"Vous oubliez que le principe de la démocratie, c’est la séparation des pouvoirs, l’existence en face de chaque pouvoir, d’un ou plusieurs contre-pouvoirs."
Je ne crois pas l’avoir oublié alors que la première chose que j’ai dite est justement que la séparation entre le pouvoir de création monétaire (banques et banques centrales )et son besoin (Etat) est l’une des conditions permettant de limiter les risques.
"Vous admettez donc que le parlement n’est pas un contre-pouvoir vis à vis du gouvernement."
Le parlement est un mauvais contre-pouvoir actuellement, puisqu’il n’est pas maitre de son agenda et que les élus votent principalement par groupe (et pas chacun selon ses convictions).
Mais en matière économique, c’est beaucoup plus grave. Le Parlement n’est même pas un contre pouvoir puisque c’est lui qui lit, modifie et valide la loi de finance régissant les recettes et dépenses de l’Etat. Techniquement c’est le parlement qui décide des politiques économiques et donc du déficit et de la création de dette.
Demander au parlement de voter des lois contraignant ce même parlement, c’est contraire au principe de séparation des pouvoirs. Parfaitement.
"Je déduis de votre argumentaire que l’état peut créer sa monnaie à condition que procédé soit suffisemment démocratique."
Non non, ce n’est pas le propos. Ce qu’il faut conserver en matière économique, c’est la séparation des pouvoirs, pas le choix de la majorité. La séparation des pouvoirs, c’est que celui qui a besoin n’est pas celui qui peut et vice versa.
Le pendant de ce pouvoir donné aux banques, c’est le pouvoir de définir les règles. Ce pouvoir existe, il est la propriété de l’Etat. Faut-il le renforcer ? Peut être.
"Actuellement, la création de monnaie est faite sur la base de ce que l’on estime être la réalité économique"
Plus généralement, l’économie c’est l’estimation de la réalité. On estime en permanence. Peu importe le mécanisme de création monétaire, il reposera sur l’estimation de la réalité, puisque l’économie est l’estimation de la réalité.
Le boulanger estime qu’il peut vendre sa baguette 1 euro. Si son estimation est bonne, elle se vendra, sinon elle ne se vendra pas. Lorsque l’on investit, c’est que l’on estime qu’on en retirera des bénéfices d’un type ou d’un autre (financiers, sociaux, productifs, ...)
Je n’ai jamais dit que le fait que l’Etat emprunte sur les marchs l’empêchait de faire croître la dette. Relisez le tout. J’ai dit que le fait que l’Etat soit sur ce point dépendant des marchés l’empêchent d’être encore plus irresponsable qu’il ne l’est déjà.
L’Etat met entre 15 et 20 milliards chaque mois en OAT, soit 180 à 240 milliards sur l’année. Pourtant la dette complète créée ne correspond qu’à 120 milliards.... parce qu’à un moment, l’Etat n’arrive plus à placer sa dette. Si l’Etat créait sa propre monnaie, serait-il limité ? Comment ?
"lesquels sont "en gros" équivalents aux montant annuels des intérêts sur la dette publique - mais aussi légèrement inférieurs au montant de la création de capital (investissements), je tiens à le rappeler - n’emprêche pas celui ci de le faire en augmentant la dette. "
En gros, c’est le mot. En 2006, les intérêts ont représenté 39,9 milliards d’euros, la dette nouvellement créée 60 milliards. Il y a tout de même 20 milliards en plus qui viennent de ..................
Donc en gros, aujourd’hui 1/3 de la nouvelle dette est en plus de la dette "créée" par les intérêts. Si on remonte en 90, c’est 65% de la nouvelle dette qui est en dehors des intérêts. En 80, c’est 85% de la dette qui est hors intérêts.
"Aurait-il créé plus de déficits s’il avait la possibilité d’emprunter directement à la Banque de France (ou à la BCE) ?"
Lorsque l’Etat n’avait quasiment pas d’intérêts à verser, il créait du déficit. Pour quelle raison ? Ces déficits auraient ils été inexistants s’ils n’y a vait pas eu les intérêts ? Non bien sûr, puisqu’à l’époque, les déficits étaient majoritairement dûs aux choix des gouvernants.
Par la suite, voyant que les intérêts prenaient de plus en plus de place, l’Etat a-t-il fait en sorte de réduire son déficit pour stabiliser la situation et tenter de corriger le tir ? Non. Ce choix fut il dicté par l’existence des intérêts ou leur non existence ?
