Ainsi que d’autres l’ont dit, le Parlement sous la Vème République a presque toujours été une chambre d’enregistrement ! Selon moi, le diagnostic du général De Gaulle est toujours correct : le régime des partis, est la seule entrave à un véritable débat démocratique. Il est regrettable qu’en France il soit "interdit" par les instances dirigeantes des partis, et souvent mal vu par les militants, d’aller à l’encontre des décisions de ces mêmes instances. Ceci est valable à droite comme à gauche. Il ne me semble pas normal que des députés légitimement élus comme Jean-Pierre Grand ou Hervé Mariton soient victimes de la vindicte et de la "vengeance" du Président de la République, il me semble malsain que Jack Lang ou Claude Allègre soient condamnés au PS parce qu’ils ont, soit voté des textes du gouvernement, soit ont soutenu certaines de ses idées, que Michel Rocard, qui a tant apporté au pays, soit considéré comme un "traître" quand il dit qu’il quittera le PS si Ségolène Royal est élue à sa tête.
Le jour où le personnel politique sera vraiment libre de ses actes et de ses propos, le Parlement aura conquis le droit d’être autre chose qu’une chambre d’enregistrement. L’épisode du vote pour le texte de révision constitutionnelle me paraît très significatif : des députés PS étaient pour, mais ont dû se plier à la discipline du parti, certains de l’UMP étaient contre, mais ont eux aussi dû se plier à cette même discipline, empêchant finalement le vrai débat, sur le fond du texte, hors des caricatures, qui finissent toujours par un dialogue de sourds "pour ou contre telle ou telle personnalité". A mon avis un débat public entre par exemple Manuel Valls, qui était pour, et François Goulard qui était contre aurait sûrement été intéressant, aurait forcément échappé à la stérile et si simpliste opposition gauche-droite, et n’aurait eu donc d’autre choix que de parler du fond !
La présidentialisation du régime ne me paraît pas être une menace : aux Etats-Unis, le vote du Congrès n’est pas nécessairement acquis, même s’il est du même bord que le président. Je trouve par exemple en cela la bio de McCain intéressante : il s’est régulièrement opposé à des textes de loi de Bush (20 à 25% environ, ce qui en France n’a pas dû arriver à beaucoup de députés d’un parti majoritaire quel qu’il fut...), et pour autant n’a pas été condamné par son parti dont il était le candidat à l’élection la plus importante.
Ces interdits et ces comportements dignes de la cour d’école sont pour moi dûs à une seule chose : le manque d’ambition "intellectuelle" de la classe politique. Elle s’adresse tous les jours un petit peu plus à nos tripes et tous les jours un peu moins à nos cerveaux. Et là encore, c’est aussi vrai à gauche qu’à droite !
A propos de France Télévisions - et c’est d’ailleurs un exemple de celà - : c’est prendre les Français pour des imbéciles que d’essayer de leur faire croire que le Président de la République n’a aujourd’hui aucun mot à dire sur la nomination de son président (j’aurais par exemple du mal à croire que François Mitterrand se soit totalement désinteressé des nominations de son ami Hervé Bourges à TF1, quand c’était encore une chaîne publique, à France Télévisions puis enfin au CSA , j’aurais d’ailleurs aussi du mal à croire que Jacques Chirac n’a pas pesé de tout son poids pour faire nommer Patrick de Carolis, co-plume de son épouse...)
Mouais, je vois trop ce que ce point vient faire ici, mais bon...
Et que penser de la décision absurde de soumettre au référendum un tel texte beaucoup trop compliqué pour être expliqué clairement et sans démagogie, dans ses forces et ses faiblesses par la classe politique que nous avons ? Le personnel politique s’adresse de plus en plus à nos coeurs, à nos ventres et à nos bas-ventres et de moins en moins à notre cerveau. Pour expliquer ce texte c’est bien à ce dernier qu’il faut s’adresser, que l’on soit pour ou contre !
Déni de démocratie ? Peut être. Mais encore faudrait-il qu’il y ait déja eu un sembant de démocratie dans ce qui concerne la marche de France Télévisions !
Les Français s’en fichent, pour deux raisons je pense liées au fond de ce qu’est ce service public :
- les programmes, le contenu des journaux et la façon de traiter l’information sont totalement comparables à ce que fait TF1 (en tout cas en ce qui concerne France 2, France 3 et France 4), et ne font pas du service public de la télévision quelque chose d’original
- la relative gratuitué, ou en tout cas la non différenciation d’avec les chaînes privées, qui écarte au niveau individuel le raisonnement coût - bénéfice.
Ainsi, le service public de la télévision et celui de la Poste ou du transport ferroviaire n’ont rien de comparable. Cela explique selon moi l’indifférence de la population pour le sort de France Télévisions (et peut-être même de la bienveillance pour la suppression de l’honnie publicité)