Pour le dire encore autrement, je considère que le multiculturalisme constitue une idéologie qui ne ressortit pas au champ du politique sinon en tant qu’il est anti-politique. Ce qui est un débat qui n’a rien à voir avec le fait que toute nation se situe au carrefour d’influences culturelles diverses. Le drame a lieu lorsque que se substitue au droit et devoir du citoyen une identité culturelle avec ses "droits" spécifiques. La politique se réduit alors à la gestion technicienne de groupes isolés les uns des autres. J’entends alors par "racisme différencialiste", cette posture pseudo-politique qui revient à enchaîner tout individu à un ensemble de traits permanents exprimant une culture spécifique telle que vole en éclats l’idée universelle d’humanité, laquelle détermine l’horizon d’une communauté politique. Ce racisme est moins voyant parce qu’il n’est pas de soi hiérarchisant et parce qu’il peut emprunter la voie de l’éloge des différences (dissimulant une hantise du contact).
Et hop ! une volée de réflexes qui tombent dans le tou... Je parle de "nation" et vous n’y entendez immédiatement que "nationalisme", "race", etc. . Vous êtes incapable d’y appréhender la teneur politique au sens noble du terme (où la nation se présente comme une histoire et non comme une substance), parce qu’au fond, la Cité, ça doit être désormais pour vous un spectacle culturel...
Votre mauvaise foi est impressionnante. Défendre Finkielkraut, c’est défendre (si cela est encore possible) le concept de nation, c’est-à-dire celui d’un tissu vivant traversé par la réflexion. Rejeter donc les réflexes mécaniques d’une vision multiculturaliste. La société « multiculturelle » est en effet un joli mot qui dissimule à peine la réalité de l’atomisation du vouloir-vivre-ensemble au profit d’un racisme différencialiste qui ne dit pas som nom. C’est dans ce contexte déshumanisé que l’importation d’appels à l’Intifada ou ses artefacts peuvent coloniser les esprits en renforçant des pseudo-identités assoiffées de slogans, puisque ne reposant sur rien, sinon un vide idéologique. C’est dans ce contexte qu’il serait invivable pour un juif d’exister seul dans la trace de ceux qui ont finalement quitté la France ou l’ont abandonnée, en tant que juifs.
Monsieur Finkielkraut a par ailleurs le mauvais goût du dégoûtant de défendre un nationalisme emmurant les "Autres", à l’heure où le Bon sens prêche l’abolition des frontières. A mort ! le rescapé du Vieux monde...
La question n’est pas : haïr ou ne pas haïr, la question porte sur la nature de la haine ou sa modalité. Or je n’y vois chez nos cosmopolites artificieux que ressentiment...