En 92, sans les intérêts, l’Etat aurait fait 40 milliards de déficit. Sont-ce les intérêts la cause des ces 40 milliards ?
La question est donc en réalité, s’il n’y avait pas eu les intérêts, l’Etat aurait il créé de la dette ? La réponse est oui. LEs intérêts renforcent les déficits, mais plus de la moitié de la dette vient des déficits hors intérêts. RAppelez vous que seules 4 années sur les 35 dernières ont un niveau d’intérêts supérieur au déficit.
Prenons juste le cas "pas d’intérêts". Dans ce cas le montant rendu sera en valeur inférieur au montant prêté. Qui assumera cette perte ? Non ce n’est pas vrai, on emprunte 1000 et on rend 1000 il n’y a pas de perte ?
Si je vous prête en 85 de quoi acheter 10000 baguettes de pain en 85 et que vous me rendez le même argent que celui que je vous ai prêté en 2005, j’ai de quoi acheter 500 baguettes seulement, donc j’ai perdu dans l’histoire 9500 baguettes. Vous m’avez bien rendu les 500 euros prêtés à l’époque, mais l’érosion monétaire fait que je peux moins faire maintenant que je ne pouvais à cette époque. J’ai perdu en pouvoir d’achat. Comme je sais que si je vous prête sans intérêts, je perds en pouvoir d’achat, et bien soit je ne prête pas, soit je demande des intérêts.
On peut tourner le problème dans tous les sens. Soit l’Etat emprunte à d’autres (on crée de la dette), soit l’Etat fait fonctionner sa propre planche à billet.
Et lorsque l’Etat fait fonctionner sa propre planche à billet, la création monétaire résultante n’est limitée que par sa bonne volonté.
Prenons le cas actuel :le problème du pouvoir d’achat. Dans la situation où l’Etat peut créer sa propre monnaie, s’il décide de distribuer 10 milliards qu’il n’a pas, il crée la monnaie. Résultat, il y a 10 milliards de plus sur la table mais rien en face, donc les produits vont voir leur prix monter d’autant. Bilan : on a créé de la monnaie pour rien.
Non, non, l’Etat ne pourrait pas, il y aurait des limitations ! Lesquelles ? Les limitations sont votées par les députés, lesquels seront les ministres et candidats de demain. Croyez vous qu’ils votent des règles limitant leur possibilité de faire du clientélisme ? Ne sont-ce pas ces mêmes personnes qui amendent et votent le budget de l’Etat laissant passer des dépenses en non recettes (donc sans aucune limitation ni vérification) ? Ne sont-ce pas ces mêmes personnes qui décident des règles contraignants les banques et qui, si j’ai suivi vos idées, ne sont pas suffisantes pour controler ces mêmes banques ? Vous pensez qu’ils seraient plus jsutes lorsqu’il s’agit de se limiter eux mêmes ?
"légèrement inférieurs au montant de la création de capital (investissements)"
Investissement != formation de capital.
Lorsque j’achète une voiture pour remplacer celle que j’ai détruite, la nouvelle apparaît en FBCF, mais l’ancienne n’est pas retranchée. Je n’ai fait que renouveler une valeur, je n’en ai pas créé, ce n’est pas un investissement.
Si par contre j’achète une deuxième voiture pour qu’un employé dispose d’un véhicule lui permettant de mieux travailler, alors là c’est un outil de production nouveau donc un investissement.
Dans la formation brute de capital fixe, on trouve des consommations (logiciels), des biens d’une durée de vie d’un an, le renouvellement de valeur, ... et les investissements qui n’en sont qu’une partie.
"prennons l’exemple du renouvellement d’un parc informatique
quand une mairie va renouveller ses ordinateurs, celle-ci trainant des ordinateurs qui ont surement 15 ans,
vous croyez réellement qu’un ordinateur d’il y a 15 ans a aujourd’hui la même valeur qu’un ordinateur flambant neuf de dernière technologie ? ;)"
Donino parlait justement de ce problème. Le matériel qui n’est plus "foncitonnel" a perdu de sa valeur. Si ce matériel est toujours en correspondance avec un emprunt, c’est un problème. Si derrière vous empruntez pour remplacer ce matériel, vous avez à nouveau de la valeur côté matériel, mais vous avez potentiellement doublé l’emprunt correspondant, ce qui peut être un problème.
