Edf parle de pertes parce que la ligne du bilan concerné parle de gain et perte. C’est de la comptabilité.
Votre idée de la couverture est erronée. Lorsque EDF a commencé l’opération de rachat, elle a pris un prêt en devise, lequel devait se déclencher a posteriori, donc avec un risque de change pour la comptabilité. Elle a donc pris une couverture pour garantir le cout maximal de l’opération.
De votre point de vue, c’est de la mauvaise gestion. Du mien, c’est de la bonne gestion.
Vous allez me dire, pourquoi ne pas avoir fixé le change, ca aurait évité de payer les 700 millions.
En Septembre, le cours de la livre était de 1.3 eur pour 1 livre. En janvier, en moyenne il était de 1.1 euro pour 1 livre. soit 15% de moins. Si EDF avait fixé en Septembre il aurait payé un montant de 12 milliards *1.3 en Janvier, une entreprise valant 12*1.1.. Il aurait donc fallut passer en comptabilité une survaleur suite à effet de change de 1.7 milliards. (sans presumer de la survalorisation de BE lors de son acquisition)
Je ne suis pas convaincu que c’eût été préférable !
"Le plus prudent aurait été de ne pas faire de « couverture » (le mot ne
doit pas vous tromper), elle aurait alors acheté BE au taux y, qui
aurait été valorisé dans ses comptes au taux y."
Pour vous le plus prudent dans une opération c’est de se dire : j’achète à x livres, et je verrai dans 6 mois si ca me coute plus cher ou moins cher en euros que si je payais aujourd’hui ?
Seriez vous un parieur ?
Je viens de le montrer au dessus : en attendant Janvier pour avoir le taux, EDF aurait payé 15% plus cher. Sùr, c’est de la bonne gestion que d’attendre en priant que le taux évoluera favorablement.
« Voilà, je constate que vous êtes d’accord au fond pour dire que ces 700 millions ont bien été perdus en cash. »
Pas du tout. Je suis d’accord pour dire que ces 700 millions ont bien été dépensé, nuance. Prendre une assurance est un cout (prévu, anticipé), et non une perte (aléa plus ou oins prévisible).
Quand à la question de savoir si elle était nécessaire ... elle se pose chaque année. Je constate que vous n’avez rien à dire sur les +2,2 milliards en 2008 du fait des couvertures (pourtant le même débat existait, les couvertures étaient elles nécessaires, utiles, etc...).
On ne peut jamais être certain de l’utilité de la couverture. D’où ma remarque : une assurance coute toujours trop cher ... jusqu’au jour où on en a besoin.
Note : EDF Energy en tant qu’entité autonome ne pouvait pas racheter BE.
Note 2 : il y a toujours 1000 « bonnes raisons » d’acheter son logement et 1000 « bonnes raisons » de rester locataire. Il n’y a pas de solution parfaite, optimale, toute faite. C’est pareil pour la couverture : il y a toujours de bonnes raisons pour (limiter le cout au pire d’une operation en devise) et contre (cout de la couverture).
"Mon point est que le fait que cette couverture « coûte » de l’argent à
EDF traduit une perte et, concrètement, une sortie de cash (ce n’est
pas de la moins value « latente »)."
Oui. Comme toute couverture, toute assurance. Ca coute. Et c’était annoncé. Où est, alors, le problème ?
Que le cout de la dette soit couvert et prévu n’autorise pas à ne pas mettre à
jour sa comptabilité. Bien que la couverture soit incluse dans le cout
de l’opération présentée aux actionnaires, elle doit être déclarée dans cette ligne du
bilan.
Or cette ligne passe d’une année sur l’autre de +2,2 milliards (les
couvertures ont amélioré les revenus en devise ou diminuer les couts en
devise) à -1,7 milliards (les couvertures n’ont pas servi, parce que
les changes ont évolué dans un sens favorable). EDF est bien obligé
d’expliquer pourquoi cette ligne est modifiée.
Et vous trouvez cela anormal, ou plutôt vous insistez sur un cout que vous semblez présenter comme supplémentaire et non prévu ...
« vous attendez une rémunération supérieure au coût de la dete »
Vous militez pour le LBO le plus pur et dur ?
On investit parce qu’on a une stratégie. Cette stratégie peut tolérer une rémunération temporaire inférieure au coût direct de l’investissement. Selon votre définition on achèterait jamais son logement parce que la mesnualité serait supérieur à un loyer.
On achète parce qu’on estime pouvoir en retirer un avantage à terme (dans 20 ans pour un logement, par exemple). Ici, c’est la même chose. On espère en retirer un avantage à terme. Or cette acquisition est relutive immédiatement.
« Cela laisse à pense que le coût de la dette est couvert »
Cela DIT que la dette est couverte. donc que cela ne coute rien à EDF.
« Et reprenaient la contribution de BE à la hausse de l’EBITDA »
Oui. BE comme toutes les acquisitions à l’étranger améliore l’EBITDA cette année. Pour être précis, Les Echos ont cité Gadonneix, lequel ne s’est pas étendu sur les bénéfices, en recul (recul essentiellement due à la chute des prix de l’électricité par rapport à 2008).
Il faut détailler un peu plus le rapport pour voir que les 900 millions d’EBE apporté par BE couvrent, en réalité, presqu’en totalité l’ensemble des surcouts d’amortissement et de frais financier du groupe (toutes acquisitions et investissements confondus).
Veuillez m’excuser, mais la manière dont vous dénoncez ce coût de couverture « dont on n’aurait pas parlé » sous entend que vous trouvez scandaleux cette dépense. Ou peut être le fait qu’ « on en ait pas parlé » (le fait que le financial et bloomberg en aient parlé ne compte pas, je doute que les Echos soient passés à côté de cette couverture, mais ne disposant pas d’un abonnement, je ne peux pas vérifier).
Ensuite « ce qui est un peu effrayant car ça voudrait dire que ni l’amortissement ni le risque ne seraient rémunérés ».
Euh ... en toute rigueur vous devriez dire que le rapport EDF précise que le service de la dette est couvert par les revenus, pas uniquement les frais financiers (vous connaissez la différence ?) . Ensuite le risque, de quel risque parlez vous ? Le risque industriel (qui est intégré dans le bilan de BE) ? Le risque de baisse des revenus (inhérent à toute entreprise) ?
La critique de l’operation british energy est legitime, mais vous critiquez l’utilisation d’une couverture, et son cout que vous qualifiez abusivement de perte. Or cette couverture est des plus classiques, et permet de garantir un cout maximal d’un opération en devise.
Imaginons que vous achetiez un immeuble à Londres. Vous préférez perdre 1% du prix de vente pour etre certain de votre endettement en euros, ou prendre le risque de voir le change évoluer défavorablement et voir votre dette augmenter ?
Le role de la couverture c’est de borner le cout maximal de l’opération. A ma connaissance, tout bon controleur de gestion en industrie réfèrera avoir un cout maximal borné qu’un cout maximal inconnu. Si vous en connaissez qui pensent le contraire ...
Vous prenez un élément extrèmement précis du bilan d’une société en négligeant tous les autres impacts de l’opération, complexe, liée. Et vous en concluez « c’est une connerie, c’est scandaleux ». Un peu simpliste de la part d’un économiste.