il est certain que le mutazilisme aurait donné une toute autre direction à l’évolution de la religion musulmane si il s’était imposé comme courant dominant face au sunnisme, la notion de Coran créé change toute la perspective quant à la révélation et au rapport au texte coranique, auquel le Sunnisme voue un culte à la limite de l’idolâtrie.
Ibn Hanbal persécuté par le calife abasside mutazilite Mamun en imposant sa vision a définitivement changé le cours de l’histoire « religieuse » de l’Islam.
Vous écrivez : « Ouaif
bof quiconque a lu le coran sait que c’est très pauvre poétiquement et
philosophiquement parlant. » cela est votre opinion, mais le fait que
quantité de penseurs se soient fondés sur le Coran, et aient donné naissance
aux diverses écoles musulmanes semblent attester que ce texte « pauvre »
selon vous ne l’est pas et ne le fût pas pour tout le monde.
Dans mon commentaire, je répondais
à l’affirmation de la non-existence d’une tradition ésotérique en islam que les
courants soufi et chiite infirment par leur existence même, et leur perception
et interprétation du texte coranique.
J’imagine que si ce texte avait
été aussi « pauvre » philosophiquement que vous l’affirmez, il aurait
été difficile pour Al Sijistani d’écrire son Livre des Sources, et de connecter
l’islam au néoplatonisme et à Plotin, notamment en associant les figures du
Prophète et de l’Imam aux deux hypostases de Plotin (Ame et Intellect : couple
indissociable selon Al Sijistani).
Bref, la lecture d’Al Sijistani
permet de concevoir autrement le Chiisme que la lecture de Khomeyni.
De la même façon, la jonction opérée
par Al Ghazali entre soufisme et sunnisme, entre ma Voie et la Loi, après sa « gueule
de bois » théologique permet de contredire la soi-disant « pauvreté »
que vous supposez du texte coranique.
« Ne restreins pas la
perfection de l’homme à l’horizon de ton ego. » Al Ghazali
les « blocages » quant à l’évolution de l’islam sont liés bien plus à des facteurs extérieurs qu’intrinsèques au texte coranique, qui comme tout texte religieux ne se lit que selon l’orientation « politique » du lecteur et de ceux qui décident de la « bonne » lecture.
vous écrivez : "L’Islam n’a visiblement guère de tradition de lecture symbolique ou
ésotérique de ses textes sacrés, ce qui n’était pas du tout le cas des
théologiens chrétiens réunis en 1947, habitués de longue date à
travailler au dégagement de la vérité cachée contenue dans les textes."
Il me semble que vous faites l’impasse sur les traditions soufi et chiite qui se différencient notamment du sunnisme, voir s’y opposent par leurs lectures symbolique voir ésotérique du texte coranique.
Les concepts d’Al Batin (occulté) et d’Al Zahir (apparent), issus du courant chiite infirment l’absence d’une tradition de lecture ésotérique du texte coranique tel que vous l’affirmez.
On y retrouve notamment chez Abu Yaqub Al Sijistani l’influence du néoplatonicisme ainsi que de Plotin.
Bref, le Chiisme ainsi que ses avatars ismaelisme notamment accordent une valeur intrinsèque au sens apparent, lié de façon indissoluble au sens caché donc ésotérique et ne se limitent donc pas à une lecture littéraliste du texte coranique, comme simple receuil de principes moraux, tare originelle du Sunnisme.
Soit...la question fondamentale n’est pas dans l’existence ou non de telle lecture ou pas, mais bien dans la capacité pour l’islam de se reformuler dans le contexte de la globalisation, et de son impact autant civilisationnel que culturel, et donc religieux.
votre exemple n’est pas mauvais puisqu’il illustre l’impossibilité effective aujourd’hui d’une réponse globale de l’Islam face à ses démons ou contradictions.
La monarchie marocaine témoigne de l’ambivalence du fait musulman : le roi y a statut de commandeur des croyants, statut à double nature voir plus : politique et religieuse. Cependant l’impact de la globalisation économique, des liens économiques/historiques avec l’Occident, l’immigration, le profil ethnique particulier de ce pays font que toute « réforme » religieuse au Maroc n’aura qu’un impact limité géographiquement.
De toute manière, l’Amir Al Mouminin du Maroc ne peut être considéré que comme une autorité vis à vis de ses sujets, non pas des musulmans en général, s’ajoute à celà que le roi n’est pas théologien, et que seuls des ulémas sortis par exemple de l’université Qarraouine pourraient s’inscrire dans la « proposition religieuse » : cela aurait sans doute un impact au-delà des frontières marocaines, mais encore une fois, al production des Qarraouines est conditionnée à la situation marocaine, à la monarchie et à la montée en puissance et de l’islamisme politique, et de l’ingérence économique ainsi du statut de sous-traitant de la guerre au terrorisme US nouvellement acquis par le Maroc.
Donc, les évolutions ne peuvent être que locales et ponctuelles, l’islam étant hétérogène et multiple, évolutions locales et ponctuelles qui pourraient produire une mécanique globale et permettre à l’islam d’accéder à nouveau à un rapport égalitaire avec d’autres blocs civilisationnels et ne plus être soumis aux ingérences et intérêts étrangers.
le Maroc est un cas particulier tout comme chaque pays musulman ou non l’est. La configuration politique du Maroc, soit monarchie de droit divin, reliée à son histoire propre, fait que la réforme religieuse ou de la charia est possible du fait que le roi y est Amir Al Mouminin. Donc, il existe une tête « religieuse » qui peut incliner le fait religieux : ce que je disais auparavant : toute orientation est avant tout politique.
Cependant le Maroc ayant fait le choix de réformer aussi son économie, soit de la dépolitiser et de l’ouvrir voir l’offrir à des investisseurs étrangers dans des secteurs vitaux a engendré la montée en puissance de l’islamisme politique, qui si il existait sous le règne de Hassan II tenait alors un autre discours.
Donc, on a bien là confluence de facteurs globaux soit ultra-libéralisme économique, et dé« politisation de l’Economie avec des facteurs locaux : constitution politique, qui font à nouveau du Maroc un cas particulier comme le sont les autres pays musulmans, et infirme l’idée d’un islam »bloc homogène".
On pourra ajouter l’impact du substrat berbère et de la diaspora marocaine à l’étranger qui ajoute à la difficulté de dire de façon définitive que l’islam peut se réduit à une seule dimension à savoir religieuse.