« Comment mettre en place une alternative
viable à l’islamisme ? ces derniers ne sont ils pas des acteurs
majeurs de la nouvelle donne proche orientale. »
Ils ne le sont que parce qu’ils sont
objectivement alliés du sionisme politique et de l’ultralibéralisme économique :
seule une réflexion globale permettrait de changer la donne proche-orientale.
Je pense d’ailleurs que ce processus de
réflexion devrait aussi débuter au sein des arabo-musulmans vivant en Occident
qui eux seuls sont à même par la connaissance des sociétés occidentales d’inventer
des alternatives nouvelles, un peu comme les Juifs occidentaux ont su produire
le sionisme.
C’est en cela que je pense que les arabo-musulmans
« occidentaux » devraient fournir plus une avant-garde idéologique qu’un
soutien émotionnel aux peuples concernés.
Encore une fois, l’islamisme politique enferme
les consciences dans les seuls rapports islam-occident, Monde Arabe-Israël, se
fondant sur ces oppositions pour proposer un modèle particulier
politico-religieux. Le piège étant que cette réflexion fondée sur l’opposition
n’est pas à même de produire un « modèle positif » original et propre
aux sociétés concernées. La seule référence doit être les sociétés en question,
non pas l’Occident ou le conflit israélo-arabe. On ne se définit pas en fonction
de ses « ennemis », on se définit et ensuite on identifie ses « ennemis ».
je crois que là, elle est le nœud du problème et l’impasse islamiste.
La diaspora arabo-musulmane en Occident a un
rôle essentiel à jouer, me semble-t-il.
Le contexte historique est « favorable »,
le modèle occidental étant non seulement remise en cause par les limites et la
pertinence du modèle ultra-libéral, mais aussi en pleine mutation (société industrielle-société
post-industrielle) : les sociétés arabo-musulmanes sont encore loin d’une
telle mutation, et demeurent dans un processus « historique » qui
leur offrent suffisamment de « ‘plasticité » pour faire émerger une nouvelle civilisation arabo-musulmane ou
orientale incluant Israël et les périphéries :
Turquie, Iran, Pakistan, voir Soudan.
Je pense que quelques soient les scénarios
pour l’Iran, à savoir effondrement du régime, déstabilisation voir guerre,
aucun ne sera favorable à « l’Occident » ou à Israël : en fait,
seul le « statu quo » permet la « domination ».
Je m’explique : déstabilisation,
effondrement, guerre en Iran, auront pour conséquences le glissement définitif
du théâtre des opérations vers l’Asie Centrale, ce qui directement ou
indirectement impliquera des « éléments » d’une toute autre échelle
ou importance que les pays arabes « neutralisés » ou que la « forteresse
hi-tech nucléaire » israélienne :
à savoir quatre puissances nucléaires : Russie, Chine, Inde et Pakistan :
pays non-occidentaux selon la définition en vigueur, et aux réactions
imprévisibles autant qu’aléatoires : autant dire une toute autre partie à
jouer pour les stratèges du Monde Libre.
la domination du bloc occidental pourrait se
voir sérieusement remise en question et cela d’une manière radicale, sans
compter que cela aurait pour incidence directe une modification de la donne
géostratégique, mettant aux frontières de l’Europe un « ennemi objectif » :
à savoir la Russie qui se verra contrainte par le« containment » centre-asiatique
US de renforcer son alignement avec les pays musulmans.
Dans cette perspective, la situation au Proche
et Moyen-Orient pourrait radicalement changer, d’où la nécessité autant pour
Israël que pour les pays arabes d’anticiper, à défaut de sombrer dans le chaos
ou pire…
La mise en œuvre peut paraître improbable,
mais historiquement il y a jurisprudence : le panarabisme est né dans un
contexte où le monde arabe était sous domination étrangère totale, pourtant
certains ont su donner naissance à un projet qui aurait pu permettre la création
d’une puissance régionale homogène et influente.
Aujourd’hui, si je pointe du doigt la
problèmatique de l’islamisme politique, c’est pour plusieurs raisons : d’un
il enferme toutes pensées dans une perspective islamo-centrée mais aussi
arabo-centrée : faisant fi de la diversité orientale. Et en premier lieu
des minorités religieuses mais aussi ethniques : le panarabisme n’a été
possible que parce que la perspective était multi-ethnique et
multi-confessionnelle, importance majeure des Arabes chrétiens.
Les récentes élections libanaises montrent qu’il
est possible en sortant de l’islamisme, de renouer avec cette capacité de
proposition transnationale, multi-ethnique et multi-confessionnelle.
Sur le contrôle occidental et le rapport à
Israël, je pense qu’il y a nécessité vitale pour les peuples arabo-musulmans de
sortir de leur torpeur d’une manière autre que l’opposition islamiste aux
régimes en place. L’islamisme est l’associé, l’allié objectif du sionisme, et
de l’ultra-libéralisme, tant que cela ne sera pas compris, ces peuples seront
incapables de saisir les enjeux réels.
