Mr La Taverne, Rimbaud était ce qu’on appelle un "taiseux", autrement dit quelqu’un qui préférait le silence au bavardage. Il était pret à aller au bout du monde - et il l’a fait !- pour ne plus entendre les vaines paroles, tous ces bruissements inutiles que nous autres, "races jacassières" d’Europe, affectionnons et que fustigeait Baudelaire, ce "vrai Dieu" que lui, Rimbaud, s’était choisi ( mais qu’il jugeait néanmoins "trop artiste"...). Le poète donc a fui l’Europe. Il est allé jusqu’à Harrar, en Abyssinie, pays presque innacessible à l’époque. Il y est arrivé à la force des pieds, aprés maints aventures. Il aurait ainsi travaillé dans un cirque, puis se serait engagé dans l’armée coloniale hollandaise, et, une fois embarqué sur le navire, il aurait déserté lors d’une escale, en sautant à l’eau pour rejoidre à la nage le rivage... On le retrouve en Abyssinie (l’actuel Ethiopie) à trafiquer des armes, il y "épouse" une négresse et apprend le langage des habitants du lieu (ce dernier trait est remarquable pour un occidentale de ce temps). Atteint d’une tumeur au genou, il revient à Marseilles et se fait amputer de la jambe, puis meurt peu de temps aprés. Il a 37 ans. Nous sommes en 1891. Le maréchal Pétain est alors un jeune officier d’une trentaine d’années, mais qui mourra, lui, en 1951, vieille ganache pleurnicheuse... J’use de ce paralèlle grotesque pour faire remarquer que, s’il avait vécu plus longtemps, Rimbaud aurait connu tous ceux qui se réclamment de lui, ses inombrables épigones et dévots, parmi lesquels André Breton les surréalistes. Qu’en aurait-il pensé ? Et qu’aurait-il pensé du 20em siècle, lui qui qualifiait le 19 siècle de "siècle à mains" ?
Bien sûr, je n’ai fait qu’effleurer la vie d’Arthur Rimbaud, vie qui comporte de nombreux autres épisodes mouvementés, et dont certains continuent de faire polémique... Il reste qu’on a du mal à imaginer Rimbaud derrière un écran d’ordinateur, à écrire des articles "citoyens" pour aggora-vox, tel que nous le suggére sans rire Mr de La Taverne... Rimbaud rédacteur d’aggora-vox, je trouve celà aussi crédible que de rencontrer un gorille au Pole Nord... " Je est un autre" a dit le poète, on peut essayer de le chercher dans ses poémes : ils sont aussi dépaysants que le Pole Nord et l’Abyssinie réunie !
Diantre, au temps de papy on savait y faire et les p’tits jeunes ils filaient droits ! Ils ressemblaient pas à ceux d’aujourd’hui, tous couille molle gavés d’internet et de jeux vidéos... D’ailleurs, au temps de papy, en matière de jeux vidéo, on avait du grandeur nature : Stalingrad ou le Débarquement en Normandie, voir même, pour les férus d’exotisme, la guerre du Pacifique avec son bouquet final : le magnifique champignon d’Hiroshima. De quoi vous graver le ciboulot pour le reste de l’éternité. Alors heureux ceux qui, comme papy, on fait leur service en 1940... Heureux aussi les plus jeunots de ce temps-là, ceux qui étaient un chouïa trop gamin pour le joyeux casse-pipe, car ils pourront encore se consoler en se paluchant sous le portrait d’un vieux monsieur à moustache. "Patience les p’tits gars" qu’il leur disait le vieux monsieur, "çà sera bientôt votre tour ! En attendant, mes chers enfants, vous pouvez bien me pousser un peu la chansonnette : " Maréchal nous voilà..."etc".
Et bien plus tard,il se met même à penser tout haut papy : "et en plus on a cotisé pour vous bande de branluchons à la mord-moi-le-net !" Moralité : faut pas tirer les moustaches à papy,sinon il vous assome avec son nain de jardin...
