romain desbois n’a jamais écrit que le nucléaire était responsable de la montée prochaine des eaux »,
krolik ne l’a jamais prétendu. Votre première phrase ne manque pas de sel.
« il est responsable, comme d’autres énergies du réchauffement planétaire, puisqu’il produit lui aussi du co2 »
Quant à la production de CO2 du nucléaire, qui certes n’est pas nulle, elle est bien inférieure à celle d’autres énergie dites propres : solaire photovoltaïque en particulier, mais également éolien, biomasse et tutti quanti.
« ceci dit, il est évident que s’il y a une montée des eaux (et tous les experts sont d’accord pour l’envisager), les centrales situées en bord de mer vont avoir quelques déboires...
la montée envisagée se situe pour les plus optimistes de 7 metres d’ici 2012, d’autres estiment beaucoup plus, »
7 m d’ici trois ans ? est-ce bien sérieux ? d’où tenez vous ce chiffre , ce sont vos calculs personnels ? le rythme actuel est de l’ordre de quelques millimètres par an. Faudrait sérieusement booster le phénomène. Les experts du Giec, eux, envisagent, selon les scénarios, de l’ordre de quelques dizaines de cm… en 2100. Mais enfin, vous nous avez tellement habitués à vos chiffres rocambolesques, on ne s’étonne plus de rien.
« On fait du nucléaire en France depuis plus de 50 ans (pas de cachotterie les débuts étaient militaires et on a été sur fonds publics depuis le départ) et de l’éolienne depuis quelques années. »
Vous faites un amalgame entre un service public (la défense nationale), donc, comme tout service public, financé par l’argent public et l’activité d’une entreprise qui vend à des clients des kWh. Ce sont deux univers différents et qu’il faut distinguer.
Si l’on s’en tient à EDF, j’ai déjà répondu à un autre intervenant que cette entreprise, contrairement à une légende tenace, n’avait pas touché le moindre centime de subvention pour le développement du parc nucléaire, qui a été entièrement financé par l’emprunt : achat du brevet Westinghouse, construction des centres de production. Si ce n’est pas le cas, qu’on m’en donne la preuve.
Puisque l’on parle de subventions, il faut être complet. EDF a été une entreprise bénéficiaire pratiquement tout au long de son existence (sauf deux années). A ce titre, EDF a versé régulièrement à l’Etat
1)l’impôt sur les sociétés
2)des dividendes (100% quand EDF avait le statut d’EPIC, plus de 80% depuis le passage en SA)
Ce ne sont pas des clopinettes. Le bénéfice d’EDF 2007 (3,5 milliards d’euros) y sera en partie consacré. Et c’est très bien comme ça.
Le chiffrage des subventions, c’est une somme algébrique.
" Ensuite pour des raisons ECONOMIQUES on préfère les renouvelables partout"
Je voulais dire que vu la crise du crédit, vu que tout le monde s’attend à une taxe carbone, vu que les Etats US se battent pour recréer des emplois locaux et utilisent un peu les renouvelables pour ça, vu la volonté de limiter les émissions de CO2, en termes macro-économiques les renouvelables le sont plus.
Vous remarquerez deux choses :
-en ce qui concerne la limitation des émissions de CO2, le nucléaire est très bien placé
-il faut dire et redire : la création d’emplois n’a jamais été une finalité économique (elle peut être une finalité politique, pour les élus, mais c’est un autre problème). Je sais que cette phrase va en faire hurler certains, mais, si c’était le cas, il suffirait qu’on se mette tous à ramasser des bouses. C’est peut être caricatural, mais on peut le dire autrement : demander à EDF d’embaucher massivement des agents dans les centres de production nucléaire (ou hydraulique) pour taper le carton. La conséquence économique sera une augmentation des coûts de revient du kWh nucléaire ou hydraulique, mais ce n’est pas très grave, puisque ce sont les moins chers.
