La théorie politique dit que celui dont la voix est décisive est celui qui est au milieu de la société. Donc en fait la lutte se fait à ce niveau pour fixer le seuil au-delà duquel on ne touche plus rien de la sécu. Mais les plus pauvres sont protégés par les classes moyennes pauvres.
C’est précisément dans les pays ultra-libéraux (ainsi dits) que les plus pauvres sont le mieux pris en charge. Vérité qui fait mal mais qui est incontestable (voir toujours ce manuel de Bénassy-Quéré, qui est une référence non partisane).
Je voulais aussi répondre aux autres posts : il faut savoir que les ponts, les écoles, et tout ce que fait l’Etat (y compris la défense, le salaire des fonctionnaires, les subventions aux collectivités locales, les retraites de la Sncf, Edf et autres privilégiés de tous ordres) est INFERIEUR AUX DEPENSES DE LA SECU.
Je propose de tailler dans les dépenses de la sécu pour à la fois :
- diminuer les impôts pesant sur le travail des plus pauvres,
- augmenter les dépenses de l’Etat qui profitent à tous (au détriment des remboursements individuels de dépenses de santé des plus riches).
Je suis tout à fait d’accord avec votre dernière phrase. C’est justement ce qui me gêne dans notre système totalement égalitaire : il fait de la redistribution à l’envers, non seulement en indemnisant les riches comme les pauvres mais aussi en créant directement du chômage, chômage qui frappe les moins qualifiés.
En revanche je ne comprends pas ce que vous dites sur le niveau de vie des pauvres : les pauvres sont pauvres, et si on prend la parité de pouvoir d’achat (1€ = 1,03$), et qu’on prend le seuil de revenu de ménages de 9000$ comme seuil de pauvreté, on trouve strictement la même proportion de pauvres en France et aux US.
La différence est que les pauvres américains reçoivent deux fois plus d’aides de l’Etat (y compris l’assurance maladie, également gratuite aux US pour les plus pauvres, et depuis beaucoup plus longtemps en France, qui n’a instauré la protection sociale des plus pauvres qu’en 1999). Ils sont donc sans doute plus riches que leurs homologues français (c’est à dire plus proches du seuil de pauvreté).
En France, la redistribution est surtout assurée par le SMIC, qui ne profite qu’à ceux qui ont un emploi, comme pendant longtemps d’ailleurs la sécurité sociale.
En outre, vous l’ignorez peut-être, mais le niveau des prix est beaucoup plus élevé en France qu’aux US. Il est comparable à ce qu’il est en Grande-Bretagne, qui a aussi un problème de prix trop élevés du fait de l’abondance de monnaie due au pétrole. En France, le niveau élevé des prix s’explique sans doute par la tendance au monopole d’un grand nombre de marchés, et au caractère étroit du marché, car l’EUrope n’est pas encore suffisamment intégrée.
Concernant la santé, les dépenses de santé en France (le chiffre est contesté, entre 10 et 12% du PIB) sont beaucoup plus élevées qu’en Angleterre (8%) en part de PIB et sans doute un peu moins élevées qu’aux US (13%), mais assez proches.
La différence est que la sécurité sociale française, dernier grand monopole, est en faillite (et de plus en plus payée par les impôts, qui ne sont guère redistributifs eux non plus), alors que les compagnies d’assurance santé américaines sont en grande majorité très prospères et sont sur le dos des gens riches ; elle sont une source importante de revenus pour l’Etat américain (impôt sur les sociétés).
Il est vrai qu’aux US environ 15% de personnes ne sont pas assurées, mais ce ne sont pas les plus pauvres, c’est surtout parmi les classes moyennes et les jeunes, les plus pauvres étant assurés par le système public. En France, ce sont les plus pauvres qui ne sont pas assurés (8%, ignorant ou refusant la CMU) et, avant 1999, il y avait aussi 15% de non assurés en France.
je vous signale que Bush a mis en place une couverture universelle des personnes âgées qui est très coûteuse et explique en grande partie le déficit public américain, bien plus que le coût de la guerre en Irak.
