Pour aller dans votre sens, Charles, je suis Blanc-latino (origines provençales-italiennes pour être tout à fait précis) et depuis que je suis en âge d’apprécier la musique j’adore la soul. J’en suis venu par la suite à ses dérivés, rap, hip-hop, trip-hop, j’apprécie beaucoup la breakdance (même si je ne pratique pas) et il y a quelques années je me suis mis à faire de la soul tendance old school (Philly Sound) sur mon ordinateur. Aujourd’hui j’ai mon profil sur plusieurs sites de musique où des gens de tous les âges, de tous les milieux, de toutes les couleurs et de tous les métissages possibles écoutent ma musique et la téléchargent... Noirs compris, sans se préoccuper de ce que le zig qui est derrière le groove, les percus et les orchestrations n’est pas afro-américain (selon la terminologie politiquement correcte en vigueur chez nos cousins d’outre-Atlantique). Par contre je n’aime ni le foot ni l’alcool ni la pétanque ni le rock... dont on pourrait dire vite fait, comme d’aucuns, qu’ils appartiennent à la culture blanche. Vous avez raison de rappeler qu’on n’a pas à réduire quelqu’un aux supposées qualités et vertus de sa culture d’appartenance. Combien de fois ai-je entendu de braves gens intelligentes et cultivées affirmer que les meilleurs chefs d’orchestres, violonistes et hommes d’affaire sont juifs, que les noirs sont très doués pour l’athlétisme et la danse, et les blancs, eh bien, les blancs... et là ils s’arrêtaient net. Parce qu’ils étaient eux-même des blancs et qu’en tant que tels, s’ils pouvaient aisément juger des particularismes qu’ils prêtaient aux juifs et aux noirs, ils n’étaient ni juifs ni noirs pour juger des particularismes que ceux-ci prêtent aux blancs. Car le raisonnement inverse peut être valable. Il est affaire d’ignorance, ou du moins de non-vécu. Si vous avez grandi dans un milieu cosmopolite, vous voyez les choses différemment.
Pour en revenir à l’Obamania planétaire, car le phénomène est planétaire, ce qui en soi est inédit, elle peut s’expliquer, selon moi, non seulement parce que Barack Obama est Noir, parce qu’il a l’air sympa, qu’il vient du ghetto, en somme qu’il ressemble à un soul man plus qu’à un politicien, mais surtout parce qu’il représente un condensé des métissages du Sud, il est afro-américain, ses origines sont indonésiennes, musulmanes, il porte un second prénom arabe... bref, ce peut être ce côté citoyen de l’autre monde, sorte de porte-parole du Sud, d’icone du tiers-monde, qui joue dans ce phénomène inédit de popularité.
Le problème est qu’Obama n’est pas un soul man. Il est un politicien. Et c’est peut-être là que le beau rêve, pour beaucoup, achoppera à des réalités pas très glamour. Car jusqu’à plus ample informé, aux Etats-Unis comme en Europe, dans un contexte de mondialisation néolibérale, ce ne sont pas les politiciens qui mènent le jeu, et la démocratie n’est que poudre aux yeux.
Heureusement, l’Histoire ne s’écrit pas selon un continuum logique. Exemple le 9/11, évènement imprévisible dont nous sommes loin d’avoir éprouvé toutes les conséquences. L’élection de Barack Obama n’était pas prévisible il y a un an, elle était seulement envisageable, c’est en cela qu’elle paraît aujourd’hui inespérée.
Elle est célébrée partout, ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Jamais une élection locale n’avait engendré de liesse planétaire. C’est que cette élection est lourde de sens, elle nous parle, peut-être plus directement à nous Français, dont une majorité d’électeurs a confié l’an passé les rênes du pouvoir à un sinistre succédané de GW Bush.
A qui parle-t-elle en particulier, chez nous, cette élection de Barack Obama ? Aux jeunes des cités, aux jeunes d’origine africaine et maghrebine, aux jeunes tout court, aux Antillais, aux Comoriens, aux émigrés et fils d’émigrés, jeunes et moins jeunes, aux métis, aux petites gens, à un peuple de gauche orphelin d’une véritable alternative à gauche. A tous ceux en fait qui doutent sérieusement du principe d’égalité des chances dont nos apôtres des valeurs républicaines nous rabattent les oreilles à longueur de palabres.
Cela me donne à penser que le phénomène Obama, s’il devait connaître un destin positif (pourquoi en douter systématiquement, comme le font certains ?), pourrait avoir de sacrées implications dans notre petite vasouille politicarde franco-française, et a fortiori en Europe.
