je vais essayer, hervé, de vous apporter ma petite contribution, en faisant en sorte qu’elle soit suffisamment originale pour valoir le coup d’oeil.
on trouve bien sûr répandues sur le réseau de bonnes traductions de la théogonie d’hésiode, geuthner propose une intéressante théogonie des druzes traduite par de Sacy je crois, il y a encore l’enuma et mythes de fondation babyloniens, déluges tout ça, le domaine est vaste, voilà pourquoi je vais me soucier de vous placer deux apports introuvables sur réseau.
eusèbe de césarée n’a pas le choix le pauvre. cet évêque des tous premiers temps se rend bien compte qu’il dispose parmi ses manuscrits d’une somme assez à la mode mais secrète quand même, qu’on appelle le « sanchthoniaton », sorte de manuel de théologie, cosmogonie, théogonie, mythologie phénicienne.
certains font remonter tout ça aux vieux temps de la civilisation égéenne, mon opinion est qu’il s’agit des débuts du premier millénaire avt JC.
bref, sun-chthoni-aton pourrait concerner le rassemblement d’un soleil de l’en bas , de la terre...
l’important n’est pas là.
au psaume 22 la dernière exclamation reprise par le christ sur la croix c’est « eli eli, lama sabactani » traduc classique : mon dieu mon dieu, pourquoi ou à quoi m’as-tu abandonné/livré/jeté« etc.
the point is il n’invoque pas yahvé ou jehovah mais le dieu »EL« qui est une des désignations de dieu ds la bible, mais du nord plutôt puisque EL se retrouve surtout sur des tablettes phéniciennes.
ce qui gêne beaucoup monsieur eusèbe, c’est que dans le sanchtoniaton on en parle sans doute pas mal de EL, EL fout un sacré bord d’EL...
bref, il a ces treize volumes sous la main dit-on, c’est le tout dernier exemplaire, et il le brûle, là, tout sec, fin.
il en garde de vagues lambeaux, philon de byblos nous rapporte quelques pages, notamment une page d’entrée, récit phénicien de la création du monde.
le voici, je vous retrouve tout à l’heure pour le commenter en très bref...
»Au
commencement était ce qui est en soi,
frémissant
dans sa totale obscurité,
car
une brise parcourait les ténèbres,
mais
les ténèbres étaient infinies dans les temps
jusqu’à
ce que la brise,
s’éprenned’amour pour elle-même,
en son
principe
alors
il y eut le mélange du pain,
et la
brise s’unit à son désordre,
naquit
la mort -
et de
la mort jaillirent toutes semences de vie,
car la
mort est principe de toutes choses
et la
mort a la forme d’un œuf
où
irradient le soleil, la lune, les planètes et les étoiles
car
c’est ainsi que naquirent les vivants
sans
conscience,
puis
de ceux-là les intelligents,
qui
regardent vers le ciel
mais
la foudre de la séparation
éveilla
les intelligents de leur hypnose
alors
mâles et femelles trouvèrent leur mouvement,
se
désirant,
aussi
bien sur la terre que dans les eaux. «
ce qui fait les humains ici n’est rien d’autre que le désir, nous habitons ce cosmos qui est un oeuf qui s’appelle môt ou la mort, ok.
lorsque la brise se touche, cela rappelle bien l’esprit de dieu qui est sur les eaux au deuxième verset de la genèse.
l’intéressant, c’est que les intelligents qui désigne ici les humains, sont dit en araméen »sophésamîm« , en hébreu ce serait »tsophé chmaïm« , qui regarde vers le ciel.
il est connu que le grec »anthropos« se décompose, même sous la langue de socrate, en »ano-tropein", qui regarde vers le haut, c’est le propre de l’homme, un chien ne regarde jamais vers le ciel. il ne le prend pas pour objet, l’homme si.
mais les phéniciens nous racontent donc qu’avant les vrais hommes y’a des illuminés au sens littéral qui contemplent le ciel, avant l’homme l’astrologue...
mais qu’est-ce qui pourrait prouver cela ?
regardons maintenant dans la salle des taureaux de lascaux :
on lit ça généralement comme un homme renversé sous un taureau, puis y’a sa flèche au sol, voilà terminus.
