Il y a quelques incompréhensions que je souhaite éclaricr avant de répondre aux dernières questions. Je ne sais pas ce que vous entendez par "niveau académique", mais c’est hors sujet ici : Si on a des sujets qui pour la plupart sont allé à l’école jusque 18 ans, c’est une petite minorité qui a l’occasion de poursuivre sur des études universitaires. Les langues sont apprises, parlées, utilisées dans la rue ou dans le cadre privé. Et les versions des langues ne sont pas des standards, donc pas académiques.
Il ne faut pas parler de "en Afrique..." ou de "multilinguisme africain", mais plutôt de multilinguisme des métropoles des pays africains, car les situations sont très différentes entre le monde rural et le monde urbain. De même, lorsqu’i y a des phénomènes de ségrégation géographique entre riches et pauvres, les pratiques linguisitques sont très différentes.
Les remarques faites dans un autre post à Skirlet n’étaient pas anodines : "Africain", certes, mais d’une mégalopole, d’une petite ville, ou des campagnes ? Issu d’un milieu riche et éduqué, ou la langue coloniale est appréciée, ou d’un milieu populaire ou l’on se mélange ?
Skirlet se permet encore de mettre en doute ma bonne foi : "Alors pourquoi garder les langues coloniales, facteur d’inégalités ? Et dans quelles langues se fait l’instruction ? Si vous dites que ces locuteurs des 12 langues les parlent au même niveau (équivalent bac ou université), il sera vraiment difficile de vous croire."
Laissez moi vous décrire le cas d’un individu, vous saisierez mieux de quoi il s’agit, et vous mesurerez mieux l’impact du milieu social : Lebo est né en 78. Il est évlévé par sa grand-mère en seSotho d’abord, puis par sa mère en Xhosa, qu’il quittte à l’age de 13 ans. Il se retrouve dans les rues de Soweto et est receuili par des gangsters. A 15 ans, il porte un AK-47 sur l’épaule... C’est la fin de la lutte anti-apartheid, les temps sont durs... Dans la rue et avec les gangsters, il ne parle que l’Iscamtho, qui par nature développe des compétences dans les langues qui le composent. Il apprend dans son adolescence le Zulu, qui est l’une des Linguae Francae locales, et ses connaissances en seSotho lui permettent de comprendre le Tswana et le Pedi. Puis, au milieu des années 90, il va en prison, ou il apprend le Shalambombo et dans une certaine mesure l’Afrikaans. En sortant de la, il vie quelques années avec un femme Ndebele, dont il a une fille. Celle-ci est élevé en Ndebele par sa mère, en Xhosa par sa grand-mère maternelle, en Iscamtho et seSotho par son père... Et ses amies dans la rue peuvent parler n’importe la quelle des 9 langues indigènes officielles, plus l’IScamtho eventuellement... Vous commencez à comprendre quel genre de parcours amène à ce niveau de polyglottie.
Pour ce qui est de l’éducation, la loi stipule maintenant que chaque enfant est éduqué dans sa langue maternelle jusqu’à 8 ans, et à partir de 10 ans l’éducation est uniquement en anglais. Cela pose des problèmes énorme, puisque l’Etat va considéré tel enfant comme Zulu ou Tswana, et l’envoyer dans une école correspondante. Mais en réalité, parler le Soweto Zulu et le Zulu standard, c’est très différent, et la compréhension du standard est parfois très lacunaire.
Je ne comprend pas pourquoi vous imaginez qu’on parle de niveau "traducteur". On parel d’une maitrise de la langue dont l’objet est l’échange avec les autrees, partout tout le temps. En clair, c’est de la langue orale, toujours.
En Afrique du Sud, les langues coloniales ont été conservé d’abord parce que les coloniaux ne sont jamais partis. Ensuite, on touche à l’un des paradoxes des Etats Africain : il ont été constitué hors de n’importe quelle réalité sociale. Alors c’est pour faire marcher un Etat ARTIFICIEL et développer artificiellement des identités que l’on conserve les langues coloniales. MAis ce même processus peut être fait avec d’autres langues (ex : le Swahili en Tanzanie) ou avec un système multilingue donnant une part belle aux langues locales (voyez le Nigéria). Mais ces problèmes éventuels ne se posent pas dans la vie de tous les jours
S’il y a des difficultés en termes d’éducation, il suffit d’une administration multilingue pour résoudre la plupart des problèmes. Et quant la population est multilingue, les fonctionnaires le sont aussi. En matière éducative, il s’agit selon moi de permettre la reconnaissance de plus de langue dans le système primaire, quit à switcher à l’anglais plus tôt.
