Je vais répondre par une question : pensez-vous que les programmes actuels (je parle bien des programmes et non des résultats) sont adaptés à l’enseignement dispensé au collège ?
Je reviens à l’étude des langues : comment un enfant qui va aborder l’étude d’une langue pourrait-il le faire sans savoir analyser une phrase en français ? Je vais même aller plus loin, car ma femme était autrefois prof d’anglais : comment voulez-vous étudier cette langue lorsque vous n’êtes pas capable de faire la différence entre un "z" et un "y" en écriture cursive et que vous employez l’un à la place de l’autre ? Dans une telle situation, un enfant décroche en moins d’un trimestre et c’est parfaitement normal : il est en situation d’échec sur toute la ligne.
A titre personnel, je suis né "dans le ruisseau" et je n’avais pas beaucoup de chances de m’en sortir dans la vie autrement que par l’école. Je me souviens parfaitement qu’en anglais, par exemple, je n’ai jamais appris une leçon de toute ma scolarité : avoir entendu, compris, enregistré en cours me suffisait.
Mais, parallèlement, je faisais du latin. Et le latin, ce n’est pratiquement que du travail d’analyse.
"Et les nouveaux programmes constitueront à votre sens une solution, une aggravation. Marqueront-ils le retour au temps où tous les élèves n’allaient pas au collège ?"
Il n’y aura pas d’aggravation de la situation si tous les profs des écoles abordent les nouveaux programmes sans a-priori, sans y voir une charge de travail supplémentaire.
Pourquoi voudriez-vous que ces programmes marquent le retour de la "ségrégation" à l’entrée au collège ? Les enseignants du collège ne demandent qu’une chose : que leurs élèves disposent des connaissances fondamentales.
Vous avez raison, moinssez autant que vous voudrez : cela ne changera rien au constat que tout le monde peut faire : 25% des élèves entrant en 6° ne maîtrisent pas la lecture, sont incapables d’aborder l’étude d’une langue étrangère faute de connaître la leur, ne savent pas effectuer un calcul simple de tête.
Selon une étude du CNRS, 5 à 10% des élèves seraient atteints de dyslexie, "maladie" en pleine explosion ces dernières années :
Votre remarque sur le contrat législatif est bien douce. Je me soucie davantage d’une potetielle disparition de l’aspect national de l’Education Nationale. Cela faciliterait assurément la mise en place d’une RGPP répondant à des objectifs budgétaires..... !!!!
Entièrement d’accord. J’irai même plus loin : la privatisation à plus ou moins long terme de l’Education Nationale est programmée, tout comme celle du secteur hospitalier.
Mais, est-ce vraiment une surprise ? A partir du moment où on décide que toute activité doit rapporter de l’argent, la fin justifie les moyens. Nous allons sans doute vers un système "à l’américaine", avec tout ce que cela comporte. J’espère simplement me tromper.
Je pense que vous vous trompez si vous croyez que les élèves des années 50 étaient plus attentifs, plus dociles que ceux d’aujourd’hui. On en est très loin. La seule chose qui ait véritablement changé, c’est la crainte plus ou moins réelle du maître.
Demandez à des enseignants qui ont connu cette glorieuse époque où on passait encore son certificat d’études primaires avant de s’envoler vers la "quille" ce qu’ils en pensent : c’était épuisant.
"Lorsqu’ils vont être confrontés à la division au CE1, ils vont f... le bazar."
Vous êtes en train de me dire que ce qui était possible en 1990 ne l’est plus maintenant ? En quoi l’apprentissage de la division (je parle du sens de l’opération) serait-il générateur de chahut ? J’avoue avoir du mal à comprendre.
"La pédagogie actuelle compte sur leur intérêt et sur leur compréhension pour leur faire acquérir les notions du programme qu’ils doivent mémoriser ensuite,"
Rien de nouveau sous le soleil. Il en a été toujours ainsi. A la fin du CE2, le sens de l’opération, voire son mécanisme parfois, étaient acquis. Et comme les tables de multiplication étaient apprises, on n’avait guère de difficultés.
"Je souhaite ajouter que même si les programmes actuels ne sont pas parfaits, du moins tablent-ils sur l’apprentissage de l’analyse et de la réflexion et ils participent de l’éducation des enfants et non pas de leur "programmation".
Vous savez, j’ai des enfants qui enseignent dans le secondaire. Si vous pouviez voir les copies qu’ils me ramènent parfois ! Si vous le pouvez, faites l’expérience. Prétendre que les programmes actuels tablent sur l’analyse et la compréhension me sidère : des gamins de 6° capables de "décortiquer" une phrase simple, il n’y en a plus beaucoup. Il est vrai que le jargon pédagogiste a aussi fait des dégâts, mais cela n’explique pas tout.