celà va au-delà de la « transparence » : on tend vers une société où les citoyens devront être « translucides » autant identifiables que similaires : la négation de la Singularité est l’objet essentiel de cette dérive sécuritaire, soit une société de contrôle total et global, où seules les particularités catégorielles économiquement intéressantes car formatées et modelées seront tolérées. La Singularité, sous-tendant l’Universel, est l’objectif à détruire : évidente logique du Contrôle-Conditionnement : la Particularité enferme dans la Catégorie et le Collectif disparait ainsi derrière comportements consommatoires uniformisés et revendications particulières manipulables : processus de dislocation plus connu sous la formule « diviser pour mieux régner ». Voilà la nouvelle politique, neutralisée par la dépolitisation de l’Economie, et donc privée de l’essentiel de ses champs d’application, ne reste plus alors que le Contrôle, l’Ordre étant lui aussi en passe d’être privatisé. Etape aprés étape, la Démocratie disparait en même temps que la Politique se vide de toute substance et capacité à définir l’évolution de nos sociétés.
Je pense qu’arrive un moment où il faut saisir
les enjeux de telle ou telle mesure, ou telle ou telle loi : car rappelons-le,
une loi votée a vocation à s’appliquer à chaque citoyen, et peut être
interprétée de bien des manières : les termes légaux étant souvent
généralistes, voir vagues, afin justement d’éviter qu’une loi, même en direction
d’un groupe particulier, n’apparaisse discriminante et donc en infraction avec
nos principes constitutionnels.
Donc, sur l’objet « burka », choisir
une optique « sécuritaire » afin de justifier telle ou telle mesure
me semble tendancieux. Si la nécessité de rendre son visage visible dans l’espace
devient une obligation légale sous couvert de sécurité, nul doute qu’un « petit
malin » (nous en avons un paquet dans notre classe politique) sera capable
de l’interpréter à sa façon, selon ses intérêts, un jour ou l’autre.
Il faut voir un peu au-delà de la burka, et
considérer de quelle façon, la jurisprudence créée impacterait définitivement
certains de nos principes juridiques ou relatifs aux libertés individuelles.
D’un, postulez que le développement de la vidéosurveillance
nécessiterait que les citoyens soient à visage découvert en permanence, me semble
créer un dangereux précédent : le progrés technologique en matière de
sécurité, d’identification des individus, etc…allant croissant, devons-nous considérer qu’à chaque fois qu’une
nouvelle technique se développe dans ce domaine, que le citoyen soit soumis à
de plus en plus de contraintes afin d’assurer le développement du « contrôle »
permanent et généralisé ? Il me
semble là s’agir d’une inversion voir perversion de la question « sécurité »,
nous ne sommes plus dans un schéma où l’Etat agit afin de garantir la sécurité
des citoyens, mais dans celui où l’Etat agit par simple volonté de contrôle, et
« criminalise » de fait tout comportement jugé « anormal »
ou « différent ». Il est aisé de deviner que cela dépasserait
largement l’objet « burka ».
L’obligation de l’Etat est la sécurité, en cela
il dispose du monopole de l’Autorité et de la violence, de la coercition légale
etc…transformer cette obligation de l’Etat en une forme de pouvoir « négatif »
voué non plus à la sécurité mais au contrôle, me semble une mécanique dangereuse,
dont les effets pourraient aller à l’encontre même de ce que nous défendons :
une société démocratique et libre.
Second point, la question fondamentale est de
s’interroger si la vocation de l’Etat est aujourd’hui celle d’un pouvoir « négatif »
(ordre, sécurité, salubrité,etc…), de légiférer sur des pratiques minoritaires
ou à l’encontre de groupes minoritaires voir ultra-minoritaires, et non plus
voter des lois ayant pour perspective la majorité des citoyens.
Rappelons que notre système démocratique se
fonde sur le principe de la majorité dans le respect de la minorité, des lois démocratiques
n’ont pas pour vocation à signifier la
dictature de la majorité, toute loi doit être équilibrée car applicable à TOUS.
Or nous constatons que de plus en plus de lois
applicables à TOUS sont votés à l’encontre de groupes minoritaires (loi
anti-cagoule, lois internet, lois sécurité,etc…) donc grosso modo : on
tend à restreindre les libertés de tous afin de contrôler des groupes
particuliers : cela est une aberration totale !
