"il faut au moins deux mois pour avoir un rendez vous d’ophtalmo et
attendre deux heures pour cause de retard inexpliqué (...) sinon pourquoi les praticiens agissent tous ainsi«
primo : des ophtalmologistes, il n’y en a pas des masses par rapport à la population française et à ses besoins(pour mémoire, c’est 10 ans d’étude et un numerus clausus sévère). Choix strictement politique. secundo : le praticien ne peut pas prévoir combien de temps va durer sa consultation, les problèmes et les difficultés étant très différents d’un patient à l’autre tertio : les charges du cabinet continuant à courir, certains praticiens font du »surbooking« , comme dans les avions, étant donné qu’il y a toujours dans le lot des patients adeptes de la »peillonnade" (prendre rdv et ne pas venir, sans prévenir ni s’excuser) qui risquent de faire perdre du temps à tout le monde. J’ajouterai que pénétrer de force dans un cabinet en pleine consultation est une hérésie. Imaginez que ce couillon (on s’en fout qu’il soit maghrébin ou non, c’est avant tout un couillon) pénètre dans le cabinet du gynéco alors qu’il est en train d’ausculter votre fille...
Que Liu Xiaobo soit influencé par des idées occidentales ne fait guère de doutes et je ne pense pas que lui-même dirait le contraire... Mais là où je ne vous rejoins pas, ce sont les raisons pour lesquelles il a eu droit au prix Nobel de la Paix... Ce ne sont pas ses « connexions norvégiennes » qui lui ont valu ce prix, mais le fait qu’il ait été condamné à 11 ans de prison en 2009 pour « subversion » selon les autorités chinoises, pour « avoir défendu ses idées » selon ses défenseurs. Si les autorités lui avaient opposé au mieux une indifférence polie, Liu Xaobo n’aurait pas bénéficié d’une telle notoriété, et le prix aurait été décerné à quelqu’un d’autre... La question qu’il convient alors de se poser est : est-ce qu’aujourd’hui, dans la Chine de 2010, laisser s’exprimer des personnes dont les idées divergent totalement de la ligne officielle représente un réel danger pour le pays ? et pourquoi ? L’harmonie de la société chinoise serait-elle donc si précaire ? Il est vrai que l’attribution de ce prix Nobel représente une « pression extérieure » et ça, les Chinois n’aiment pas, c’est bien connu (surtout venant des occidentaux). Mais pour qu’ils prêtent ainsi le flanc à la critique depuis de nombreuses années montre qu’il y a des choses à changer en Chine. De qui viendra le changement ? Si les intellectuels influencés par l’Occident sont « hors-jeu », existe-t-il d’autres personnes au sein de la société civile qui puissent l’induire ? Ou alors un courant « pragmatique » au sein du PCC ? Vaste question...
Pat, moi, je pense surtout que ce sont les SCRIBOUILLARDS, surtout ceux de rue 89, qui, étiquetés à gauche et anti-racistes, donc vertueux, ne seront jamais condamnés pour racisme... « sale blanc » ou « sale français », « face de craie », « sous-chiens » et autres joyeusetés de ce genre sont des propos très acceptables pour eux. Et puis, posez-vous la question pourquoi un journaliste, en plus d’être grassement payé, a le droit de déduire 7650 euros par an de son revenu imposable sans qu’on sache très bien pourquoi...