Comme vous l’avez compris, il ne s’agit pas d’un niveau de langue qui leur permettra d’écrire des rapports gouvernementaux dans chacune des langues. D’abord parce qu’on a affaire à des gens qui écrivent peu. Ensuite parce que socialement, la langue standard n’a aucune valeur : on ne la parle pas, on l’associe aux millieu rural, aux ploucs en somme. mais lorsque dans votre rue vous avez 8 langues représentées, et que l’apartheid ou la pauvreté poussent la solidarité jusqu’à l’extrême, vous finirez par les connaitre toutes suffisamment pour AVOIR UNE CONVERSATION SOUTENUE dans cette langues. Ce qui ne veut pas dire que vous n’incluerez pas des mots d’une langue que vous maitrisez mieux s’il vous anque quelques choses. Cette quatre langues de toute facon, votre interlocuteur la maitrisera surement. Alors bien sûr, du fait du milieu urbaion, les langues convergent, et des formes typiques d’une langues mais compliquées pourraient disparaitre. Mais le contact entre langues ne laisse aucune langue intacte.
Enfin, pour Johannesburg, petite explication historique : à la découverte de l’or à la fin du XIXe, on a importé des ouvriers de tous les pays, et même du Mozambique ou du Zimbabwe. Le multilinguisme extrème est là une réalité depuis 120 ans. Alors vous imaginerez qu’un efant qui nait dans cette environnement, qui peut-être 3 langues à la maison, qui ira à l’école dans trois autres langues différentes parce qu’il n’y a pas les bonnes écoles à proximité, qui se mariera avec un personne parlant encore une ou deux langues différente, etc... Et bien cet enfant deviendra très polyglotte très naturellement...
Maintenant je suis à cours de temps, mais n’hésitez pas à demander plus d’info...
La situation est très particulière à Soweto, et un peu plus généralement au townships noirs du Gaunteng, la province de Johannesburg et Pretoria.
Je dirais que dans Soweto, la proportion de personne parlant plus de 5 langues est de plus de 70%, et celles des personnes parlant plus de 8 langues, probablement autour de 20%.
Non, il ne s’agit pas de cela. D’une part, la distinction langue/dialecte n’a pas de fondement linguistique. Il s’agit d’une différence de prestige. Comme dit une formule célèbre : "un standard est un dialecte qui a bien tourné".
Mais en l’occurence, si j’accepterai que les trois langues Sotho soit réduite à une (les différences sont surtout orthographiques, un peu léxicales), on ne peut pas réduire le Swazi, le Ndebele, ou les autres à des dialectes. Si vous prenez un Swazi d’une campagne du Swaziland et un Ndebele du Nord de l’Afrique du Sud, ce sera comme avoir un portugais parlant à un francais. Or on ne contestera pas que le Portugais et le Francais sont suffisament éloignés pour ne pas être considérés comme des dialectes de la même langue.
Même en réduisant le Sotho de 3 à 1, on trouve toujours a Soweto des locuteurs de 1à ou 12 langues différentes. Mais s’il parle vraiment chacune de ces langues, le locuteur ne maitrise les versions standards académiques que de 4 ou 5. Certain de mes participants ont ainsi été à l’école dans 6 langues différentes au cours de leur scolarité (jusqu’au bac).
Mais la situation n’est pas envisageable come telle en Europe en effet. Car on ne connait pas d’endroits où se mélangent complètement les communautés linguistiques de ctte facon. C’est une explication historique et sociologique qui permet de comprendre comment l’imbrication géographique et sociale crée l’imbrication linguistique. C’est aussi une question de coutume de considérer chaque langue, et pas seulement celle d’un groupe dominant.
Il ne faut pas imaginer qu’on pourrait dire "non ils parlent pas dix langues, c’est juste qui savent un peu de ch’ti, un peu de picard, un peu de normand, etc... On parle de langue à part entière
Madame, je suis heureux de voir que vous vous inquiéter aussi du ton... Mais vous relirez vos réponses et comprendrezi que j’étais en droit de réclamer un peu plus de msesure à vos réactions. Je confesse en souriant que c’est votre attitude qui m’a convaincu d’opter pour "cher" et "mon grand"... Cliché sans doute, je m’en excuse.