Pour exemple, la loi anti-cagoule pourra apparaître
pour certains normale, justifiée ou que sais-je, elle introduit néanmoins un
précédent : elle modifie tout simplement des principes essentiels à notre
démocratique : la liberté de manifester corrélée à la liberté d’opinion et
celle d’expression, ainsi qu’à la
liberté de circulation se trouve « impactée » définitivement :
jurisprudence a été faite, une loi anti-burka ne ferait que la confirmer.
Jurisprudence ? dans le sens, où le fait
le droit d’avoir une opinion politique, une confession religieuse ou autre, se
voit conditionné à l’obligation de découvrir son visage et de se rendre identifiable.
Bien entendu, certains penseront que « si on a rien à cacher, on a pas à
se couvrir le visage » mais le problème n’est pas là : la Loi s’applique
à tous : par voie de conséquence, introduire une telle jurisprudence qui
dit en somme que liberté de manifester, d’opinion, d’expression,etc…sont
conditionnées à l’obligation d’identification par tous et non plus uniquement
envers les détenteurs légaux de l’Autorité, peut permettre diverses
interprétations et dérives futures.
Exemple : si pour manifester, et donc
exprimer une opinion politique, je suis contraint d’être identifiable, l’anonymat
m’étant interdit : une interprétation possible (certes perverse) sera de
dire qu’un bulletin de vote ne peut plus être anonyme, que le votant doit être
identifiable, etc…
On pourra arguer que c’est là une vision
absurde, ou autre, mais le fait est que la Loi une fois votée est non seulement
applicable à tous, et non uniquement au groupe particuleir visé, mais qu’aussi
qu’en raison du caractère généraliste voir vague des termes légaux, l’interprétation
peut être très large.
Bref, tout çà pour dire, que la question « burka »
ne saurait être traitée sous un angle sécuritaire, elle introduirait après la
jurisprudence « cagoule » exposée plus haut, une nouvelle qui
conditionnerait la liberté de circulation à l’obligation d’être identifiable :
le visage bien entendu, une burka étant visible à des kilomètres.
Mcm : « Mais vous
jouez sur les mots, voici la chose mieux formulée : »chaque citoyen
est présumé innocent sauf si son visage correspond à une photo de recherché ou
apparait sur les images pendant un délit enregistré par
vidéo-surveillance«
Je ne joue pas sur les mots, j’estime
juste que votre vision sous-tend l’idée que tout un chacun doit être
identifiable dans l’hypothèse où un jour il serait impliqué dans un délit ou un
crime : donc présomption de culpabilité permanente=inversion même de nos
principes juridiques. Aucun machiavélisme, un simple constat quant à vos
propos.
Encore une fois, la seule
autorité reconnue est celle de l’Etat et de ses représentants légaux : non
pas cette débauche de vidéosurveillance, de caméras, de vigiles,etc.. bien
souvent sous contrôle privé. Bref, en tant que citoyen, je n’ai pas à justifier
de mon identité à quiconque si ce ne sont les détenteurs légitimes de l’Autorité
légale, mon visage n’a pas à être identifiable sous le prétexte de l’épidémie
de vidéosurveillance. Demain m’interdira-t-on de porter des gants afin que mes
empreintes soient « accessibles » en tout lieu et tout temps ? Interdiction
de se raser le crâne afin que mes cheveux puissent servir de preuve à décharge ?
De porter des verres colorés afin que mes iris soient scannables ? etc…si
vous partez sur l’argument sécuritaire, il n’y a de fait aucune limite.
mcm : « Je
pars d’un théorème simple qui dit : »L’innocent ou l’insouciant n’a
aucune crainte à montrer son visage, mais celui qui croit en un danger àl
montrait son visage, celui la va cacher son visage ! »
donc le simple fait de cacher son
visage est une preuve de culpabilité selon vous ? partant de là, l’anonymat
devient suspicieux aussi…il faudrait donc l’interdire sur internet, mais aussi
dans les urnes au moment du vote, que chaque bulletin précise l’état-civil du votant…quoi
d’autre ? J’ai un théorème tout aussi simple qui est « je ne montre que ce
que je veux : cela est mon choix, ma liberté. » Est-il moins valable que le
vôtre ? En quoi ?
je pense sincèrement que l’objet « burka »
ne saurait être traité sous cet angle sécuritaire : la jurisprudence
établie, tout comme celle de la loi anti-cagoule rendra possible nombre de
dérives qui pourraient changer et atteindre bien plus notre société que
quelques burkisées hexagonales.
Votre propos se tient, mais à mon pessimisme
supposé vous répondez par un optimisme attentiste ou fervent. Je ne suis pas
certain qu’au-delà d’un certain point, un retour soit possible.
