Je dirais plutôt que le travail inutile augmente l’entropie, mais c’est ma déformation de scientifique. On est d’accord pour dire que cet argent est prélevé dans l’économie réelle et qu’il serait mieux employé à créer de la richesse.
Le problème que je vois est qu’il n’y aurait pas plus de richesse créée si l’Etat rendait cet argent. J’ai déjà eu l’occasion, comme créateur de start’up, de méditer sur le processus de création de richesse et le moins que l’on puisse dire est que ce processus est en panne. Il est en panne, non qu’il n’y a pas de monnaie disponible, mais que celle-ci utilisée pour des pseudo-investissements très court terme largement plus rentables que la création de richesse.
Nos économistes, en défendant systématiquement les lois de l’économie néoclassique, ont mis en place un système où la variable d’ajustement est le chômage de masse. C’est une forme de suicide. L’économie néoclassique favorise plus la prédation que la création de richesse.
Donc entre enrichir des travailleurs à rien faire ou enrichir des actionnaires qui n’en font pas plus, je préfère largement la première solution car elle diminue malgré tout les déséquilibres, maintien un peu la paix sociale et calme les ardeurs des prédateurs.
Mais évidemment, si nous changeons les règles de fonctionnement de la monnaie, mon point de vue pourrait être différent. Il est difficile de demander aux prédateurs de se tirer une balle dans le pied.
En fait, si l’Etat est incapable de relancer l’investissement, la dépense publique inutile reste un moyen de limiter la casse sociale. Si vous mettez au chômage tous les salariés qui ne font pas un travail utile, vous devez augmenter le financement du chômage car il ne retrouveront pas de travail. Les budgets sont des vases communicants et les travaux inutiles masquent la taille du gouffre dans lequel nous nous trouvons. La seule solution passe par la relance de l’investissement qui peut créer un déplacement des populations vers les nouveaux projets. Cela demande un peu plus que déplacer des budgets. Cela remet en cause l’idéologie économique actuelle et le fonctionnement même de la monnaie qui est loin d’être un simple outil de mesure des flux comme on essaie de nous le faire croire.
« cette rigidité dogmatique est la même pour le judaïsme et le christianisme qui, malgré tout, au fil de l’Histoire, ont dû mettre de l’eau dans leur vin »
Pas tout à fait. Personne ne transige sur sa foi et il n’y a eu aucune édulcoration avec le temps.
Par contre, il y a des différences essentielles entre la Bible et le Coran qui explique en partie des différences de comportement.
La Bible a été écrite pendant une période longue de plusieurs millénaires si ont tiens compte des mythes fondateurs transmis oralement. On y voit un progrès constant dans la compréhension du phénomène religieux. La résurection est apparu assez tardivement par exemple. Il devient donc naturel que notre compréhension continue à évoluer, grâce en particulier à la science qui nous apporte un éclairage intéressant sur la manière dont certains aspects pouvaient être perçus à une époque donnée.
Le Coran a été écrit sur une période plus courte et même s’il contient quelques incohérences, il est beaucoup plus difficile d’y voir une évolution de la pensée religieuse ou une œuvre collective.
Dans toutes les religions, beaucoup de personnes refusent de voir cette évolution parce qu’il craignent de perdre quelque chose et vont vers l’intégrisme. Toutes les religions ont leurs intégristes.
Le livre devient la bouée de secours auquel ces intégristes s’acrochent. Ils n’arrivent pas à trouver Dieu dans leur vie, mais pensent qu’en suivant certaines lois, cela sera équivalent. Le juridisme devient l’expression de la foi, mais Dieu n’a pas besoin de lois. S’il est totalement amour, il n’a pas besoins d’être juste puisqu’il pardonne à tous. C’est nous qui nous jugeons pas aptes et nous rejetons cet amour. Finalement, seules les lois qui nous permettraient de retrouver cet amour peuvent avoir un intérêt et pendant une période transitoire. Chez les catholiques et beaucoup de chrétiens, la liberté religieuse est un préalable à toute conversion. Ce n’est pas le cas avec l’Islam qui ne reconnait aucune liberté aux individus (Abdallah se traduit par esclave de Dieu).
