Il n’y a pas une cause unique de dissension, mais il y en a deux
sur la terre : l’une digne des louanges du sage, l’autre blâmable. Elles
agissent dans un esprit différent. L’une est funeste ; elle excite la
guerre lamentable et la discorde, et nul mortel ne l’aime, mais tous lui sont
nécessairement soumis par la volonté des Immortels. Pour l’autre, l’obscure Nyx
l’enfanta la première, et le haut Kronide qui habite dans l’Aithèr la plaça
sous les racines de la terre pour qu’elle fût meilleure aux hommes, car elle
excite le paresseux au travail. En effet, si un homme oisif regarde un riche,
il se hâte de labourer, de planter, de bien gouverner sa maison. Le voisin
excite l’émulation du voisin qui se hâte de s’enrichir, et cette envie est
bonne aux hommes. Le potier envie le potier, l’ouvrier envie l’ouvrier, le mendiant
envie le mendiant et l’Aède envie l’Aède.
Ô Persès, garde ceci en ton esprit : que l’envie qui se
réjouit des maux ne détourne pas ton esprit du travail en te faisant suivre les
procès et écouter les plaideurs dans l’agora. Il faut n’accorder que peu
d’attention aux procès et à l’agora quand on n’a point amassé dans sa maison,
pendant la saison, la nourriture, présent de Dèmètèr. Une fois rassasié, tu
feras, si tu le veux, des procès et des querelles aux richesses des
autres ; mais, alors, il ne te sera plus permis d’agir ainsi. Terminons
donc le procès par des jugements droits qui sont les dons excellents de
Zeus ; car, récemment, nous avons partagé notre patrimoine, et tu m’en as
ravi la plus grande part, afin de te rendre favorables les Rois, ces
dévorateurs de présents, qui veulent juger les procès. Les insensés ! lls
ne savent pas combien la moitié vaut quelquefois mieux que le tout, et combien
la mauve et l’asphodèle sont un grand bien.
Hésiode, Travaux et Jours (intro / trad. leconte de lisle)