Excellent article, dont on peut regretter qu’il ne soit pas davantage commenté. Quant à savoir si les Français se décideront enfin à relever la tête en 2009, personnellement je n’y crois pas dans la mesure où il n’existe toujours aucune alternative capable de damer le pion à la nébuleuse UMPS. Relever la tête pour quoi ? Pour voir réapparaître, à l’issue d’une crise sociale s’articulant sur des législatives anticipées, les aparatchiks de l’opposition que l’on avait chassés dix ans auparavant au profit de ceux que l’on vient de fiche dehors ? Rien n’évoluera de façon positive dans la société française tant que nous nous coltinerons le système politico-féodalo-népotico-mafieux que nous ne connaissons que trop en ce qu’il n’a cessé depuis l’après-guerre de nous fournir des preuves de sa nocivité.
Le carriérisme politicien est un fléau, il est un non-sens également. Le mandat électif unique et non-renouvelable, pour tout portefeuille décisionnel, du maire au Président via les conseillers généraux, régionaux, députaille et sénateurs, serait une première solution. La seconde consisterait en la mise en place d’un référendum de mi-mandat, où le peuple déciderait ou non de conserver ses élus au regard d’un premier bilan.
Un conseil d’ami : si vous partagez mes petites idées, évitez de les évoquer en public : vous vous ferez traiter de fou. Ce qui en dit long sur la foi qui anime nos semblables en nos valeurs républicaines.
Il y a aussi la possibilité de se faire une playlist sur Deezer ou Songbeat et de l’enregistrer en .mp3 à partir d’un éditeur de son de type Audacity, Sound Editor ou CoolEdit. Ceci on ne peu plus légalement. Pour ce qui est des Etats-Unis, je ne sais pas si le téléchargement sauvage a réellement baissé, et si oui grâce à des mesurettes répressives... En tout cas, il y a là-bas des alternatives légales au téléchargement sauvage, qui sont intégralement payées par la pub. On y vient doucement avec SongBeat et CDiscount pour les films, et je pense que c’est la solution que privilégieront à l’avenir les majors de l’audiovisuel en Europe... puis en France une fois que les ravages engendrés par l’Hadopi auront achevé de démanteler notre vieille exception cuculturelle et mis à mal les aparatchiks qui se gargarisent aujourd’hui de sa prochaine mise en oeuvre. S’il faut ça pour court-circuiter les pratiques sordides de la nébuleuse Sacem-Snep-Fnac and co, eh bien allons-y, et je vous mets mon ticket que dans six mois d’ici, nos z’artistes qui hier crachaient sur la Mule l’encenseront comme un vecteur de promo plus efficace que Drucker, ils trouveront ça très cool et comme Souchon le fait déjà, ils proposeront au téléchargement gratuit une ou deux pistes de leur boulette du moment. De toute façon, ce n’est avec l’Hadopi qu’on relèvera le niveau de ce qui se grave sous contrat sur les galettes vendues trop cher dans nos grandes surfaces. Le fond du problème est dans la panne créative qui fait que les artistes, aujourd’hui, se contentent de faire du neuf avec du vieux pour un public qui n’est fichtrement plus celui de Led Zep, de Léo Ferré ou de la Stax. S’ils font autrement ils n’auront pas la moindre chance d’être signés, et il leur restera à se trouver des fans sur Imeem et LastFM.
Tiens, je lance un appel aux initiés du téléchargement sauvage : existe-t-il des statistiques de ce qui est majoritairement téléchargé, films, artistes, musique, séries ? Sait-on en gros qui télécharge quoi ?
Loi lobbyiste promise à amendements, réformes puis abrogation, car allant à l’encontre des intérêts réels de ceux qu’elle prétend défendre... ceux-là même qui contribuent indirectement à mettre à notre disposition des logiciels de P2P et des supports de stockage de plus en plus performants et bon marché. Pourquoi, sinon, les fabriquants équiperaient-ils nos ordis de DD allant de 500 GO à 1 TO et d’une somme colossale de RAM ? C’est une pure supposition de ma part, et je précise que je n’utilise pas de logiciel P2P... faute de trouver de l’intérêt à télécharger la production audiovisuelle actuelle. Le streaming me suffit.
Je me demande d’ailleurs si l’Hadopi n’est pas l’arbre qui cache la forêt, à savoir un outil-alibi destiné à créer du flicage légalisé à d’autres fins que la protection du droit d’auteur des fils-de qui font notre pitoyable "exception cuculturelle". On a compris que le web met nos élites mal à l’aise, en ce qu’il nous permet de communiquer et surtout d’échapper à la police de la pensée distillée par des media qui n’a jamais été aussi étatiques. Bien sûr on trouvera à contourner, dans un premier temps, les chausse-trapes de l’Hadopi, certainement que la France sera stigmatisée, peut-être condamnée par l’Europe, en tout cas ridiculisée comme elle en a l’habitude au regard de la planète entière.... l’Hadopi n’est rien d’autre qu’une promesse tenue entre-soi, un renvoi d’ascenseur dont les conséquences promettent d’être très lourdes... pour ses instigateurs.