Choisir l’islamisme c’est soutenir les « ennemis ».
Aussi simple que çà.
Enfin, la référence n’est pas forcément celle
de la « démocratie occidentale », les sociétés orientales ou l’islam sont assez « plastiques »
pour parvenir à une forme d’organisation politique alternative et spécifique à la
civilisation arabo-musulmane.
Quant à Israël, le théâtre des opérations
glissant inexorablement vers l’Asie Centrale, les peuples du Proche et
Moyen-Orient disposent d’une fenêtre de tir « idéologique » pour
inverser la tendance : les infrastructures stratégiques américaines dans
cette région les pousseront au dialogue par nécessité : la balkanisation
irakienne a certes réussie mais pour un côut trop important comparativement aux
enjeux, disons que pour donner une image, le joueur d’échecs USA se retrouve
avec des pièces importantes bloquées, le pion « Israël » pourrait ne
plus être aussi intéressant d’ici peu.
Bref, les peuples arabes doivent saisir les
enjeux et développements futurs si ils désirent renouer avec leur histoire.
Je ne suis pas naïf quant à la façon dont l’islamisme
politique a été utilisé politiquement ou stratégiquement par les divers pays
que vous citez. Mon propos sur le post-islamisme n’a rien à voir avec un
quelconque péril islamiste.
Je dis juste que tant que l’islamisme
politique sera la seule alternative politique formulée au sein des sociétés
arabomusulmanes, celles-ci se retrouveront en situation de faiblesse et
incapables de contrebalancer ou neutraliser les ingérences extérieures.
Par pots-islamisme, j’entends le développement
d’alternatives politiques et/ou idéologiques qui permettront de faire coïncider
identités musulmane et/ou arabe, avec les aspirations des peuples concernés,
afin de redonner aux sociétés arabo-musulmanes une capacité d’influence et d’action,
mais aussi afin de les rendre à même de formuler un nouveau projet
civilisationnel original er viable. Cela dans l’optique d’un monde multipolaire
dans lequel un bloc oriental homogène aura son mot à dire et gèrera comme il l’entend
ses ressources naturelles mais aussi son évolution.
vous pensez que c’est encore possible vous êtes un grand naïf, qui
voudra encore vivre avec ces persécuteurs qui depuis 60 ans détruisent
les société arabes du moyen orient ?
je vous remercie de me penser comme naïf, mais sans vouloir vous offenser, je vous retournerai le compliment. Bref...
le fait est que la question n’est pas de savoir si celà est possible ou non, mais de considèrer que celà est impératif.
Sur les rapports persécutés/persécuteurs, l’Histoire nous enseigne que la donne change assez souvent et d’ennemis au mieux des peuples peuvent devenir alliés, au pire coopérer.
Maintenant, sur mon propos, d’un le post-sionisme : j’ai bien dit que c’était là une condition pour la survie morale d’Israël, car au niveau de sa survie physique, je ne vois pas ce qui pourrait la menacer. Ensuite, j’ai évoqué la nécessité pour Israël de devenir un pays oriental et ne plus être un pays occidental en Orient : cela est la seule voie pour qu’un jour ce pays n’apparraisse plus comme une anomalie historique mais bien comme un élement de l’Histoire orientale.
ce passage ne pourra se faire que lorsque Israël se sera libérer de l’influence « indo-européenne » qui a façonné l’évolution du peuple juif au cours des deux millénaires et a effacé tout élément sémite essentiel, influence-évolution qui est selon moi la source première du conflit : Israël doit redevenir un pays « sémite et oriental », le sionisme a échoué, car en évoquant le retour à la terre ancestrale, il a oublié l’essentiel le retour à la « nature sémite et orientale » du peuple juif.
Sur le post-islamisme : les sociétés arabes ont pris la voie de l’impuissance bien avant 1947, quand ils ont été incapables de rendre viable le panarabisme, et créer un bloc oriental panarabe : les rivalités et intérêts divergents, ayant entrainés des allégeances variées et s’opposant, les pays arabes ont été « neutralisés » à tous les niveaux. Le conflit israelo-arabe a juste permis d’enterrer définitivement le panarabisme, et de favoriser l’émergence de l’islamisme comme seule alternative ou résistance.
De la même façon, suel le post-islamisme peut permettre aux pays arabes d’affronter les enjeux actuels et futurs : l’islamisme empêchera toujours l’émergence d’un bloc arabe, ayant suffisamment de poids pour contrebalancer les influences étrangères. Une « oumma » politiquement viable et stratégiquement influente ne peut émerger qu’aprés l’islamisme.
Donc, à défaut d’être naïf, je tente de percevoir les seuls moyens pour le Proche et Moyen-Orient de retrouver sa capacité civilisationnelle, capacité qui a donné naissance il y a quelques millénaires à ce que nous appellons Civilisation, puis aux trois grands monothéismes : sionisme et islamisme sont objectivement les alliés de la domination occidentale mondiale, post-sionisme et post-islamisme réaffirmeront la puissance créatrice de l’Orient !