« Au prix du kwh ils sont encore plus cher, mais comme leur prix baisse et que le prix des autres est censé augmenter dans la durée. »
Rien n’est moins sûr. Le coût du kWh éolien a fortement augmenté ces dernières années, tiré vers le haut par le prix des matières premières. Tout le monde est plus ou moins à la même enseigne.
J’ai repensé à cette affaire de CVO à Lille. Les chiffres présentés me semblent tellement incroyables que je me demande si l’auteur ne s’est pas trompé en les rapportant.
Par exemple, si on calcule l’impact de l’investissement sur le coût de revient du litre de biocarburant, on trouve environ 2 euros/litre. On est déjà 6 fois plus cher qu’un carburant classique (je parle bien en coût de revient, pas en prix)… sans avoir commencé l’exploitation ! Par rapport aux chiffres qu’on peut trouver un peu partout, on est complètement en dehors des clous.
« J’ai dit plus haut à l’auteur qu’une étude allemande (je l’ai sous les yeux mais ne suis pas parvenu à retrouver son origine sur internet) bien faite estimait le potentiel total du biogaz aux alentours de 4,7% et en comptant seulement les déjections animales sur litière à 0,7% de la consommation primaire d’énergie. Lui parle du tiers.
Je pense que l’auteur se trompe d’un facteur dix en première approximation, mais je n’ai pas eu le temps de faire des calculs approfondis. »
L’ordre de grandeur que vous citez me paraît beaucoup plus réaliste. J’attache plus de crédit à une étude sérieuse qu’aux calculs personnels d’un auteur qui persiste, contre toute évidence, à évaluer le nombre de cancéreux en France à 22 millions.
Sur la transparence de la filière nucléaire, je ne suis pas le seul à partager ce point de vue. Je suis allé m’inscrire au forum yahoo, et le texte de présentation reflète tout à fait ma position :
« Les partisans du nucléaire sont, curieusement, beaucoup moins bien organisés en matière de recueil et de diffusion de l’information que les adversaires de cette forme d’énergie.
Cela est largement dû au fait que ceux qui devraient accomplir cette tâche ne le font pas. La plupart des services de communication liés à l’énergie nucléaire vivent dans un état de schizophrénie aiguë, au point que l’on peut se demander s’ils n’ont pas honte de ce qu’ils font.
Force est de constater que le "lobby nucléaire" n’existe pas en matière de communication publique citoyenne.
Au moment où le redémarrage du nucléaire s’opère, il est urgent d’opérer une réconciliation avec l’opinion publique. »
Il y a suffisamment de compétences, il me semble, pour aller dans ce sens, et l’enjeu est vraiment important ;
Sur la comparaison avec la chimie, domaine que j’ai un peu fréquenté, vous avez raison : si les plates formes chimiques étaient soumises aux mêmes obligations que le nucléaire, on serait littéralement submergés de communiqués, annonçant un incident de classe 1 à Carling, 2 autres de classe 3 à roussillon, avec malheureusement en prime la catastrophe de Toulouse, bien réelle celle-là.
Et s’il existait l’équivalent du compteur geiger pour mesurer la concentration ou la présence des nombreuses substances dangereuses produites ou manipulées par l’industrie chimique, ce serait la déferlante : constitution d’associations regroupées dans le réseau Sortir de la Chimie, manifestations continuelles, communiqués de presse etc.
Au préalable, sachez que je partage le même sentiment que vous en ce qui concerne le manque de transparence de la filière nucléaire en France, que je déplore car il contribue à nourrir la suspicion, et votre réaction est tout à fait compréhensible. De ce point de vue, SDN joue un rôle de révélateur ou de poil à gratter que je trouve salutaire, même si je conteste les arguments simplistes qu’ils avancent. Lorsque Stéphane Lhomme prétend comme il vient de le faire sur AV que EDF est au bord de la faillite, sous prétexte que sa valeur en bourse a chuté ces derniers temps (en fait, elle est revenue à son point de départ et par les temps qui courent, d’autres firmes ne peuvent en dire autant), c’est tout simplement risible.