Un petit détail semble vous avoir échappé, cher asinus Rex, à propos du tutoiement chez les anglo-saxons :
" Thou hast it now, King, Cawdor, Glamis, all,
As the weïrd women promised, and I fear
Thou play’dst most foully for’t :yet it was said
It should not stand in thy posterity,
But that myself should be the root and father
Of many kings.(...)"
Ainsi s’adresse Banquo à Macbeth, pratiquant un tutoiement aristocratique, réservé aux rois et aux grands, tutoiement que l’on trouve aussi dans les bibles de langue anglaise et qui, lui, est réservé à Dieu. De même, à propos des Grecs, faut-il vous rappeller qu’on ne trouve aucun vouvoiement chez Homère, ni dans aucun auteur antique ? Alors, vulgaires Homère et Shakespeare ? vulgaires Sophocle et Echyle ? Je ne crois pas. Mais c’est votre droit le plus stricte de les considérer tels, si celà vous chante. D’ailleurs, il paraît que notre "charmante" époque a vu naître une émission qui s’intitule "c’est mon droit". Haha "c’est mon droit" qu’ils disent tous ces braves gugusses. "C’est mon droit", n’entendez-vous pas, mon cher asinus Rex, mugir la petite chansonnette de toute une génération de gavés ataviques : "c’est-mon-droit". Alors pourquoi pas vous ? Le "grand méchant" vous n’attend plus que vous : vous êtes un mystique de la chose... Il vous offrira cette respectabilité verbale qui plait tant aux idiots et qui ne mange pas de pain. Moi aussi,cher asinus Rex, je vouvoie et je joue au puceau effarouché, mais c’est par pure convenance et dans l’espoir sans cesse renouveller d’accéder aux privautés radieuses du tutoiement. Car le tutoiement c’est déja les trois quarts des fringues ôtées et le string à portée de main... Le meilleure moment pour lacher un peu Shakespeare : " Thou hast it now, king" ( Roi, tu as maintenant tout).
Pour moi Mitterrand est l’archétype de l’homme de droite : nanti d’un solide pessimisme, il ne croit ni à Dieu ni à Diable, se méfie du genre humain, et pense le monde en terme de puissance et de ruse... Homme extrémement cultivé, d’un tempérament hédoniste qu’il sait habilement dissimuler, Mitterand préfère ses amis aux idées abstraites... Or, n’est ce pas là le programme de toute droite qui se respecte : les hommes plutôt que des principes fumeux ? Mitterand a été toute sa vie fidèle à ce crédo droitier. Il l’a même poussé jusqu’à ces dernières limites, en allant recruter des fidèles parmi les dogmatiques d’une gauche dure. Mais il l’a fait sans jamais renier ses premières amitiés politiques. Jusqu’au bout, "le saint des saints" de son son cercle intime, se composait de droitiers pur sucre, de ces hommes issus de la droite dure des années trente, époque bénie où l’on n’avait pas peur de crier sa haine pour la "gueuse"... Des écrivains tels J.Laurent ou A.Blondin, les fameux hussards des années cinquantes, ne cachaient pas leur admiration pour Mitterrand, et certains d’entre eux ont été jusqu’à faire campagne avec le PS ( Blondin : " je ne sais pas si je suis de gauche, mais...").
Mitterrand fût bel et bien le dernier des "vrais hommes de droite". Aujourd’hui, ceux que se prétendent tels vont lécher les bottes à Bush, ou bien se donnent le ridicule d’annoner les équations idiotes des économistes US, histoire de se la jouer premier de la classe boutonneux ! Décadence de l’homme de droite, donc ; et point de sauveur en vue... Sauf à considérer que les sauveurs viendront en yatch de milliardaire et s’en iront faire un petit tour à Disney, juste avant de mettre la main aux fesses de la douce France...