La gauche, je recommencerai à y croire quand elle donnera dans l’exemple concret. Je rappelle à ceux qui l’auraient oublié ici (et c’est assez facile de l’oublier, en fait) qu’elle est à la tête de 22 régions sur 24 (ou quelque chose du genre) où on ne peut pas dire que ça se passe très bien pour ce qui est supposé être sa clientèle, à savoir les ouvriers, les chômeurs, les petits retraités, les personnes administrativement marginalisées telles que les Rmistes et les handicapés promis à la casse du RSA, sans oublier les classes moyennes mises en péril par la peste libérale. Tu nous dit que Hamon incarne un nécessaire recentrage à gauche au PS ? Moi Hamon je ne le connais pas, mais si je le vois se pointer en tant que militant dans une entreprise dite d’insertion où l’on exploite des pauvres gens au titre du RSA pour leur proposer, à ces pauvres gens, mieux que le RSA en version durable, en somme de quoi vivre décemment en nourrissant des projets personnels, Ok mec ! je commencerai à envisager d’y croire, à ton Hamon. Pour l’instant, c’est le statu quo. Tu comprends, on est un peu blasés des politicards de la petite gogauche qui ne remettent plus rien en question et surtout pas ce qu’il serait urgent de fiche en l’air pour notre bien-être à tous. Alors wait and see, on veut vouloir y croire...
Le peuple peut exploser comme un sac de pommes de terre, une charge de plastic ou un vieux pneu. Force est de constater qu’il n’explose pas. En pourrissant, les patates se ramolissent. Le plastic se fossilise. Le vieux pneu se craquelle quand la bagnole au-dessus ne roule plus. On crève doucement, c’est ce que j’en pense.
Mais je ne méprise personne "glopglop", je constate, c’est tout. Mépriser c’est encore participer, en ce sens qu’on y pige quelque chose. Or je n’y pige plus rien, vois-tu ? Je ne peux pas comprendre qu’on en soit là, nous, avec l’héritage culturel qui est le nôtre, la réputation qui est encore la nôtre, le sang gaulois qui traîne dans nos veines. Dire qu’en Angleterre on croit encore qu’ici, les lois s’écrivent dans la rue ! Dire que nous étions un pays de boucs retors affamés de bonne chère, goûtant le bon vin et les plaisirs de la gaudriole. Nous étions des hérétiques, et nous voilà devenus des lavettes. Nous critiquions les japonais, il n’y a pas si longtemps, pour leur obsession du travail et leur obséquiosité envers leurs patrons. Nous critiquions les américains pour les gamineries que nous leur prêtions, leurs bagnoles farcies de chromes, leurs gadgets idiots, leur vénalité galopante, leur religiosité béate, leur délire productiviste et leur discipline d’agneaux ! Et nous nous moquions des chinois, tous pareils, faits pour l’usine et aptes comme personne à fermer leur gueule. Nous étions plus forts qu’eux, à ça pas de doute. Nous étions des gaulois, fiers de toujours la ramener et connus (enviés ?) pour notre indiscipline. On en a même fait tout un folklore dans le cinéma extra-muros : le franchouille sans-gêne, qui se foutait ouvertement du flic, qui méprisait l’uniforme, l’autorité en général. Tout le contraire d’un peuple d’esclaves.
Et nous sommes devenus quoi ?
Tu me parles de la gauche. Laquelle ? Celle que le peuple a prise en pleine poire vingt-deux ans durant ? Et dont Sarko est le digne héritier ? Tu me parles d’idéaux de gauche. Lesquels ? Ceux qui se bassinent à longueur de palabre dans l’entre-soi des congrès et des assemblées générales, sans que ça change quoi que ce soit au malaise dont le Monolecte nous décrit l’un des symptômes... pendant que les syndicats vendus signent les yeux fermés tout ce que les mafieux du Medef les prient gentiment de signer moyennant de petits avantages qui ne se cachent même plus ?
Quelle foi veux-tu encore entretenir en ce peuple qui descendrait sans la rue si on lui interdisait, par mesure d’économie, de sortir sa bagnole le dimanche, mais qui ferme sa gueule lorsqu’on l’informe que des gens crèvent à la rue, que des étrangers se défenestrent pour échapper aux flics, qu’un type est payé grassement à tenir un ministère de l’identité nationale, chez nous ? Mais mon pauvre, demain tu vas voir qu’ils vont nous ressortir les camps pour y coller des excités comme ton serviteur et quelques-uns ici, entre autres étrangers, handicapés, inemployables, gitans et soi-disant gauchistes, et le peuple il dira amen en cochant sa grille habdomadaire, comme il a déjà dit amen à trop d’infâmies commises depuis un an et demi.
Pardon, je me suis trompé de balise et ma réponse est tombée tout au bout de la colonne. Je disais que d’après moi, le peuple n’est jamais que ce qu’il fait de lui-même, et que c’est bien ce qui me chagrine. "Du pain et des jeux", le slogan ne vaut que pour ceux qui le radotent depuis un an et demi, comme pour se démarquer de "l’autre France", celle des vieux z’affreux, des bourges z’innommables, des proprios z’incultes, des suppots z’avinés de Bernard Laporte... Un parti a pris le pouvoir suite à un cheminement logique commencé il y a plus de vingt ans sous la gauche,. Ce parti, ses sympathisants et l’idéologie dont ils se réclament détiennent un pouvoir si absolu qu’il en est à présent intériorisé, et qu’il rejaillit dans les comportements tels que ceux que tu décris dans ton article. Pourquoi cette absence de sens critique ? Pourquoi ces conditionnements ? Le pain était-il drogué ? Les jeux ont-ils des vertus hyprnotiques ? Non. C’est tout bêtement qu’en face il n’y a plus de proposition qui tienne la route, et tu n’y peux rien, et je n’y peux rien. Parle de lutte des classes, personne ne comprendra précisément à quoi tu fais alluson. Parle de lutte, on te rira au nez en te jetant à la gueule les processions syndicales et la mièvrerie de leurs slogans. Le peuple n’est jamais que ce qu’il fait de lui même au regard d’un contexte. S’il s’est aveuli, c’est de la même façon que dans un vieux couple, quand le type commence à se faire du bide et qu’il reluque en douce les fesses de la collégienne qui passe parce que l’élue de sa vie n’a pas su s’arranger pour rester baisable. S’il est devenu con, ce n’est pas qu’on l’ait rendu con, c’est qu’il ne lui restait que la solution de la connerie pour maintenir une illusion d’appartenance à quelque chose de grégaire et de rassurant.