vous faites oeuvre de thanatopracteur, et c’est bien courageux ; car ce déclin
est entamé depuis des décennies. Mais vous faites encore mieux, dans votre titre, d’employer si précisément le mot « lecture » et pas tout de suite le
mot « livre »... Voilà qui permet de mieux déployer l’horizon de toute
cette affaire.
Je ne suis pas sûr que ce soient les nouvelles technologies qu’il faudrait
accuser en premier lieu. On peut même se souvenir que ce déclin semble précéder
de peu l’invasion des écrans et autres joujoux...
Déjà, certaines modes condamnaient bien des lectures comme »ringardes« , »rétrogrades" des="des" livres="livres" pourtant="pourtant" essentiels="essentiels" toute="toute" de="de" la="la" culture="culture" ambiante="ambiante" ou="ou" occidentale="occidentale" au="au" ces="ces" formes="formes" majeurs="majeurs" seront="seront" par="par">
Lorsque vous dites :
»Il faut absolument inciter les enfants à la lecture et ce, dès le
plus jeune âge. Il faut les familiariser avec l’objet livre, il faut leur en
montrer toute l’importance, tout l’intérêt...
Noël approche, il ne faut pas hésiter à
offrir aux enfants, aux adolescents des livres : certains sont
magnifiquement illustrés et permettent une approche ludique de la
lecture..."
D’expérience, d’enfant ou d’adulte, je sais à quel point encourager à la
lecture de tel ou tel ouvrage est aussi le meilleur moyen de le rendre d’emblée
insupportable... Moi je suis pour la méthode que j’appellerais
« insultante » :
Choisir ouvertement de détruire, déchirer l’ouvrage
d’un auteur particulier devant un enfant, avec forces insultes et grande
colère ! Cataloguer comme larbins, salopards, connards, les noms d’auteurs les plus choisis...
Et là vous verrez le résultats !
Oh pas tout de suite non, mais qui pourrait
nier que les lectures les plus importantes se font d’abord en catimini, que les
livres d’abord interdits ont alors si bonne saveur que ce sont eux qui vont
déterminer... l’Ouverture.
Et justement j’en reviens donc à la
précision de votre titre :
Ce ne sont pas tant les livres qui sont combattus,
que la Lecture au sens le plus large, car c’est bien Toute la Liberté,
l’Autonomie, et ce qui s’ensuit.
Ce déficit de lecture est aussi quelque
chose de transmis, faut faire vraiment gaffe... Que de fois j’ai vu un gamin
avec, ne serait-ce qu’un Barjavel qui pourrait déjà ouvrir, sauver... et ce mioche d’abandonner la chose en cours de route, à peine entamée, du seul fait des encouragements
si pressants des adultes alentour, bien soucieux au fond que celui-là... ne se réveille !
et
qu’il ne nous fasse, soudain, le coup de ce maître... à NOUS LIRE !!
Karma m’avait dit qu’à Beyrouth elle pouvait en loger max
une demi-douzaine dans son loft, moi avec mes 400m carrés, je prenais le reste ;
et il y avait bien sûr encore quelques dizaines, répartis entre les copains. Le
lieu de rassemblement, par vagues minutées, était un concert de rock sur la
côte, dans une boîte pour blacks ; le transport de nuit était moins risqué
par des routes secondaires. Ils ne sortiraient jamais, sinon pas à plus d’un,
et on avait bien bossé sur quelques faux-papiers indispensables, Karma avait
son imprimerie… Il a fallu investir bouffe, mais ils savaient y faire. Pas de
jambon évidemment... Je me retirais discret aux heures de leurs prières, comme
Nerval sur son Santa-Barbara ; j’avais répandu quelques croix ça et là sur
quelques tables, histoire qu’ils ne me prennent pas pour un mécréant.
Faut dire qu’au niveau hygiène ils m’ont foutu un beau
cirque, mais ça va… c’est pour la bonne cause, puis c’était pas trop long. Heureusement
que j’avais encore mes bons contacts au village, et discrets, on leur a
refourgué quelques vieux kalachs bulgares, les mêmes qui avaient servi contre
les soldats du vieux par ici, avec encore des fusils de chasse, quelques flingues ;
les caisses de munition devaient suivre.
Ils n’avaient aucune peur, tout se faisait dans une grande
joie, même si ça manquait de femmes tout ça. Leur attirail était étrange :
en général, un couteau ou canif, la keffieh du nord, un pull plutôt sérieusement
troué, et surtout le phone le plus hightech possible pour les contacts et le
réseau. Et il a beaucoup aidé le réseau… jamais j’ai fonctionné comme ça sur
vingt mails en même temps et une floppée de comptes fb.
Ensuite, assez vite, il a fallu organiser leur come back
vers tell kalakh via la frontière. Pas du gâteau… mais les contacts sur les
villages étaient très bons, il suffisait de livrer. Mes dons de magnétiseur sur
les barrages de l’armée étaient encore meilleurs qu’à l’époque ; et avec
ma formation d’acteur, j’embobinais d’avance tous les vigiles possibles, j’étais
capable de tous les accents de tous les coins du bled, de changer d’âge en deux
temps trois mouvements. Avant même que j’aborde un barrage, le mec baissait la
tête sous le poids de la culpabilité qu’il y aurait à m’interroger… Faut dire
que s’ils m’avaient pincé avec ce que j’avais en coffre, je serais encore au
frais…
Une fois de retour, quel bordel ils avaient laissé !
mais ils ont vite manqué… Quelle belle ambiance ! comme ils sont beaux,
généreux, solidaires, touchants, attachants. Mais déterminés surtout.
Bien sûr je leur ai jamais parlé d’AV ou même du réseau
voltaire et de ce qu’on y distillait, dans l’ignorance la plus totale voire le
mépris affirmé, de désinformations contre eux, contre leur peuple et la
grandeur, la justesse de son combat… ils auraient explosé l’ordi, la télé, et sans
doute moi avec.
C’est bizarre tout de même tous ces afghans qui parlaient si
bien l’arabe.