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tiptop

Je suis enseignant et chercheur en histoire contemporaine travaillant sur les mondes africains et le fait politique.

Tableau de bord

  • Premier article le 03/04/2007
  • Modérateur depuis le 06/11/2007
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Derniers commentaires



  • tiptop 5 avril 2007 18:27

    @ non666

    Euh ...apprends l’anglais ou tais-toi. Je ne veux pas d’un traducteur ! Mais bon tu ne lis pas mieux mes messages en Français , alors... smiley



  • tiptop 5 avril 2007 18:18

    Une dernière chose, j’ai lu le livre de grenouilleau sur l’esclavage. Très interressant et inattaquable mais bonjour les interprétations fumeuses qui en sont faites !

    Un exemple : les propos tenus sur l’esclavage lors du 20h du 29/01/06 sur France2. L’exposé est calqué sur les thèses du livre de Grenouilleau. Passe encore que le rôle de la France soit minimisé par une présentation pour le moins déculpabilisante : les trois traites (orientale, africaine et atlantique) sont mises au même niveau ainsi que les pays ayant participé à la dernière (la France étant un pays parmi d’autres).

    Le plus grave c’est la chute : après l’abolition de l’esclavage en 1848 par Schoelcher, les esclaves sont devenus je cite « des citoyens à part entière ».

    Comment peut-on énoncer sur une chaîne publique une telle énormité ? Schoelcher est un grand homme mais il faut rappeler tout de même que l’esclavage dans les colonies a longtemps perduré (voir les ouvrages de Marc Ferro « Histoire de la colonisation » et « le livre noir »). De plus le travail forcé s’est progressivement substitué à l’esclavage et n’a pas été moins meurtrier. La construction du chemin de fer de Brazzaville à Pointe noire s’acheva en 1934 après avoir fait estime t-on 18000 morts soit près de 36 par kilomètre. Le gouverneur de l’époque Antonetti déclara :« Il faut accepter le sacrifice de 6000 à 8000 hommes » (revue histoire et patrimoine Août 05). D’après France 2 aurait-il du dire 6000 à 8000 « citoyens à part entière » ? Mais bien sûr le chemin de fer est probablement un de ces aspects positifs de la présence Française ! Je propose la lecture de « Terre d’ébène » d’Albert Londres à ceux qui pensent que ces affranchis devraient nous être redevables de leur « liberté » . Dernière précision il aura fallu attendre 1946 pour abolir le travail forcé.

    Le voile concernant le passé colonial de la France est en train de se déchirer. Certains s’en félicitent, d’autres pas. Mais que de telles énormités soit proférées devant une large audience ne peut pas être sans conséquence dans un pays où les revendications identitaires se font de plus en plus vives. Si le nécessaire travail de mémoire doit être traité de façon aussi légère et irresponsable j’en viendrais presque à regretter le temps où l’histoire coloniale et la traite était paisiblement occultée et uniquement affaire de spécialistes.



  • tiptop 5 avril 2007 18:09

    Il y a en marre de voir des gens toujours agiter le drapeau « Stop à la repentance » dès que quelqu’un parle de notre histoire coloniale !! Si j’en parle c’est qu’elle éclaire le présent, ce n’est pas par autoflagellation !! La Veme république est né de la décolonisation je vous rappelle. On y est encore. C’est pas un hasard si la loi autorisant les préfets à instaurer un couvre feu date de 1955 !

    Un des immenses mérites de la loi du 23 février 2005 est d’avoir réveillé les consciences et provoqué un débat public inespéré sur la question coloniale.

    Je crois rêver quand j’entends Elisabeth Badinter, Sarkozy et d’autres catéchistes républicains parler d’abus de « repentance ». Au passage je rappellerai que repentance est un terme qui appartient à la sphère religieuse et impropre dans le champ politique. Ne vaut-il pas mieux parler de « reconnaissance historique », de « mémoires » au pluriel ? Au demeurant, où sont ceux qui réclament une quelconque repentance ? Se repentir n’a pas de sens. On est les héritiers d’une mémoire collective par essence ambivalente, donc avec sa part sombre, et nous n’avons pas à nous excuser des crimes de nos ancêtres. Maintenant faut-il occulter les faits coloniaux comme cela a été fait à l’école depuis les années 60 ? Car il faut bien le rappeler (je suis enseignant et dans ce domaine je sais de quoi je parle) on est passé de la glorification de l’entreprise coloniale (voir les manuels des manuels des années 30,40 et 50) au déni de ces faits. Cela perdure aujourd’hui. Lisez les programmes d’histoire de l’éducation nationale : la colonisation est certes évoquée mais ne constitue pas un sujet d’études sauf dans certaines filières de terminale, et encore cela n’est étudié qu’à travers l’émergence des pays du tiers-monde et non pas comme une histoire nationale. Mauvaise conscience ? Certes, mais maintenant que le tabou est tombé, que les mémoires se réveillent (on l’a vu récemment avec la torture en Algérie) nos catéchistes républicains crient à l’auto flagellation ! Nos élites connaissent bien cette période mais qu’en est-il du citoyen Lambda ? Beaucoup pensent encore qu’ils nous sont redevables de leur avoir apporter la civilisation. A trop cacher une partie de notre histoire cela devait nous exploser à la figure. C’est ce qui s’est passé au sens propre avec la crise des banlieues ou le mal-être identitaire de certains nos enfants d’ex-colonisés s’est exprimée de façon violente.