Je reprends les trois points :
1) vente à perte. J’insiste qu’il s’agit d’une notion qui n’est réellement applicable que dans le cas des entreprises commerciales, celles qui achètent des marchandises et les revendent sans transformation. Il est dans ce cas relativement facile (encore que…) de comparer prix d’achat et prix de vente pour savoir s’il y a vente à perte. Cette dernière étant interdite par la loi, sauf cas particuliers, il faut que le contrôle puisse se faire sans générer trop de contestations.
Dans le cas d’une entreprise de production, la tâche est autrement difficile. Vous savez déjà qu’il y a 50 façons de calculer un coût de revient. C’est déjà un problème. Prenons le cas d’EDF. Etant donné la diversité des moyens de production utilisés (hydraulique, nucléaire, thermique à flamme,…), du fait que chaque site a son propre coût de revient, et étant donné la fongibilité du produit, pour savoir quel est le coût de revient du kWh vendu à l’instant t, que ce soit en France ou ailleurs, il faut avoir une très bonne connaissance de la comptabilité analytique interne. Et en plus ça évolue d’une minute à l’autre, en fonction des unités appelées par les gestionnaires du réseau ! Autant dire, pour parler poliment, que c’est parfaitement indémerdable.
Il y a cependant un cas de figure intéressant, c’est celui de la Suisse, qui, lorsque les prix sont bas, achète à la France du kWh, qu’elle utilise pour remonter l’eau dans les barrages, pour turbiner plus tard à bon prix aux heures de pointe. On pourrait presque dire, dans ce cas, qu’il s’agit d’un commerce ! Mais dans cette affaire, les deux parties peuvent très bien être gagnantes.
2) financement du parc : si mon intervention a pu vous apprendre quelque chose, j’en suis sincèrement très heureux.
3) Provisions
C’est un problème complexe et mal compris. Pour l’instant, je me borne à vous donner des extraits de documents officiels d’EDF (rapports d’activité) mais je suis à votre disposition pour d’autres compléments.
L’entreprise est responsable de la gestion de ses déchets et en supporte les coûts. Elle constitue pour cela des provisions dont le montant est soumis au contrôle des Commissaires aux comptes. Le coût du kWh prend en compte le conditionnement actuel des déchets et intègre le coût de la gestion des déchets à vie longue (0,16 cent/kWh en valeur actualisée) et celui de la déconstruction des centrales (0,14 cent/kWh).
Concernant plus spécialement les actifs dédiés :
Pour sécuriser le financement des obligations de long terme, EDF a mis en place progressivement un portefeuille d’actifs financiers réservés au financement des engagements nucléaires de long terme, et plus précisément à la déconstruction des centrales actuellement en activité et au stockage sur longue période des déchets de haute et moyenne activité à vie longue. En septembre 2005, ce processus a été accéléré et le Conseil d’administration d’EDF a décidé :
• d’intégrer dans l’assiette de constitution des actifs dédiés, les centrales à l’arrêt déjà en cours de déconstruction et la part de la provision pour derniers coeurs correspondant au retraitement du combustible et à l’évacuation et au stockage des déchets correspondants ;
• d’accélérer le rythme de constitution des actifs dédiés de manière à ce que leur en-cours égale, fin 2010, le niveau de celui des provisions concernées. Ces dispositions sont maintenant rendues obligatoires pour EDF avec la loi du 28 juin 2006 relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs qui impose aux exploitants nucléaires de mettre en oeuvre un plan de constitution d’actifs dédiés au plus tard dans un délai de cinq ans à compter de la publication de la loi.
Donc, quand je disais « suite à une recommandation de la Cour des Comptes », j’avais oublié de mentionner la loi du 28 juin 2006.