Vous m’avez l’air très en colère, cher Printemps (entre parenthèse, on va plutôt vers l’hiver, et peut-être bien celui de l’humanité ; tiens, pas même envie de H grand). Je suis un peu étonné qu’il vous soit permis de déterminer qu’il y en a qui parleraient trop, et d’autre coupables également, qui se tairaient. Comme Keiser, je ne sais plus que dire. Ah oui, j’adore le « plus jamais ça » :( Pour un peu, j’en étais venu à croire que plus personne n’écrirait jamais une pareille c...ie. C’est beau d’être aussi naïf. Je vois aussi que les moinsseurs vous agacent. Qu’il est réconfortant pour moi de trouver un commentaire de cet ordre. C’est qu’on a sa petite sensibilité, et que ni les massacres, ni le mépris, ni la haine, ni la laideur, ni la bêtise, ni la veulerie, ni rien des tentations les plus viles de l’individu ne nous laissent encore indifférents.
Alors là Appoline, votre propos est vraiment énorme. Autant
je suppose que nous sommes d’accord sur le constat de la déchéance morale et spirituelle
de cette société, autant je trouve que le recours au principe magique du péché
originel que vous situez en 68 est désolant, car sans valeur aucune. Aucune
société n’est immuablement figée, ni coupable de vouloir rompre avec une
oppression parfois telle que les révolutions passent par là. A cet égard, les
analyses de mai 68 divergent souvent à tel point qu’y voir le germe du désastre
vers lequel la société d’aujourd’hui se rue n’a pas de fondement. Il y a trop
d’éléments sans rapport du tout avec les espoirs revendiqués par la génération
68 pour que ceux-là puissent être mis en cause. La liberté de pensée, celle de
se déplacer, d’exercer un métier de son choix, d’aimer, de s’affranchir de
normes hyper moralisatrices et castratrices, l’espoir, l’espoir tout simplement
d’une refondation de la société, rien de tout cela ne signifiait en soi la
disparition des valeurs fondamentales de la vie respectueuse d’autrui. Je ne sache pas qu’il soit décent
de confondre anarchie et rêve d’un lendemain différent.
Il n’y a rien pour moi d’acceptable dans la condamnation de
quelque révolution que ce soit lorsqu’elle est pacifique, et mai 68 ne coûta
pas la vie à des dizaines de milliers de citoyens. Était-ce même une révolution…
Par contre, je situe pour ma part le début du délitement des valeurs et l’offensive
montée de l’individualisme, de la compétition à outrance, de la violence de la
mondialisation et de l’injonction à devenir consommateurs décérébrés aux années
70, qui s’accompagnent de la corruption et de la bestialité des marchés et des
Etats dont on voit aujourd’hui les plus sinistres effets, et dont je ne peux
imaginer quels malheurs épouvantables ils nous promettent. Et rien de ces
cyniques et immondes dérives ne trouvent leur source dans les rêves sincères de
nombre d’acteurs de mai 68, car il y en eût. Il serait temps de balayer devant
la porte de nos bourreaux, plutôt que d’accuser sans le moindre espoir d’en
tirer un profit quelconque la génération de nos parents ou grands-parents. Les
coupables sont masqués, mondialisés, soutenus par nombre de larbins de toute
obédience, et ils vivent ici et maintenant, parmi nous. Parfois même... nous
leur prêtons la main.
Tout dépend sur quel plan on se place, et quel entendement est le nôtre en matière d’ironie (désespérée, ou non). J’hésite à prendre votre message au second degré, vraiment je ne sais pas... Moins pire est bien la meilleure manière de décrire la pire des situation, avant faillite générale, ou guerre, ou réchauffement, bref, toute cette sorte de choses qui ne donne pas au malade la meilleure perspective de guérison.
Le mépris et la violence du discours dominant dont cette radio et tant d’autres sont les aboyeurs sont renversants. Ce « journaliste » dans ce rôle là est à vomir : qui osera dire qu’il a éclairé le débat, avec sa morgue et sa volonté implacable de faire taire son « invité » en lui infligeant son point de vue unique ? Avec ceux-là, l’esclavage , l’aliénation et la peine de mort sont au programme. Vous ne comprenez donc pas que c’est la crise, dégueulent-ils ? Oh si, mais sa pire expression se trouve dans leur tête, dans la perte des repères moraux et sociétaux dont ils sont les fossoyeurs.
Je me suis bien marré. Je regardais une vidéo dans laquelle Zemmour s’exprimait, qui disait combien il avait peu d’estime pour les mous, et plus d’admiration pour les soldats de Napoléon qui allaient ne se plaignant point. Voulez-vous mourir ? Mourrez donc, nous sommes quelques milliards à avoir déjà passé par là sans voir laissé la moindre trace, souvent esclaves, malades de la peste ou du choléra. Voulez-vous vivre ? Alors confrontez-vous au principe de la sélection naturelle, qui fait le bonheur selon que nous sommes puissants (j’entends au moins maîtres de notre existence), ou notre médiocre et banal malheur, et alors taisez-vous à jamais. Moi médiocre, n’allez pas croire, j’irais bien dans votre sens, j’y ai tout intérêt. Mais l’Humanité, qui court à sa fin, n’en veut guère.