Sur la question du prestige, je doute que cela soit mesurable dans la situation que vous décrivez, mais il a néanmoins une influence. Il se pourrait, par exemple, qu’il existe une envie de dissimuler la maitrise de certaines langues , considérées comme peu valorisantes par votre interlocuteur. Vous n’en suariez rien, bien sûr.
Ne nous méprennons pas, je ne suis pas linguiste, l’étude d’une langue pour elle-même ne m’intéresse pas. Mais l’étude des comportements et stratégies dans un univers plurilingue, oui. Et grace à elle, je me dois de vous rectifier sur la question de l’IScamtho : la naissance de la langue a eu lieu il y a lontemps, sous la forme en effet d’un argot. Mais elle a dépassé ce stade depuis longtemps, et était lingua franca des jeunes a la fin des années 70, elle s’est transmise, et est langue native depuis une vingtaine d’année. C’est donc non une naissance que j’observe, mais plutôt une affirmation dans le champs social, avec un changement des valeusr et des identités accollées à la langue.
Mais votre grande erreur est de croire que des versions standard se développent dans toutes les sociétés. Elles ne se développent que sous la volonté d’une instance de pouvoir étatique. Un standard n’est à proprement parlé la langue de personne, c’est une construction purement idéaliste. Le développement des standards est indissociable de celle de l’imprimerie et du pouvoir des princes sur leurs sujet à la Renaissance. Et il s’agit principalement d’un phénomène européen. Au Moyen-Orient par exemple, l’Arabe a plusieurs standards dont le religieux et le littéraire, les langues locales en sont très éloignées, et les Etats tels que l’Empire Ottomman n’avit pas de problème à fonctionner dans de très nombreuses langues. Tout ceci est un peu schématisé, bien sûr.
Dans le reste du monde, et c’est pourquoi de nombreux pays post-coloniaux ont conservé les langues coloniales, le multilinguisme a toujours été une réalité sur les territoires, et pour une majorité d’individus. Et même si cela parait difficile à concevoir, il n’y a aucune difficultés ni sociale ni individuelle causé par des situations de multilinguisme extrême. Simplement, tout le monde parle les langues.
Et c’est cette situation, extrême mais commune, qui modifie complètement les attitudes, au profit des comportements de code-switching, code-mixing, de la création spontannée de mots ou de sens, jusque, parfois, la constitution d’une variété codifiée (pas trop strictement). Et il s’agit bien de mélange : si les traits de 5 langues différentes constituent la variété, les locuteurs percoive d’abord une langue, et l’apprenne comme telle, maintenant dès la naissance.
Il n’ya rien de naturel a vouloir standardiser, uniformiser, ou inculquer UNE langue. Et le besoin de simplification a des vues d’administration et via l’écrit est tout relatif.
ON a d’abord l’anglais et l’Afrikaans, présente comme langue des médias ou du business pour l’anglais, comme ancienne langue de l’Etat pour l’Afrikaans (surtout maitrisé par les plus agés).
Puis on a deux groupes. Le groupe Sotho est représenté par le seSotho, seTswana, sePedi. Ce sont en fait tros variétés d’un group très large étendu de Zambie (avec les Lozis) au Lesotho. Les variétés sont très proches l’une de l’autre, l’écart étant sans doute comparable au diverses variantes de catalan ou de hollandais. Mais chacune bénéficie d’un statu de langue nationale.
Le groupe Nguni, le long de la côte sud-est, comprend le Xhosa, le Zulu, le Swazi, et le Ndebele (plus le Ngoni, au malawi, zambie, tanzanie, et queques autres petites langues éparses au nord de l’Okavango, suite aux grandes migrations des années 1820. Si le Xhosa était comparé au Francais, le Zulu serait de l’Italien, et le Swazi du Gênois. Le Ndebele serait plus éloigné, disons du Calabrais.
Enfin, le Venda forme son propre groupe, il est composé de dialectes parfois sans intercompréhension, mais est extrêmement localisé. Le Tsonga fait partie d’une groupe plus grand, sur le sud du Mozambique.
Mais par exemple le Xhosa comprend 9 dialectes, dont certains sont des langues au même titre que le standard : l’intercompréhension est vraiment très limitées entre Xhosa standard et le Bhaca ou le Mpondomise par exemple.. L’image d’un continuum est mieux appropriée que celles de boites qui contirendrait des langues vraiment clairement définies.
A ces langues standard ou traditionnelles, il faut ajouter l’Iscamtho, son cousin le Tsotsitaal (pour les vieux...), ou encore quelques individus qui pourraient parler Shona, voire des langues San (langues à clicks, les bushmen j’en ai vu !)