@Ferdinand : on se souvient de Michel Jobert, qui n’était ni de droite ni de gauche, mais d’ailleurs...
Quand j’écris plus haut que Bayrou date un peu, c’est qu’il ne vient pas de débarquer de chez les Bisounours. Il a fait partie de plusieurs gouvernements de droite, il défend des idées de droite, il a des prises de position morales qui l’apparentent viscéralement à la droite, et s’il nous paraît si sympathique en ce moment, c’est qu’en habile professionnel de la politique, il travaille à se repositionner par contraste, j’entends par là qu’il cherche à nous démontrer qu’il est plus près de Bobby que de JR ert Sue-Ellen Ewing, pour ceux qui se souviennent de Dallas. Or, dans cette saga, Bobby était aussi salaud que JR et aussi sournois que Sue-Ellen était garce. Disons qu’il l’était plus subtilement, plus intelligemment. Bayrou est certes intelligent, il est cultivé, il est naturellement sympathique avec ses faux airs de Pierre Richard et sa paysannerie d’opérette, mais comme nous le rappelle un intervenant, il ne s’est jamais solidarisé de cette Europe que l’on nous impose de toute force et qui fait le jeu de spéculateurs, il ne se distingue pas davantage de la ligne politique d’une droite néo-libérale répressive/régressive qui est en train de nous envoyer par le fond, il ne remet rien en cause, il proposte juste quelques ajustements sur la forme.
Il en faudra plus pour se faire élire en 2012. Faire "gentil dauphin" face au "requin des profondeurs" et à la "sirène qui chante faux" ne pourra suffire.
A moins que le scrutin fatidique n’intervienne plus tôt. Et c’est sur le registre du passionnel que Bayrou peut triompher. Comme valeur-refuge au sortir d’une crise grave. Comme une béquille après une amputation. Comme un cordial soulageant les douleurs d’un traumatisme. Avec une ligne politique qu’il sera forcé et contraint d’improviser.
C’est un faux problème, les logements sociaux. D’abord ils ne sont pas si sociaux qu’on le croit, dans la mesure où ils appartiennent de plus en plus à des groupes privés et non plus à des offices HLM relevant du public. Les loyers sont calqués sur les prix du marché et viennent s’y ajouter d’importants appels de charges que tous les locataires ne sont pas en mesure d’honorer... ce qui fait qu’il arrive un moment où ceux qui peuvent payer le font pour ceux qui ne le peuvent pas. Ensuite, il y a logement social et logement social. Dans les grandes villes, vous avez les programmes récents, ou mieux placés, que l’on réserve à certains dossiers bénéficiant, disons, d’un appui... qui ne sera pas nécessairement celui d’une assistante sociale... alors que les logements plus vétustes, moins bien situés qui se libèrent, échoient au tout-venant. On reste dans la logique du ghetto de pauvres. Et lorsque les élus d’une commune un peu cotée se félicitent publiquement des coquets logements sociaux qu’ils inaugurent dans leur joli écrin de verdure, vous pouvez être sûrs que leurs futurs locataires seront de paisibles retraités et des familles bien sous tous rapports susceptible d’apporter de la valeur ajoutée à la commune... en terme de taxe d’habitation et de progéniture bien peignée qui permettra de conserver des classes ouvertes. Ceux qui ont le plus besoin de logements sociaux, et donc d’insertion, sont ceux à qui on refilera l’infâme galetas au quarante-douzième étage de la tour ouest de la cité pourrie où personne ne veut plus habiter... et où au final ils se retrouveront isolés.
Perso je suis contre les ghettos de pauvres, et je l’ai dit plus haut, pour le plafonnement des loyers des logements existants. Pourquoi ? Parce que l’exemple je l’ai tous les jours sous les yeux. J’habite un quartier de Digne-les-Bains, dans le 04, que l’on pourrait qualifier de cosmopolite, où logements HLM de qualité implantés en pleine ville jouxtent d’anciennes bâtisses où les loyers sont restés abordables, parmi des immeubles dits de rapport abritant des familles de la classe moyenne. Ici tout se passe bien, turcs, maghrebins, africains et européens de l’ouest, jeunes et vieux, juifs, musulmans, orthodoxes, chrétiens et athées cohabitent en excellents termes, non pas parce qu’il y a une volonté politique de brassage social mais parce que cette petite ville a toujours fonctionné de la sorte.
Le ghetto de pauvres c’est celui qu’on voit de loin, que l’on désigne et que l’on s’arrange pour éviter quand on n’habite pas à côté. Le ghetto de pauvres a sa réputation et se nourrit d’extrêmes. Il s’y passe forcément des choses négatives liées intimement à la pauvreté et à la frustration de celles et ceux qu’on y a entassés. Le brassage n’empêche certes pas le communautarisme, mais il autorise la cohabitation et l’échange entre communautés. Ce n’est pas en perpétuant cette satanée sélection par le fric telle qu’elle est en vigueur dans le secteur du logement qu’on facilitera la vie entre les gens. L’immobilier est un secteur qu’il est temps d’assainir, de nettoyer de ses profiteurs et de ses spéculateurs pour le bien de tous.
Les retraités dont vous parlez ont acheté leur logement à une époque où la pierre était abordable et les emplois stables. Encore ne s’agit-il pas de tous les retraités. Ceux qui n’avaient que leur salaire d’ouvriers, d’employés étaient bien forcés d’être locataires et le sont restés. Pour ceux qui ont hérité, c’était évidemment plus facile.
Aujourd’hui, il y a d’une part cette pression sociale qui veut nous pousser à devenir propriétaires au prix de la corde au cou, et d’autre part une spéculation éhontée qui rend l’accès au logement d’autant plus difficile que les emplois sont précarisés et mal payés. A moins de se replier sur des régions disons humainement plus accueillantes qui ne sont pas forcément des bassins d’emplois, mais où on peut trouver à se loger à moindre coût. Et c’est là le paradoxe : ou il y a du travail, il y a de la demande, pas assez d’offre et les prix montent. Comme les prix montent, les gens partent ailleurs et les patrons n’arrivent plus à pourvoir leurs postes vacants.
Exemple une clinique de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, dont le directeur lui-même prospectait par téléphone, à travers toute la France, les éventuels candidats à des postes para-médicaux, faute d’en trouver sur place où la moindre studette se loue 400 €... tandis qu’à cent vingt kilomètres plus au nord, vous pouvez louer un T3 tout confort contre cette somme.
Une saine politique de plafonnement des loyers locatifs selon l’emplacement et la surface corrigée suffirait à régler le problème du logement dans ce pays, plus vite et plus efficacement en tout cas que de sempiternelles déclarations de principe autour du manque de logements sociaux. Les logements existent, ils sont seulement trop chers. Il y a des abus qui devraient être pénalisés, et qui le sont de toute façon par les situation de conflits (impayés...) qu’ils génèrent...
Très vrai, votre commentaire. On a fait de la propriété foncière une fin en soi, et je me demande si ce n’est pas tout ce qui nous reste d’utopie. Proprio sinon rien...