Par ailleurs la valeur, ce n’est pas le prix, mais l’utilité. Une voiture qui ne vaut plus rien à l’argus, mais dont vous avez absolument besoin pour travailler à une valeur puisqu’elle vous permet de travailler. Si vous changez de voiture sans que ca vous apporte plus que ce qu’apportait la voiture précédente, alors vous n’avez fait que renouveler cette valeur, vous n’en avez pas créé.
Pour l’Etat, lorsqu’il renouvelle un parc informatique inutilisé (cas d’un ministère qui devait "boucler", comprenez finir de dépenser, son budget), cela apparaît dans la formation brute de capital fixe, mais comme le parc ne sert à rien, il n’a pas de valeur, il ne "produit" rien si vous préférez. C’est du gâchis, mais qui apparaît en comptabilité.
Ne pas confondre le sens commun de valeur (voisin du prix) et le sens économique.
Pour être très simple, prenez un repas complet pour une personne. Dans le monde commun, la valeur de ce repas ce sera peut être 30 euros à Genève, 20 euros à Paris, 14 à Lyon, 6 à Lisbonne, 1 à Bangkok. En économie, sa valeur d’utilité c’est "un repas pour une personne", donc de quoi faire vivre cette personne pour une journée pendant laquelle elle travaillera, donc sa valeur sera en fait la production dont on pourra bénéficier parce que la personne a mangé.
" soit en l’empruntant auprès de la banque centrale, soit grâce aux dépots"
C’est exactement la situation actuelle. Les banques prêtent en se basant sur les dépôts ou en empruntant sur le marché interbancaire (ie : en utilisant les dépôts d’autres banques ou en empruntant auprès de la banque centrale).
Ensuite : "2) la croissance de l’économie "
Mille fois oui. La BCE, qui doit rester indépendante des Etats pour éviter les dérives des élus, devrait lutter aussi pour la croissance, et pas uniquement contre l’inflation. C’est une anomalie demandée par les Allemands, et sur ce point, je signe des deux mains. La BCE devrait aussi travailler à favoriser la croissance.
"le 2ème système sera limité aux besoins de financement de l’économie financière ( ex : spéculation ) "
Ouh là. Cela ne devrait pas être possible d’emprunter pour investir en titres.
On emprunte pour acheter une activité. le LBO lorsqu’il permet d’acheter une entreprise complémentaire ed son activité est un bon outil. Mais lorsque l’on emprunte pour faire un swap entre le rendement et l’emprunt, c’est dangereux. C’est ce mécanisme qui permet à fonds d’acheter par LBO des entreprises, de "nettoyer" le bilan (coups de ciseaux, réorientation des objectifs) sans forcément avoir d’idée claire sur la stratégie de l’entreprise. C’est ce mécanisme d’endettement spéculatif qui a fondé le fonctionnement des subprimes (on emprunte sur la base de la prise de valeur future du bien acheté, lorsque ce n’est pas le cas, patatras !)
Si vous pensez à ce deuxième système comme la possibilité pour les entreprises financières d’obtenir des liquidités pour leur activité courante, vous nous décrivez le marché interbancaire.
Depuis Ricardo, on a appris que si l’Etat crée un million sans créer de valeur en face (par exemple, s’il crée cette monnaie pour payer des dépenses qui étaient prévues et dont il aurait dû budgétiser la dépense plutôt que "d’emprunter" de quoi ayer cette dépense), alors on a une perte de valeur de la monnaie en externe, ou un inflation en interne.
Plus simplement, si sur la table il y a un steack. quelque soit la quantité de monnaie que vous créez, le steack voudra toujours tout ce qu’il y a sur la table.
Donc si votre Etat crée 1 million pour créer des infrastructures (donc de la valeur économique), ce n’est pas grave, mais s’il fait la même chose pour payer ses employés (alors qu’il aurait dû prévoir cette dépense sans avoir besoin de créer de la monnaie supplémentaire), c’est grave. LE problème, c’est que ça dépend de la bonne volonté des élus.
Et on a vu qu’ils étaient toujours de bons gestionnaires. D’ailleurs personne ne conteste la valeur de vente des autoroutes, personne ne conteste un cadeau d’1 milliards sur l’ISF, de 4 à 5 milliards sur les intérêts d’emprunts, etc... Parce que l’Etat qui est un bon gestionnaire ne prend jamais une décision couteuse et sans efficacité. LEs élus ne prennent que des décisions allant dans le sens de l’intérêt général et jamais une décision destinée avant tout à leur réélection, c’est bien connu.