol pour être le lieu où se déroula le bal des ardents. Mais malheureusement pour le XIIIème, il semble que Saint-Pol emporte les suffrages. 


                    • Fergus Fergus 13 août 2013 10:15

                      Un tragique « bal des ardents » qui semble, en effet, avoir été organisé plutôt à l’Hôtel de Saint-Pol. Un hôtel disparu depuis belle lurette tandis que la Reine Blanche est toujours là.


                    • brieli67 13 août 2013 11:24

                      Eh bien ! Fergus 


                      nous avons la Petite France

                      y a encore du boulot sur Paris 13è
                      que d’hostos

                      Et selon l’adage : « ici c’est mieux qu’en face »,

                      Santé ! Xonheit ! 
                      es geld !!


                      • Fergus Fergus 13 août 2013 12:03

                        Salut, Brieli.

                        Très jolies, ces images de la Petite France, autrement plus spectaculaires que celles de la Petite Alsace parisienne. Et la musique du Troisième homme lui va comme un gant, bien qu’autrichienne et jouée sur un cithare d’usage pour le moins rare en Alsace.

                        Quant à cette auberge qui fait face à la prison de la Santé, j’avoue ne pas la connaître. Iles t vrai qu’elle doit être récente et n’existait pas à l’époque où, avant la Butte-aux-Cailles, j’habitais à l’angle de cette rue de la Santé et du boulevard Saint-Jacques (côté 14e arrondissement).

                        Bonne journée.


                      • Sacotin Sacotin 13 août 2013 16:36

                        Fergus, il y aune petite confusion avec « ici c’est mieux qu’en face ».

                        L’auberge du 15 n’est pas située en face de la prison de la Santé, mais dans la partie nord de la rue de la Santé (la prison est dans la partie sud)
                        Il y avait bien un établissement en face de la prison, il portait le nom de « A la bonne Santé », dans les années 30-40 La rénovation immobilière de ce secteur l’a fait disparaitre. Il accueillait parfois, lors des exécutions publiques à la guillotine effectuées sur le bd Arogo (jusqu’en 1939) , des curieux, parfois des amis de la personne allant être exécutée.

                      • Fergus Fergus 13 août 2013 17:03

                        @ Sacotin.

                        Exact, je n’avais pas percuté sur le n° qui correspond effectivement au trottoir qui fait face à Cochin.

                        Ayant habité à 300 m de là, j’ai bien connu le bistrot « A la bonne santé », situé juste en face de l’entrée de la prison, mais aussi les queues de visiteurs et visiteuses, venus voir un détenu. Des détenus avec qui il nous arrivait, à mes copains d’école et moi, d’échanger des saluts en sortant de notre école sur le boulevard Arago.

                        Bonne fin de journée.


                      • alinea Alinea 16 août 2013 00:30

                        Ah que Paris est beau sous votre plume ! La Butte-aux-Cailles.. désolée une larme a brouillé l’encre... de mes vingt ans !


                        • Fergus Fergus 16 août 2013 09:11

                          Bonjour, Alinea.

                          Merci pour votre commentaire.

                          Dois-je en conclure que vous avez fréquenté naguère cette Butte-aux-Cailles à laquelle nous sommes, mon épouse et moi, très attaché ?

                          Certes, le « village » a perdu son caractère populaire - celui-ci ne restant présent qu’au travers des nombreuses références à la Commune de Paris - mais il n’en conserve pas moins beaucoup de charme pour qui aime flâner dans les rues et ruelles de ce vieux quartier parisien.


                        • Magma des cendres rouges rené descendre 18 août 2013 17:44

                          merci pour ces lieus insolites que même nous les parigots ou banlieusard ou oublie de s’y perdre.


                          • Fergus Fergus 18 août 2013 17:52

                            Bonjour, René.

                            Merci à vous également pour m’avoir suivi un moment sur les pentes de la Butte-aux-Cailles.


                          • Magma des cendres rouges rené descendre 19 août 2013 22:56

                            je ne manquerais pas d’y aller, c’est vrai que j’aime quand même flâner dans le quartier chinois et ses sous sol, même si cela semble une hérésie


                            • Fergus Fergus 20 août 2013 09:14

                              Bonjour, René.

                              Lorsque je me rends à Paris, je vais moi-même de temps à autre dans le quartier chinois pour faire quelques emplettes ou pour aller au restaurant. Je connais d’autant mieux ce quartier que je l’ai vu se former autour des Olympiades. A l’époque, après avoir quitté la Butte-aux-Cailles, j’ai longtemps habité rue Dunois, pas très loin de ce quartier où je connaissais plusieurs personnes, y compris des asiatiques.

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