Voilà quand même qui nous ramène (encore une fois) au piège difficile de la confusion entre égalité (si quelqu’un sait ce que c’est, merci de me le dire... ce sera sympa !) et identité.
Je vois bien l’ennemi que vous dites. Je vois très bien aussi ce que vous dites à juste titre des risques du ressentiment : tant de gens s’imaginent qu’ils ont des comptes à régler, voire à se faire régler au besoin en se faisant indemniser de crimes qu’ils n’ont pas subis par des gens qui ne les ont pas commis... (Au fait, avez-vous lu le récent « le ressentiment dans l’histoire » de Marc Ferro (Odile Jacob) ? )
Passons sur le bilan du marxisme. Le fond de ma question, en fait, c’est : n’y aurait-il pas une façon de s’interroger sur le sens des mots dominant et dominé, et regarder ce système autrement qu’en réduisant dominant à gagnant et dominé à perdant ?
Le dominant n’est-il pas le plus souvent celui dont j’aimerais avoir les avantages attachés à sa position mais sans les inconvénients, tout en conservant les avantages attachés à la mienne, mais sans les inconvénients ?
(Il y a d’autres couples infernaux comme ça, par exemple ceux des systèmes sado-maso ; vous connaissez sûrement l’histoire célèbre : le maso dit au sadique « fais-moi mal » et le sadique répond « non ».....)
Je me rappelle avoir vu un jour une manif de lesbiennes qui passait dans la rue en scandant « on-a-ga-gné, on-a-ga-gné », et à côté de moi, une jeune femme disant « tout ce qu’on a gagné, c’est le droit d’être seules ». Eh bien je trouve que la femme de la photo, elle a l’air d’être seule, d’être dans son monde. Mais je peux me tromper. Le risque en est de plus en plus grand à mesure qu’on essaie d’aller plus loin dans la lecture du document.
« cette relation homme-femme/dominant-dominé, dont nous avons eu tant de mal à nous défaire, et qui caractérisent justement l’ennemi que l’on prétend combattre ».
1/ Quel ennemi, Paul ?
2/ ce regard particulier « homme-femme/dominant-dominé », qui est au fond une perspective parmi des tas d’autres possibles, et qui s’inscrit historiquement comme une ultime déclinaison de l’économie de Marx, ce regard, donc, le trouvez-vous si fécond que ça ?
Trouvez-vous qu’il aboutisse, dans la pratique, à plus de bonheur ? ou à plus d’harmonie ? ou à une meilleure compréhension entre les sexes ?
Conduit-il à un mieux-être pour les enfants, qui sont l’avenir de l’Homme ?
Et si les fondamentaux masculins, féminins, et masculin/féminin étaient à chercher ailleurs que dans un système de domination où le « dominé » est perdant et le « dominant » gagnant ?
Ou ailleurs que dans un système de domination que l’on décrète privé de tout fondement naturel (« tout est culturel », comme si une culture n’était pas un objet naturel, comme si il y avait sur cette planète quoi que ce soit qui ne ferait pas partie de la nature), système fondateur d’exclusion dans lequel si le dominé (ici la dominée) n’a pas quelque chose c’est nécessairement parce que le dominant l’a confisqué à son profit ?
Je veux dire : cet « ennemi à combattre », êtes-vous bien sûr qu’il soit caractérisé par cette lecture particulière (après tout culturelle, elle aussi) suivant une grille « dominant / dominé » ?
Mais vous avez lu Jung, Paul... ces archaïsmes (archétypes) mythologiques sont plus que nos fondations, ils nous constituent. Comment voulez-vous les dépasser ou vous en défaire ?
Leur habillage en « dominant / dominé », en « tout est culturel », en Marx, en Bourdieu et en toi-OU-moi, tous ces fondateurs d’exclusions sont une écume récente. Avouez qu’on a envie qu’elle soit passagère et que revienne « la société de confiance » chère à Peyrefitte (vous aviez bien raison : je suis carrément optimiste).
Pour le reste, et en particulier pour ce que vous dites des échelles de temps, je suis complètement d’accord avec vous.
Parce que c’est plus beau, j’ai peut-être trop tendance à me voir comme une poussière d’étoiles et à ne pas assez m’efforcer avec Valéry « de n’oublier jamais que l’homme est la mesure de toute chose ».
Comme si les deux étaient exclusifs, alors qu’ils ne peuvent pas l’être. Pascal a dit tout ça beaucoup mieux que moi.
En attendant, dans notre image, l’enfant est bien l’avenir de l’humain : la fille stabilisante dans les pas de son père, le fils aventureux dans ceux de sa mère, ça fait un mélange catégoriel masculin / féminin / jeunesse / maturité / l’ornière conservatrice / l’aventure progressiste peut-être moins traditionnaliste qu’on pourrait croire, avec le chien au carrefour (peluche ET crocs pointus).
Finalement, c’est peut-être la ringardise des vêtements, qui cloche. Ca pourrait expliquer que beaucoup de commentateurs l’ont relevée.