Je ne sais pas où vous croyez que je veux en venir, mais ce dont je suis sûr c’est que les « défenseurs » du modèle français ne sont pas toujours dépourvus d’idéologie voire, ce qui est pire, de désir de protéger leur situation.
Je ne sais pas si M. Apathie lira ce post, mais je voulais lui dire que son article, toujours de très bonne qualité, révèle pourtant un petit travers relevé par d’autres blogueurs : la fascination pour le pouvoir.
Non, Le Pen n’est pas en déroute, même si on murmure que Sarkozy l’a dit : Sarkozy n’est pas un Dieu, il ne sait pas tout, et il dit ça parce que stratégiquement ça fait baisser le FN, mais les électeurs du FN sont bien là, il y en a au moins 3 millions en France.
Non, le PS ne va pas à la bérésina. De toute façon, ça fait combien de bérésinas : en 1993, il avait fait son plus mauvais score historique, et regagné en 1997 ; à nouveau en 2002, puis il regagne en 2004. Et après tout Ségolène n’a pas si mal marché que ça (un tout petit peu moins bien que Jospin en 1995).
Ce qui est nul, c’est qu’aucun socialiste ne saisit l’occasion pour montrer son courage : tout le monde se débine. Je me rappelle les européennes de 1998 (je crois) : le FN et Villiers étaient au top, de même que l’extrême gauche. Le RPR, qui venait de se ridiculiser aux législatives de 1997, était sur de perdre.
Et qui était allé sabre au claire vers la défaite ? C’était Sarkozy. Il n’avait pas eu peur de la défaite. Ce n’est pas un Dieu, mais il a des vertus qui ne semblent pas fleurir au PS en ce moment : conviction et courage.
D’accord avec vous : il faut arrêter de taxer le travail, sauf lorsqu’il rapporte suffisamment.
Mais pourquoi voulez-vous donc, « en échange », taxer les profits ?
Est-ce qu’il faut forcément compenser les baisses de taxes d’un côté par une hausse de taxes de l’autre ?
Ce n’est pas certain. Et on peut même penser que si on en est arrivé au système de taxation actuel, c’est parce que, dès que le niveau de taxe atteint un certain seuil, il porte forcément sur ceux qui ont le moins de moyens d’y échapper : les travailleurs les moins bien payés !
Moralité : baissons les taxes pesant sur les plus faibles, et allons même plus loin : arrêtons de rembourser aux riches leurs dépenses de santé et de payer leurs retraites !!
Ce sera plus simple et plus efficace que d’inventer un nouvel impôt !
Votre argument, Léon, met le doigt sur le problème de noter système social : vous avez raison, le logement et la santé sont peut-être moins chers qu’ailleurs, mais, d’une part, cela ne va pas durer éternellement vu l’endettement public,
et d’autre part cela n’est pas DU TOUT DE LA REDISTRIBUTION : tout le monde en profite, vous comme moi qui n’en avons peut-être pas besoin, même si, je vous l’accorde, c’est bien confortable.
@JL :
Le problème je crois, c’est justement que personne ne veut perdre de ses avantages, et pour l’instant notre système social avantage tout le monde, par définition. D’où la difficulté de faire une vraie redistribution, ce qui suppose de prendre aux uns pour donner aux autres (et non pas de donner plus à tous comme on a fait jusqu’ici).
Mais je suis d’accord avec votre vision de l’économie française : j’expliquerais l’absence de concurrence loyale par le fait que les prélèvements obligatoires sont trop élevés et les réglementations trop nombreuses pour permettre aux PME de se développer au-delà de petites niches.
Pour moi la solution à la question de la redistribution et au manque de dynamisme du tissu économique est la même : supprimer la sécu et ne garder que la CMU (éventuellement étendue aux classes moyennes les plus modestes) : c’est le seul moyen de réduire de manière consistante les prélèvements obligatoires.
Mais je sais que cette solution n’est voulue par personne, et surtout pas par les politiques.