La faillite de la Russie qui serait due à l’effondrement des prix du gaz et du pétrol, j’en doute. Pour plusieurs raisons :
1) Le redémarrage économique de la Russie a commencé bien avant l’explosion du prix des matières premières. Si la Russie en a beaucoup bénéficié, là n’est pas la cause première.
2) L’état comme les citoyens russes ne sont globalement pas endettés du tout (contrairement à d’autres...),et dispose même de réserves de devises importantes... au pire, en cas de crise grave, les Russes gardent de gros moyens d’action.
3) L’industrie lourde y a déjà été relancé depuis longtemps (par exemple, qui est le principal concurrent de Mital sur les marchés internationnaux ? Le russe Severstal). L’industrie légère se reconstitue lentement, mais sûrement, et les services en Russie sont déjà largement développés (le tout freiné par un niveau de corruption local important, c’est vrai).
4) Une agriculture qui progresse et qui assure déjà en grande partie l’alimentation du pays. En cas d’arrêt total des importations, les Russes devront se serrer un peu la ceinture, mais sont quand même capable de se nourrir eux mêmes. Ils importent environ 50% de la viande qu’ils consomment, mais sont quasiment auto-suffisant pour tout le reste. On peut parler de sécurité alimentaire au sens strict .
5) Un système d’enseignement et des universités qui continuent à former des cadres, des ingénieurs et des chercheurs de haut niveau, tout en maintenant un niveau culturel et technique tout à fait correct dans l’ensemble de la population.
Bref, une économie "complète", même si elle a des points faibles (notamment et surtout la corruption endémique), dont les matières premières sont un "plus" certain, mais pas l’essentiel. Sûrement pas un pétro-état qui ne dépend que du pétrol et du gaz, loin de là.
En fait, un gros hoax atlantiste : les atlantistes sont paniqués par le déclin des USA. En fait, depuis la fin de la guerre froide, depuis que "le Bloc de l’Est" ne nous menace plus, les USA ne nous servent plus à rien. Un partenariat entre l’Europe et la Russie est géostratégiquement parfaitement naturel, entre nous et les nouveaux géants économiques d’Asie. D’où les tentatives tout-azimuth de discréditer la Russie, d’essayer de la faire passer pour une menace, et de créer des bisbilles entre l’Europe et la Russie.
Tout juste... Je vois mal le Kremlin aller buter un type à Londres avec du polonium, il y a quand même d’autres moyens... (même chose pour le soit-disant empoisonnement à la dioxine du futur président ukrainien). Ni se compromettre dans l’assassinat de journalistes dont l’audience est très faible en Russie, même s’il est claire que l’équipe de Poutine n’est pas constituée de premiers communiants.
Lorsqu’il s’agit d’accuser des régimes ou des personnes qui ne sont pas directement alignés sur Washington, pas de présomption d’innocence, pas d’enquête, c’est eux, un point c’est tout. Les présomptions de culpabilités (qui existent dans certains cas, c’est vrai) nous sont présentées comme des faits établis.
Par contre, les véritables ordures que sont les Khodorovsky, Berezovsky, Gaidemar et consors, qui ont pillés leurs pays sans vergogne nous sont présentés comme des combattants de la liberté, contraints à l’éxil ou à la prison. On devrait félicité Poutine d’avoir débarrassé la Russie de cette fine équipe... Mais non, l’"occident démocratique" félicitait ces gangsters lorsqu’ils pillaient la Russie (ces "nouveaux russes" censés générés ex-nihilo une classe d’entrepreneur en Russie pour que s’y épanouisse le Pur et Saint Marché), et leur accorde aujourd’hui l’asile politique (pour des crimes de droit commun !).
Si Stiglitz est intéressant, je pense que Todd l’est encore plus, justement parce que sa réflexion n’est pas exclusivement économique.
L’analyse économique, c’est bien beau, mais ça n’explique pas tout, loin de là. C’est l’"illusion économique", titre d’un des essai remarquable de Todd.
Maintenant, si vous considérez que toute analyse qui n’est pas spécifiquement économique est superficielle, libre à vous...
Todd reconnait s’être trompé sur ce point. Son livre est justement né de cette remise en question, comme il l’explique lui même.
Les membres de notre "élite" qui reconnaissent leurs erreurs sont quand même plutôt rare...
J’ai beaucoup aimé ce livre. Ça métaphore de Sarkozy décrit en rat essayant de monter sur un navire qui coule (dans la préface) est particulièrement bien trouvée !
Il est complètement faux de dire que les diplomés de sciences sociales ou de lettres sont inemployables. Beaucoup de boulots dans les secteurs du marketing, des "ressources humaines", de la communication ou du commerce ne demandent qu’une bonne culture générale et un peu de bon sens. Ça existait avant : nombreux sont les cadres du tertiaires agés de 40 ans ou plus qui sortent de ce type de formations. Aujourd’hui encore, les diplomés de lettres ou de sciences humaines qui s’"exportent" sont très appréciés à l’étranger. Nos facs soit-disant nulles délivrent des diplômes que l’on s’arrache à Londres , à Sidney ou à New York.
La réalité est très différente : la fonction publique, qui engageait beaucoup de ces diplômés, ne recrutent plus, et une propagande active du MEDEF et des libéraux a discrédité les formations universitaires.
Les embauches d’étudiants brillants issus de lettres ou de sciences humaines ont été remplacées par des embauches de diplomés bidons à qui papa-maman ont acheté un diplôme dans une école de commerce. Ce qui permet de continué à dénigrer les universités, que l’Etat ne veut plus financer, ça tombe bien.
On a pas besoin d’avoir un système universitaire qui permet la promotion sociale dans un système libéral. Trop cher. Un système d’universités privés, qui permet l’accès aux emplois de cadres techniques ou commerciaux au seuls fils et filles à papa, c’est beaucoup mieux. Ça élimine la concurrence due à la mobilité sociale, et ça permet aux entreprise d’avoir leur quotats d’employés qualifiés, c’est tout.
Le recrutement mis en place depuis plusieurs années favorise très largement les petits connards incultes qui ont acheté un diplôme bidon dans les écoles privées mises en place par les Chambres de Commerce de toutes les métropoles (tiens, comme c’est bizarre...) depuis 15-20 ans. La compétition biaisée à dessein entre les vrais diplômes universitaires et les diplômes bidons achetés grâce à l’argent de papa-maman est la véritable cause du chômage des jeunes diplômés issus de l’Université. Ce recrutement ayant le double avantage d’assurer la reproduction de la bourgeoisie en dehors de toute compétition liée à la mobilité sociale et de discréditer une université publique que l’on ne veut plus financer.
Voilà la vérité.
Je précise qu’en tant que scientifique, je ne suis pas du tout concerné par ces problèmes. Je vous livre juste le résultat de mes observations.