Parce que les prophètes de la fin du monde ont de tout temps été légion sur Terre, nombreux sont forcément les intellectuels en tout genre a nous avoir un jour prophétiser la crise.
Et s’il y a ceux qui l’ont vu venir de la Chine quand celle-ci a adhéré à OMC il y a également ceux qui comme Allais l’ont plutôt vu venir de la dérégulation financière. Mais si vous, Marc Jutier, choisissez aujourd’hui de mettre en avant la version d’Allais, ce n’est pas parce que vous auriez les compétences en économie pour juger de sa pertinence, NON ! C’est simplement et prosaïquement parce que les idées de cet homme servent pour l’occasionvos propres délires sur la nécessaire destruction du capitalisme.
Alors permettez-moi de vous faire remarquer que si vous pensez réellement que le Nobel d’Allais lui confère un magistère pour ce qui touche aux questions économiques, peut-être devriez-vous abandonner le communisme, car à ce qu’il me semble, Allais était un partisan de l’économie de marché. Et si vous trouvez cet économiste tellement clairvoyant, qu’attendez-vous pour vous convertir comme lui au capitalisme ?
Eh bien oui, j’ai quelques connaissances en économie et comme vous pouvez le constater, j’ai aussi quelque inclination pour le libéralisme. Est-ce utile pour autant de m’insulter en faisant de moi un vulgaire propagandiste d’une prétendue internationale libérale ? Après tout peut-être êtes-vous vous-mêmes un porte-parole d’un mouvement communiste mais cela m’importe peu. Car c’est à l’homme que vous êtes que je me suis adressé pas à une organisation quelconque.
Ceci dit vous avez raison, oui les libertés individuelles et en l’occurrence la liberté d’entreprendre me parlent davantage que la dictature du peuple. Oui je crois au marché et au libre jeu économique pour améliorer continuellement la condition humaine. Et ce n’est pas une simple idéologie c’est une opinion fondée sur des connaissances et des réflexions et que je peux donc défendre par l’esprit.
Maintenant si je vous fais peur et que vous voulez me voir comme un loup ou la version libérale d’un propagandiste communiste, libre à vous.
Ce n’est pas parce que vous êtes dans l’ignorance complète des lois du marché et de la façon dont les choses acquièrent de la valeur qu’il faut croire que cette valeur n’est pas plus réelle que nos dettes. Un peintre dessine deux rectangles de couleur sur une toile et son bout de tissu s’échange quelques années plus tard des centaines de millions de dollars. Cela paraît insensé mais c’est ainsi. Ce qui fait la valeur de cette toile, c ’est le marché, c’est-à-dire ceux qui sont prêts à payer pour l’acquérir. Et cette valeur marchande est alors tout aussi réelle que peuvent l’être celles de nos dettes ou de toute monnaie fiduciaire.
J’achète un tableau de Mark Rothko pour cent million de dollars Les experts que je consulte me garantissent qu’il est authentique. Quelques temps plus tard ayant besoin d’argent, j’en revends la moitié sous forme de titres de propriétés qui ne tardent pas à se transformer en monnaie d’échange. Tous s’imaginent que la valeur de leur titre de propriété est garantie par le tableau lui-même. Seulement voilà, quelques années plus tard, les experts réalisent que mon tableau n’est pas de Rothko mais d’un illustre inconnu. La valeur marchande de celui-ci s’effondre brutalement faisant perdre leur argent à tout ceux qui ont accepté en paiement les titres de propriété.
Cela signifie-t-il que la valeur du tableau n’était pas réelle ? NON ! C’est juste le marché qui ne lui accorde plus le même intérêt. Les gens étaient prêts à l’acheter 100 millions quand ils pensaient qu’il était de Rothko or il ne l’est pas et ils n’en veulent plus. Voilà !
Oui, merci, je connais les mécanisme de création de la monnaie et si je pense qu’effectivement une réforme du système financier mondial pourraient garantir un meilleur fonctionnement futur du capitalisme, je sais en également que c’est loin d’être la solution absolue à la crise. Ce serait
d’ailleurs
confondre comme on dit en médecine le mal et le symptôme. La crise des subprimes n’aurait jamais débouché sur la crise des dettes souveraines si les pays occidentaux n’avaient pas été de plus longue date malades et affaiblis par un autre mal plus pernicieux. Ce qu’il y a, c’est que notre modèle économique n’est plus adapté à la donne économique mondiale. Nous avons mis rustine sur rustine pour éviter de prendre les mesures difficiles qui s’imposaient et aujourd’hui, elles sautent les unes après les autres nous entraînant dans autant de crises successives.
C’est l’arrivée sur la scène économique mondiale d’un nouvel acteur, la Chine, qui a mis notre modèle en échec. Or ce pays ne nous domine pas par la supériorité technologique de son industrie mais par le faible coût du travail de ses citoyens. Ce n’est pas la technologie chinoise qui déferle sur le monde et détruit nos industries, ce sont les travailleurs chinois qui s’approprient le travail que suscite la technologie occidentale. Nous avons longtemps et pour diverses raisons voulu ignorer ce problème et nous avons contracté bien trop de dettes pour financer notre train de vie alors que notre croissance économique était naturellement en berne. Ne nous y trompons pas, toutes nos misères découlent de là !
Si nous voulons résoudre la crise, il faut résoudre ce problème avec la Chine. Et là, il n’existe qu’une seule façon d’y arriver. Non, la fuite dans la démondialisation n’est pas la solution, ce qu’il faut c’est libéraliser notre marché de l’emploi. Plus de smic, plus de durée légale du travail et plus de contraintes au licenciement qui sont en réalité autant de contraintes à l’embauche. Il n’est pas supportable à long terme que la technologie occidentale ne suscite des emplois qu’en Chine. Ce problème de compétitivité doit être résolu ne serait-ce que pour forcer enfin les Chinois à s’engager chez eux dans une politique sociale plus responsable.
Le principal problème de ceux qui veulent changer le monde n’est pas de convaincre les 99% des tares insurmontables du capitalisme, mais de leur présenter une alternative enthousiasmante à celui-ci.
Si j’avais le sentiment que la destruction du capitalisme peut me mener à un avenir meilleur, ce serait avec ferveur que j’accompagnerais le mouvement. Mais détruire pour détruire n’a pas de sens. Ce qui importe c’est de savoir par quoi nous remplacerions la quête du profit pour susciter de l’humanité le travail nécessaire au maintient de la vie en société. Or de solutions nouvelles nous n’en avons AUCUNE.Toutes ont déjà été testées et nous en connaissons les limites aussi bien que celles du marché.
Voilà pourquoi les indignés ne sont en réalité que 1% et non pas 99%.