    La décolonisation des esprits reste à faire si ne nous voulons pas sacrifier 2 autres générations de nos enfants, français rappelons le, mais aussi de parents issus de l’immigration.



  • tiptop 5 avril 2007 14:25

    Voici un petit texte pour les anglophones (il doit bien y en avoir ici...) que j’ai écris il y a peu pour des forums américains. Il vient compléter et enrichir mon message original. Bonne lecture !!

    One year has passed and I’m still shocked to see how american editorialists view and analyse French riots thru the prism of the clash of civilisation thesis which I presume is quite popular here in the US. The fact that the French intelligentsia disregard this opinion is in no way more convincing for they also share shallow insights on these events. How could they ? They might have the brains and the education but they do not live amongst these people ... Such misunderstanding led to a major polical crisis in France with Le Pen facing Chirac in april 2002. Nonetheless American journalists in general show great ignorance of colonial and post-colonial French history and of some of the very complex social realities in the outer urban cities (such as clichy-sous -bois). To understand how such a rampage has come to hurt French clear conscience we have to sort out what is transnational in the causes of the riots and what is specifically French.

    There is little more to add to what have been abundantly commented in the press regarding the economic deprivation of some urban area around big cities. Unemployment, social precariousness, bad housing are obviously a perfect breeding ground for a conflagration. So what ? Quite a few people suffer from the same difficulties in the same districts but never torch a single car. Some officials (Sarkozy and police unions) talked about organised “gangs”. Over the 5000 arrests on November 2005 the French department of justice stats point out that only half of the convicted had a police record. Mimicry is a downright fact but fail to explain why you go wild one night et let it all go in flames. We should question the causes of anger and resentment. Doing so is NOT calling for social excuses of any kind. The individual responsibility is indelible. But they acted in a very specific context. They are also the heirs of a painful and tragic history largely veiled in France. It comes down to a searing issue : what identity can you build in a multicultural (1) country as France that does not view itself as such and still live as an ex leading nation plunged into remorse for having betrayed its values ? Our post colonial history were long considered as taboo since the advent of the fifth republic, born on the smoking ruins of our colonial empire. Our immigrant policies were never assumed and it worked towards the rise of the far right in France in the 80’s. Now it has come to maturing and the veil is being torn apart. This is very exciting for me to see how some medias suddenly tackled this crucial issue : what is being French today ? My fellow citizens has been forced to realise how much discrimination is widespread and represents a deadly social poison. When these kids are given the chance to talk they also stress on the lack of job opportunities and the police harassment.

    Going back to economic conditions of the rioters families, they make a living out of petty trafic and and welfare subsidies. Most of the fathers of the young arsonists abided and endured even more poverty and discrimination when they came massively to France after world war II and the decolonization. However they had jobs at that time and that made a big difference : they had a past (painful), a present (miserable) but decent hopes for their descendants. Today their grand sons are torching buses and don’t know where they come from (the intergenerational dialogue is dried up), who they are (arab, French, muslim, citizen , scum of the society, all of that ?) and don’t think to have any future (unemployment, delinquency ?). And most of all, whether they’re right or wrong, they do feel a rampant contempt wherever they stand. I know these kids. I taught them fourteen years and lived four years in one of these deprived urban town around Lyon. As a matter of fact I’m amazed to see how few got caught in the spiral of violence. But I still feel we’re sitting on the top of a boiling cauldron. As you see I didn’t talk much about a would be religious conflation because it’s irrelevant although some islamic associations opportunately tried to water off youth anger but with very little success. Yelling at the police “Allah akbar !! ” is an easy posture made up by the kids to scare people if not to hide how spiritually empty they are. However it’s relevant to notice that they burned the symbols of potential emancipation (cars, schools ect...), not religious symbols like churches or sinagogues. Unless they torched them because it’s just there... Who knows ?

    (1) Multicultural is improper as it refers to the anglosaxon world. There are not communities leaving side by side but social, economic, geographic and racial markers that defines some categories of persons. When it comes to rioters it calls more specifically for a post colonial fracture.



  • tiptop 5 avril 2007 14:16

    Cher monsieur

    J’ai très bien suivi le débat autour des lois mémorielles car il me passionne. Or un des enjeux du débat était bien de rappeler que les historiens ne sont pas là pour porter des jugements sur l’histoire et que les politiques devraient se garder de le faire par le biais de lois mémorielles. « Aspects positifs, aspects négatifs » n’ont rien à faire avec l’histoire ! Et ce n’est pas parce que les historiens rappelent que toutes les histoires de colonisations racontent par définition une soumission d’un peuple à un autre (avec son cortèges de massacres et autres humiliations) qu’ils portent un jugement. Ce sont des faits. Point. Ce n’est qu’en tant que personne privée et morale, éventuellement porteuse d’une mémoire, que nous pouvons juger ces faits, à l’aune de nos idéaux républicains par exemple.

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