Les moments de génie que vous avez évoqué précédemment
ne furent aussi possible que par le soutien d’une conscience collective prête à
soutenir ce génie qui se manifestait.
Il me semble qu’aujourd’hui, l’existence d’une
conscience collective-masse critique permettant d’infléchir un changement, un
retour ou quelque soit la formule que vous préférerez soit plus qu’hypothétique,
relevant plus du vœu pieux que de la réalité. Bref, le point d’inflexion de
notre courbe historique a été dépassé et l’évolution à venir me semble « négative ».
Bien entendu, ce schéma s’applique avant tout aux sociétés où l’anti-culture
opère, les autres si elles parviennent à échapper à cette mécanique globale,
seront sans doute à même de « courber » dans un autre sens l’évolution
de l’Humanité et reprendre le cours d’une histoire à échelle humaine et où la
Raison apparaitra à nouveau comme l’horizon vers lequel tendre. En attendant,
le règne de la Déraison se confirme jour après jour, de manière inexorable..sans
doute, suis-je trop pessimiste, à moins d’être trop misanthrope ou cynique…
Le fait de s’interroger sur la pertinence d’une
mesure ou loi sur l’objet « burka » ne relève pas d’une manœuvre dissuasive
mais bien d’une interrogation. J’ai, me semble-t-il, exposé des interrogations,
soutenues par des arguments, mon propos ne relève pas de la dissuasion, d’une
conviction mais d’une interrogation. N’étant pas dans un exercice du « convaincre »,
j’évite donc le « machiavélisme » que vous semblez me préter.
Bref : vous écrivez : « Non
la laïcité prévoit déjà l’égalité des hommes et des femmes, et cette mesure
discriminante enfreint cette loi, la laïcité prévoit aussi l’obligation de
masquer l’appartenance religieuse sur les lieux publics ! Il suffit de la
renforcer et non de l’abroger ou de faire une loi spéciale islamistes et autres
intégristes. »
Je ne vois pas où la laïcité
stipule l’égalité homme/femme, elle s’intéresse au rapport Etat/Religion et non
pas au rapport homme/femme, à moins que le mot « laïcité » ne soit
plus qu’un concept fourre-tout sans valeur légale.
Ensuite, la Laïcité interdit l’ingérence
de l’Etat dans le fait religieux, et l’ingérence du fait religieux dans l’Etat :
elle ne s’intéresse pas au citoyen, mais à l’Etat : de fait, la laïcité interdit
les manifestations dans les « lieux publics » relevant de l’Etat, ce
qui est différent de l’espace public qui appartient aux citoyens me semble-t-il.
Vous opérez là un glissement subtil, mais une administration publique ne
saurait être comparée à une rue. Auquel cas, je vois mal comment les prêtres ne
se soient pas encore vu interdire le port de la soutane dans les rues, non ?
Sur l’extension ou le
renforcement de lois liées à la Laïcité et aux libertés religieuses, je vois
mal de quelle façon cela serait-il possible, puisque par définition la Laïcité
s’intéresse au rapport Etat/Religion et non Citoyen/Religion. De la même façon,
face à la pléthore d’arguments autour de l’objet « burka », il me
semble que nombre d’entre eux le présentent plus comme un objet idéologique ou
politique que religieux : donc la Loi se doit de considérer ces différents
aspects, et la seule option que je vois est de légiférer sur la question du
fondamentalisme religieux politisé ou non. Cela est-il possible ? De
quelle façon, déterminera-ton ce qui relève du fondamentalisme, ce qui dans le
fondamentalisme est en infraction à nos lois et principes ?
Bref…mcm : « Oui
et alors la liberté ne peut pas être infinies et doit respecter les barrières
communes ! »
Le problème étant que les « barrières
communes » sont fluctuantes et indéterminées, à moins de référender sur la
question, je ne vois de quelle manière vous pouvez établir que votre réaction vis-à-vis
de la burka est représentative de l’ensemble de la communauté nationale. Le terme
« barrières communes » ne renvoie à aucune définition légale ou
juridique, or seuls Loi et Droit font autorité dans notre pays, c’est donc à ce
niveau-là que tout se décide, non pas en fonction des « barrières communes »
ou « perspectives individuelles », et bienheureusement, sinon il
y aurait matière à légiférer ad vitam aeternam.
Soit…l’objet « burka »
ne peut être dissociée d’une réflexion plus en largeur, globale, afin de
redéfinir le « vivre-ensemble » ou le confirmer.