Je comprends ce que vous voulez dire mais le débat nécessaire n’a toujours pas lieu. « L’affaire Dieudonné » étouffe les sujets importants, elle se substitue à eux.
Ce n’est pas demain que nous pourrons avoir un débat public serein et approfondi sur le sionisme et la politique à adopter vis-à-vis d’Israël.
Vous introduisez une confusion en faisant du talent un critère d’accessibilité à l’expression. La liberté d’expression ne doit pas être conditionnée par le talent. Même les « nuls » doivent pouvoir s’exprimer. D’ailleurs ils ne se privent pas.
Seule une élite de l’expression mériterait d’avoir la parole ? Mais qui va décider de qui fait partie de cette élite ? Ce serait le règne de l’arbitraire et vraisemblablement de la loi du plus fort (en termes de pouvoir et d’argent, pas en capacité oratoire).
Par ailleurs, il y a plein de gens médiocres (selon moi) qui remplissent des salles, vendent des livres, des disques... Le succès n’est pas un critère pour évaluer la qualité d’une œuvre.
Merci pour votre lecture et vos remarques. Je vais essayer de répondre à ces dernières.
Le FN est en effet très nuisible au mouvement d’opposition à l’ordre établi. Grâce à la promotion médiatique ambiguë dont il bénéficie, il occupe le terrain et pourrit en permanence le débat public. Comme je l’ai écrit, c’est un élément-clé du dispositif d’asservissement du peuple français.
Cela dit, si on examine les chiffres détaillés des élections, on constate que le FN ne monte pas. Il plafonne, il stagne, à un niveau assez élevé certes mais ce n’est pas le raz-de-marée dont nous parlent régulièrement les médias pour intimider les Français et diaboliser la question de la souveraineté nationale.
Le FN parvient à mobiliser plus fortement ses électeurs que les autres partis, c’est tout. Il n’y a pas de lepénisation de la société française.
La question des médias est cruciale, vous avez raison. Il n’y aura pas de changement politique majeur sans une transformation radicale de l’ordre médiatique. Il est plus probable que les deux processus se produiront parallèlement.
D’après les études, les Français se méfient de plus en plus de la parole médiatique. C’est bon signe (et légitime) mais cela ne suffit pas à renverser le règne des « chiens de garde ». C’est pourquoi il faut soutenir ceux qui produisent une critique (de qualité) des médias dominants.
Internet est un outil formidable, sans lui, nous serions bien démunis. Il faut en utiliser toutes les possibilités subversives et diffuser au maximum les informations et analyses pertinentes. Et bien sûr il faut s’opposer aux tentatives de reprise en main d’Internet par le pouvoir.
S’agissant du dernier point, je reproduis un commentaire que j’ai fait plus haut :
« Bien que je défende une version maximaliste de la liberté
d’expression, je mentionne deux exceptions : le faux témoignage et
l’appel à commettre des actes de violence sur autrui.
D’autres cas peuvent être débattus. Celui de la diffamation, par exemple. Dans l’état actuel de mes réflexions, je crois souhaitable de ne pas « criminaliser » la diffamation, notamment pour désamorcer l’usage abusif du procès en diffamation
que les puissants font pour intimider et punir ceux qui critiquent
leurs activités. Mais j’admets qu’il y a matière à débat sur ce point.
Les deux exceptions que je cite peuvent elle aussi être discutées,
d’autres défenseurs « extrêmes » de la liberté d’expression ne les
admettent pas en fournissant des arguments intéressants.
Je suis pour la liberté d’expression y compris sur la liberté d’expression. »
Je considère que Soral et Dieudonné mobilisent des forces et des énergies qu’ils ne méritent pas et qui pourraient être mieux employées. Est-ce méprisant ? Je n’ai aucun plaisir à voir des gens s’engouffrer dans une impasse politique. D’autant plus que, comme je l’ai écrit, il y a urgence.
Dieudonné est certes un humoriste mais il est maintenant plus que cela, y compris aux yeux de ses admirateurs (qui fondent beaucoup d’espoir en lui, à tort selon moi).
Comme je l’ai dit plus haut, le débat n’est vraiment pas dans l’évaluation de son talent comique.