Aucune loi catholique ne peut plus s’imposer à des non catholiques et pour eux, les lois de la république sont donc nécessaires pour que tous puissent vivre ensemble. Il n’en n’a pas toujours été ainsi. Tant que les lois de la république garantissent la liberté religieuse, les suivre est une nécessité, pas un compromis. Mais garantir la liberté religieuse à quelqu’un qui ne peut pas reconnaître cette liberté pose un problème.
La dépense publique peut être un moyen de redistribuer les richesses. Si nous réduisons la dépense publique, les inégalités augmenteraient encore. Il y aurait plus de riches et beaucoup plus de pauvres qui finalement représenterait une menace pour les riches…
Le problème n’est pas la dépense publique, mais la création de richesse préalable à la redistribution qui est en panne. Là encore, la dépense publique pourrait être un moyen de créer des richesses, mais la théorie économique majoritaire (néoclassique) le refuse. En laissant cette activité aux banques, celles-ci ont préféré utiliser la création monétaires pour des usage beaucoup plus court terme. La vraie création de richesse se fait par des investissements longs, parfois plus de 10 ans et le remboursement du capital et des intérêts pendant ces années tue l’investissement.
Il serait tout à fait possible de mettre la monnaie créée en contrepartie des investissement sans demander de remboursement, mais pour l’instant, toute la classe politique s’y oppose.
On nous parle aujourd’hui de créer de la monnaie pour faciliter le remboursement des dettes, mais je trouve absurde de ne pas utiliser cette monnaie pour faire des investissements et donc augmenter la richesse du pays. Je crains que ces sommes disparaissent dans un puit sans fond et profitent toujours aux mêmes personnes.
Je ne vois pas comment la Laïcité peut être stricte, sachant que c’est un compromis de par sa nature.
Quand à l’obscurantisme, c’est une notion relative. Qui peut définir ce qui est obscurantiste dans telle ou telle religion ?
Quand à l’adaptation d’une religion, il faudrait que les personnes concernées aient conscience d’une telle nécessité et toutes les religions ne s’adaptent pas. Plus la religion a évolué vers le juridisme, moins elle a de capacité à s’intégrer dans une société qui n’est pas la sienne. Au mieux (ou au pire), sous la pression, la religion va s’effacer pour rejoindre les catacombes.
La tentation du retour au concordat semble grandir en France. Pour l’Etat, cela permettrait de mettre le clergé sous contrôle. Pour les religions, c’est un piège, car l’exercice d’un pouvoir légal les fera haïr par une partie de Français.
Je comprends bien la nécessité de faire vivre ensemble toutes les composantes de la société, mais pour sa mise en œuvre, nous ne sommes qu’au début des problèmes. Il faudrait déjà qu’il y ait un dialogue. On pourrait définir un socle moral commun, mais la société française est maintenant majoritairement athée et ne propose plus rien comme morale. La fraternité est devenu un mot vide de sens sur le fronton des mairies. L’égoïsme ne peut pas être élevé comme une vertu. Les laïcs de 1905 croyaient encore en Dieu, même s’ils haïssaient l’Eglise (effet concordat).
Les fondamentailsmes se nourrissent des faiblesses de notre société. Les jeunes qui ont agis la semaine dernière étaient en révolte contre notre société. Nous devons aussi l’envisager comme un début de guerre civile (et non religieuse). Si nous donnions un excellent niveau d’éducation qui conduise à un métier à tous les jeunes des banlieues, un grand pas aurait été franchi.
La solution n’est peut-être pas à chercher du côté de la laïcité, mais du fonctionnement de l’économie. La théorie économique en vigueur actuellement (théorie néoclassique) considère le chomage comme variable de regulation du système et favorise la prédation sur la création de richesse. On peut commencer par imaginer des modèles un peu plus humains ; des solutions sont possibles de ce côté. L’économie peut être un moyen de redonner du sens à la fraternité.