Je veux dire Bizot a connu et a été un presque confident de Douch (pas encore célèbre comme tortionnaire) lorsqu’il était prisonnier, écriture magnifique d’ailleurs, poétique et réaliste, tandis que Nancy Huston se penche sur des aspects méconnus de Pol Pot, comme son homosexualité (si j’en crois le livre).
Vous devez avoir les khmers rouges en réserve, puisque vous avez été témoin, ou au contraire la proximité trop grande est un handicap ? Je dis ça parce que j’ai lu il y a peu presque simultanément Bizot et Nancy Huston sur le sujet ( « Lèvres de pierre »), où il y a des choses assez surprenantes sur la jeunesse du dictateur.
Je viens de lire « Le vent du nord dans les fougères glacées » de Chamoiseau, comme d’habitude c’est flamboyant, protéiforme, plein de pitreries, d’inventions langagières, créole et français. Chamoiseau n’est pas seulement un poète et romancier, mais un analyste de la littérature, en général et du point de vue mondialisé actuel.
Le thème de ce livre est, à travers la recherche poursuite d’un conteur fabuleux qui a disparu volontairement, la quête de la parole originelle (et son actualisation par les grands maitres de l’oralité qui existent encore).
Cette parole originelle est un condensé de conte/narration, qui peut partir indéfiniment dans tous les sens à partir de n’importe quel élément qui sera un nouveau point de départ, comme une mosaïque psychédélique, de rythme (dans ces contrées soutenu par les tambours, mais comme le souligne Guénon les chants sacrés comportent toujours une composante rythmique),de sagesse, de macaqueries selon le terme de Chamoiseau, c’est à dire de comédie, de sacré/chamanisme communion avec la nature.