Je suis allé sur votre blog y lire vos réponses, et je développerai quelques points soulevés :
- tout d’abord, si j’ai pris mes distances avec la « cause » tibétaine, ce n’est pas tant avec les souffrances du peuple tibétain lui-même (que même vos plus farouches contradicteurs ne nieront pas) qu’avec l’idée d’une « indépendance » du Tibet historique. La proposition d’une « indépendance », « autonomie » ou toute autre forme de scission des régions tibétaines du reste de la Chine n’a simplement aucune chance d’aboutir. Pourquoi ? D’une part parce que le Tibet (comme le Xinjiang d’ailleurs) sont des régions d’une importance stratégique vitale pour la Chine, tant d’un point de vue économique (ressources naturelles) que militaire (bases de lancement de missiles). D’autre part parce qu’une scission des régions du Tibet historique - U-Tsang, Amdo, Kham - entraînera à la fois des revendications similaires d’autres régions comme le Xinjiang ou la Mongolie Intérieure, ainsi qu’un redécoupage brutal des limites régionales (Qinghai, Gansu, Sichuan, Yunnan), sources potentielles de grande instabilité... Or, la stabilité du pays est l’alpha et l’oméga de la politique du gouvernement chinois. Il ne transigera pas là-dessus. D’où l’importance de l’appareil policier et militaire déployé au Tibet. Mais il en aurait été de même au Henan ou au Guangdong si ces régions manifestaient elles aussi des velléités d’indépendance... Du coup, l’indépendance du Tibet est une cause perdue, nuisible aux chinois puisqu’elle les stigmatise et contribue à la montée du nationalisme, nuisible aux tibétains puisqu’elle accentue la répression qui s’abat sur eux, nuisible à leurs soutiens (dont vous faites partie) puisqu’elle n’améliore en rien leur sort et dont les seuls réels bénéficiaires sont en fait tous ceux qui ne veulent pas de bien à la Chine ou aux chinois... Il y a aussi une chose essentielle à savoir : il n’y a pas que le gouvernement chinois qui soit hostile à une indépendance du Tibet : l’opinion publique chinoise l’est également. Aucun citoyen chinois n’acceptera une scission ou une restriction de circuler dans son propre pays, surtout sous la pression de l’étranger... A ce titre, les réactions de notre ami Alain/Hengxi, quoique très virulentes, sont en tous points conformes à celles de mes différents interlocuteurs chinois lorsque j’ai visité ce pays en 2006, et très révélatrices de l’état d’esprit d’une large frange de la population chinoise à propos de la question tibétaine... En fait, quand je parle du manque de connaissance des officiels tibétains, je ne pensais pas vraiment au Dalai Lama mais plutôt à ses émissaires qui, lors des négociations avec leurs interlocuteurs chinois, n’ont pas l’air d’avoir pris en compte ces points fondamentaux... De plus, il y a une contradiction entre la proposition du Dalai Lama d’un Tibet autonome dans le cadre constitutionnel de la RPC (dixit le Mémorandum) et le fait que les tibétains en exil tiennent absolument à garder leur nationalité d’origine. S’ils refusent de devenir les citoyens d’un pays (l’Inde) qui leur octroie une liberté totale de culte et de circulation (ce qui n’est pas gênant en soi, c’est vrai, mais révélateur d’un certain état d’esprit), comment imaginer qu’ils accepteront alors de (re)devenir des citoyens forcément chinois d’un Tibet « autonome dans le cadre de la RPC », avec toutes les rancoeurs qui subsistent ??? Or, comme les chinois n’accepteront jamais une indépendance du Tibet, on tourne en rond...
Faut-il se résigner pour autant ? Non, parce que si la Chine n’acceptera jamais l’indépendance du Tibet, alors il faut changer la Chine elle-même pour que les tibétains puissent y vivre en préservant leur langue, leurs traditions (ou du moins certaines) et leur religion, exactement comme en Inde en fait. Et pour ce faire, il faut que la Chine devienne un état de droit, un processus lent et fastidieux, mais que les pressions extérieures ne réussiront au final qu’à entraver...
Nota : concernant les Lhotsampa, j’ai cité le Bhoutan car ce il est souvent cité comme exemple d’un pays qui a réussi à préserver sa culture des affres de la modernité, d’autant qu’il est le seul où le bouddhisme vajrayana soit religion d’état (mais les bhoutanais drukpa ne sont pas « affiliés » au dalai lama puisque de l’école Kagyupa). Il a la sympathie de la plupart des défenseurs de la cause tibétaine qui pensent peut-être s’en inspirer pour un Grand Tibet indépendant. J’espère que ce ne sera plus le cas... Nota2 : je ne suis pas anticlérical, bien au contraire ! Cependant, j’ai toujours estimé que la religion doit se cantonner à la sphère privée. Surtout le bouddhisme. Si le Dalai Lama n’avait pas été obligé de s’occuper de politique, il serait beaucoup plus écouté aujourd’hui en Chine. Je crois même que ses enseignements auraient fait un bien fou à une société chinoise en pleine mutation, où les repères se perdent...on n’est pas à un paradoxe près...
Ce ne sont pas les tibétains (en exil ou non) que l’on critique, loin de là, mais plutôt la vision très manichéenne qu’ont leurs « amis » et défenseurs de la situation au Tibet...
