C’est peut être la lassitude de voir des articles sur le sujet entrepreneurial sur AV qui fait que je ne suis pas forcément tendre avec les rédacteurs de ce type d’article (sans parler de certains commentateurs). Mais là j’ai été particulièrement soft.
Dans votre commentaire vous insinuez que le travail réalisé par un entrepreneur en prélude à son entreprise ne serait pas productif. Travail non productif qui permettra d’embaucher une personne chargée du travail administratif - travail non productif par excellence -. On est plus au 18ème siècle, quel sens cela a de parler de travail productif alors que la majorité des biens matériels sont produits de façon automatisée, et que les biens immatériels ne nécessitent par définition aucune matière autre que de la matière grise ?
Concernant la dépendance à double sens, vous faites une erreur magistrale : c’est un graphe orienté. Vous discutez de situations établies où un état d’équilibre a été atteint, c’est-à-dire qu’il y a un patron et des employés (note : patron ne signifie pas forcément entrepreneur, cf. le CAC 40). Mon commentaire porte sur l’initiation du processus, il n’y a donc pas de bijection. L’impulsion initiale permettant la création d’une entreprise indépendante viable est un boulot considérable et le fait d’un entrepreneur. Ce n’est pas un héros, juste un gros bosseur qui a eu, en plus, pas mal de chance, mais au moins qu’on ne le confonde pas avec les dirigeants des multinationales et que l’on ne l’associe pas au MEDEF quand on parle vraiment d’entrepreneuriat.
Juste pour avoir le plaisir de me faire « moinser » : pour créer des emplois il faut des employeurs. Avant de devenir employeur, il faut entreprendre : trouver du financement, une idée, un business model, un business plan voire réaliser en tout ou partie le projet seul et sans moyen. Ça s’appelle du travail (beaucoup) et ce serait illégal au regard du Code de travail en tant que salarié compte tenu de la charge.
Après si les choses démarrent, des emplois peuvent être créés mais dire que c’est le salarié qui crée toute la valeur ajoutée est totalement faux. Ironiquement c’est la capitalisation (non financière) du travail initial de l’entrepreneur qui permet la création d’emploi, mais visiblement ce point ne figure pas dans les ouvrages des « grands » « économistes ».
Maintenant si on ne regarde, comme d’habitude, que du côté de 40 multinationales dirigées par des héritiers et du MEDEF sans rien connaître de la vie réelle d’un vrai entrepreneur, de plus en France où la surcharge pondérale en matière réglementaire et législative n’aide pas, bah ça donne ce genre d’article.
Je suis assez partagé après avoir lu cet article. Autant la décision d’enseigner la fibre entrepreneuriale ne me semble pas une mauvaise idée, autant les moyens prévisibles qui seront mis en place seront catastrophiques. Être entrepreneur ce n’est pas connaître par cœur quelques « recettes de cuisine » ou être sanctionné par un MBA ; c’est un état d’esprit mais aussi beaucoup de culture générale dans diverses matières qui curieusement ne sont justement pas enseignées. Par exemple le droit est inexistant au lycée. Le seul moment ou la plupart des citoyens y sont confrontés c’est lors de l’examen du Code de la route ! Franchement j’ai du mal à imaginer un enseignement thématique sur l’entreprise, tout au contraire c’est plus l’enseignement général qu’il faudrait renforcer et peut être qu’au lieu d’enseigner l’histoire sous l’aspect essentiellement politique il serait possible de mettre en exergues les réussites scientifiques et techniques au fil du temps ; des gens souvent seuls qui se sont dit « Et pourquoi ne pas essayer ? ».
En supposant une durée de 40 ans et 2% d’intérêts c’est autour de 22000 € par mois, ou 264000 € par an. Pour quelqu’un qui ne serait pas imposable et qui arrive à obtenir un emprunt bancaire, c’est fort. Pourquoi s’emmerder à créer des entreprises et des emplois dans ces conditions ?
Le problème est mal posé. C’est juste un effet de la « propriété intellectuelle » qui il y a un siècle était à peu près bien délimitée entre la propriété industrielle (brevets) et la propriété littéraire et artistique (droit d’auteur). Aujourd’hui ce sont les lobbys qui écrivent la loi (par exemple le célèbre amendement Vivendi de la loi DADVSI) et qui s’octroient des rentes par la voie législative compatissante. Le seul pouvoir qui existe (encore) c’est de ne pas acheter mais c’est diablement efficace.