cela semble pourtant plus compliqué : y’a pas qu’un trait là, y’en a plusieurs, et c’est intriguant tout cela comme une superposition de figure géométrique sur un dessin...
l’oiseau pourrait hiérogliphiquement se lire comme l’âme du bonhomme.
c’est marrant ces point sous la queue du rhino, on dirait que le bonhomme s’appuie sur l’oiseau et se joue entre deux bêtes massives.
et puis surtout il n’est pas à plat au sol, il est penché à côté du taureau...
or quiconque connaît les représentations classiques des constellations dans le ciel sait très bien qu’en novembre par exemple à minuit, au milieu du ciel il voit en haut à droite le taureau, et juste à sa gauche les gémeaux qui ont cette caractéristique d’être représentés comme flottants, penchés par rapport à la ligne de l’écliptique...
on peut en voir une représentation assez bateau mais suffisante là :
maintenant vous me direz, oui c’est joli tout ça, ça donnerait un bel écho au texte phénicien de philon, mais les gémeaux sont deux et pas un ; nous ne savons pas vers quelle époque ils deviennent deux, la succession entre une représentation animale et une représenattion humaine traverse l’histoire de tous les zodiaques dans cette zone, ou presque.
dans ce cas, on pourra dire, qu’ils trainent le taureau ou la vache, et que c’est domestication, il n’empêche que cette succession d’un taureau à droite avec deux hommes proches à gauche est à interroger.
tout cela n’est qu’hypothèses, le voyage est amusant.
désolé pour le ton qui m’a dépassé encore une fois, vu que j’avais l’impression d’être d’abord confronté à une grande gomme, face à un domaine que j’ai exploré...
J’ai bien compris qu’il s’agissait d’« Eléments », vous lancez des pistes, c’est déjà ça.
Et le mérite en est encore que votre utilisation du concept d’inconscient collectif y est bien conditionnée, parfaitement contextualisée et tibutaire de l’événement foule ; on saisit qu’il ne s’agit pas de délire jungien même si le danger porté par cette appellation si peu contrôlée demeure.
Sur l’identification par contre, il me semble qu’il y a menace : Le concept n’a pas simplement été posé là par Freud puis abandonné, il a été développé, détaillé par la suite, et sur la question des foules en particulier ; d’autres mécanismes afférents y ont été joints, voilà pourquoi son évacuation/remplacement par la beauté séduisante de la « cristallisation » me semble moins porteuse que perdante, à moins de retravailler tout le champ.
Par ailleurs, si Girard a bien exploré la question du bouc émissaire, des décennies de psychanalyse appliquée à l’échelle du focntionnement des groupes (et pas que la psycha) ont presque définitivement démontré que le bouc émissaire n’est plus pensable hors la question du leadership (depuis même Frazer, allez...), mais cela s’intègre donc comme une totalité qui demande à être théorisée, conceptualisée, voilà pourquoi je citais Kaufman et Totem et Tabou, malgré la maladresse du mythe. Ce fonctionnement global et immanquable dans le moindre noyau de groupe ne serait pas sans applications lisibles à l’échelle des grandes foules, sans plus.
Oops... j’ai oublié un « S » en chemin dans le « je voudraiS », ça relativise un peu, et même dans ce cas, y’a pas photo, mais y’a pas de problème non plus, du moins n’est-ce pas ou plus le mien - qu’un porte.
Hervé, je reviendrais, peut-être, bien plus tard, vous parler des théoriciens du « tsimtsoum » ou ce qu’on appelle le retrait du divin dans un point, de sorte justement à laisser la Création advenir sans la brûler...
Pour l’instant, voyez-vous, au vu de l’historique, je médite un peu ces mots d’ouverture :
« je voudrai vous soumettre... »
mais je peux déjà vous dire que le propre de l’ancien testament, c’est de s’amuser continuellement à des pirouettes... entre deux mots anagrammes qui sont :
- le « moi », qui s’écrit avec les trois lettres A-N-Y
- et le « néant », qui s’écrit avec les trois lettres A-Y-N.