Voyez-vous, j’en faisais moi-même partie, allant jusqu’à comparer la présence chinoise au Tibet à l’occupation japonaise de la Mandchourie (ce qui n’était pas très malin, en y repensant), mais une série d’éléments nouveaux m’ont amené à nuancer ma position : - plusieurs voyages en Chine m’ont fait découvrir un pays bien plus complexe qu’on ne pourrait l’imaginer, loin de la dictature oppressante que se plaisent à décrire certains médias, bien que beaucoup reste à faire (à ce titre, l’élection de Liu Xiabo au Nobel de la Paix peut paraître à première vue une bonne chose, mais je crains qu’elle ait l’effet inverse à celui escompté). Les chinois eux-mêmes ont des opinions très tranchées sur tout, quoique parfois biaisées - l’information n’y est pas encore tout à fait libre...cependant, une chose est sûre : ils sont très patriotes et n’aiment pas qu’on (les occidentaux surtout) leur fasse la morale alors qu’eux-même s’abstiennent soigneusement de le faire... - les forums des défenseurs du Tibet, surtout anglophones, sont de véritables lieux de « chinese bashing » où fleurissent les « fuck chinese », « chinks » et autres joyeusetés de ce genre. Le problème est que pour certains (beaucoup même), TOUS les chinois han sont tenus pour responsables de la situation au Tibet, y compris les chinois d’outre-mer (franco-chinois, ABC/american born chinese etc.), les taiwanais ou les singapouriens !!! A rebours, cela entraîne une montée d’un nationalisme chinois nauséabond, alors que le chinois « moyen » est d’habitude plus préoccupé par des considérations terre-à-terre (argent, famille, études) que de supériorité culturelle ou ethnique... - l’ignorance qu’ont les dirigeants tibétains et leurs défenseur de l’histoire et la culture chinoises est frappante. Ils reprochent à leurs interlocuteurs de ne pas connaître la culture tibétaine, mais ne font eux-mêmes pas grand chose pour combler leurs propres lacunes. Comment espérer dans ces conditions faire croire aux autorités chinoises que les tibétains veulent rester dans le giron de la Chine ??? - l’ethnicisme poussé des tibétains en exil est gênant. Ceux-ci, au nom de la préservation à tout prix de leur culture, refusent d’adopter la nationalité de leur pays d’accueil (surtout l’Inde), ce qui est un peu cracher dans la soupe, quand on connaît le sort des réfugiés dans d’autres pays du monde (ex. les palestiniens dans divers pays arabes). Il faut savoir par exemple qu’un tibétain réfugié qui décide d’adopter la nationalité indienne pour bénéficier de meilleures opportunités (étude, emploi) est banni à vie des communautés tibétaines en exil... - le sort révoltant des lhotsampas du Bhoutan, victimes d’une véritable purification ethnique parce que hindouistes, montre que le bouddhisme tibétain/vajrayana n’est pas cette religion pacifique qu’aiment tant à vanter les défenseurs de la cause tibétaine (dont Mathieu Ricard, le traducteur personnel du Dalai Lama) ni la préservation du mode de vie traditionnel un objectif très noble... A la décharge du Dalai Lama, la présence de nombreux camps de réfugiés tibétains au Bhoutan l’empêchent peut-être de s’exprimer clairement sur ce sujet. Mais quand les chinois voient ça, ils ne peuvent s’empêcher de faire le parallèle avec ce qui se passera au Tibet si celui-ci se séparait du reste de la Chine...
Bref, tout n’est pas blanc ou noir, il n’y a pas de « gentils » tibétains d’un côté ni de « méchants » chinois de l’autre. La situation est bien plus complexe que ça. Et encore, je n’ai pas abordé les aspects géopolitiques...
Mais pour répondre à votre question : le peuple tibétain devra évoluer. Le danger n’est pas tant la présence chinoise en elle-même que la difficulté à concilier les traditions et/ou la religion avec la modernité. C’est un problème qui se pose dans tout le reste de la Chine, et seule une évolution de la Chine toute entière vers un état de droit peut le résoudre. Mais il faut lui en laisser le temps. Taiwan, la Corée du sud, les Philippines ont tous évolué vers la démocratie, le Viêt-Nam sera peut-être le prochain à suivre, mais avec 1,3 milliards d’habitants, il faut avancer plus prudemment...