Une religion aboutit à une certaine compréhension de soi-même par soi-même, une compréhension subjective. La science se restreint à une compréhension objective (vue de l’extérieur).
A quoi sert-il donc de connaître les moindre os de sa main pour faire le bon geste ? L’exercice, l’entrainement, ne sont-ils pas plus adéquat pour comprendre soi-même la manière d’agir optimale ?
A-t-on vu des footballeurs se former exclusivement en salle de classe sur la cinétique du ballon, et l’anatomie ? Certes ces connaissances ne nuisent pas, mais elle ne suffisent pas.
A quoi nous sert donc de connaître par coeur les neuromédiateurs et l’anatomie cérébrale si l’on ne sait pas les maîtriser de soi-même ? A ingurgiter les médicaments psychiatrique ?
Malheureux ceux qui ignorent qu’ils ont une âme ! Ils négligent de se connaître et de savoir se maîtriser !
Notez que le premier qui a soulevé cette thèse, à ma limitée connaissance, c’est Dany-Robert Dufour, dans « le Divin Marché ». Mais j’imagine que d’autres s’y sont essayés.
Le Dieu Mammon est un fort vieux concept de toute façon.
Vous ne parlez que de répartition plus juste, mais vous ne parlez pas de la propriété par les ouvriers de leur outil de travail, seule garantie de leur indépendance et autonomie.
Tant le capitalisme, que le communisme, que le socialisme, se fonde sur la privation du plus grand nombre de leurs propres moyens de survie... Soit en faveur de quelques oligarchies privées, pour le capitalisme, soit en faveur d’une entité collective aisément manipulable (l’état), pour le socialisme et le communisme.
Au moins, sous l’ancien régime, l’ouvrier était assuré de la propriété de son métier, et le nombre de salariés (ou : valets) d’un établissement était généralement limité à 4. Le nombre d’établissement était en général limité à 2. Ce dispositif avait pour bon côté d’éviter les concentrations excessives de capitaux, ce qui permettait à un maximum d’ouvriers d’être propriétaires eux-mêmes de leurs outils de production.
Socialisme/Capitalisme/Communisme sont chacun basé sur la concentration sans fin des capitaux entre quelques mains (les maîtres) et la négation du droit de propriété de ceux-ci pour le plus grand nombre (les valets).
Peut-être que ceux-ci n’estiment pas que les solutions proposées par la gauche soient de nature à améliorer leur existence ?
En effet, si j’en juge pas la réponse de gauche au capitalisme (système fondé sur la propriété privée des moyens de production, la recherche du profit, l’extension du salariat), à savoir, le socialisme qui est un système fondé sur la propriété collective des moyens de production, l’extension du salariat fonctionnaire : dans les deux cas, il s’agit de l’abolition de la propriété des moyens de production pour les ouvriers et sa concentration entre quelques mains.
Une religion est aussi un corpus de récits qui transporte une certaine vision du monde. C’est une sorte de « lavage de cerveau », qui produit une psychologie commune chez ses ouailles, des manières d’être ensemble partagées.
Une religion morigène ses enfants et la commune morale ainsi produite permet l’entente et ainsi donc une politesse cordiale, ce qui est chose requise pour fonder les rapports politiques dans toute cité.
Toute religion est donc un principe de civilisation. On ne peut changer la religion d’un lieu sans changer la civilisation de ce lieu : bientôt les productions culturelles, les us et coutumes diffèrent.
Les civilisations sans religion n’existent pas.
Quel est donc la religion de notre temps ? C’est l’argent, la matière, le dur et tangible. Ce qui est sacré, source de toute richesse, c’est le commerce. Dans les temples de la consommation, l’on ne prie pas, l’on paye. C’est une religion de l’estomac. L’humanité est guidée par les nécessités d’alimenter son ventre, elle délaisse les besoins d’alimenter son esprit. Le seul sacrifice que demande le Dieu Estomac, d’après la révélation libérale, c’est de vendre et de se vendre, c’est installer partout la concurrence et laisser faire la main invisible du Dieu créateur de l’économie.
Quant au « processus historique » de l’effacement des religions historiques, il ne s’agit pas de nier le combat qui leur a été mené. La moitié des édifices religieux furent été détruits pendant la révolution Française, qui sema la terreur. Bientôt les armées de Bonaparte allèrent démanteler le Saint Empire Germanique. La révolution Italienne abolit les états papaux. La première guerre mondiale démantela l’Autriche-Hongrie. Il faut ajouter à cela des railleries incessantes. Il faut aussi ajouter la création de l’école républicaine obligatoire, par le Franc-Maçon Jules Ferry, qui nomma le Franc-Maçon Lavisse à sa tête (futur président de la commission sur la laïcité), lequel y nomma partout des Francs-Maçons.
La Religion agit à un niveau bien plus bas que la « raison » (quoique je ne suis pas sûr que le terme de raison soit adéquat ici, je préfère parler de Raison stratégique). Elle influence directement les personnalités, ce sur quoi elles aspirent, alors que la Raison stratégique, elle, se borne à trouver les moyens les plus efficaces pour parvenir à sa volonté.
La Religion se rapporte à l’intelligence du monde intérieur, orientant la verbalisation des sentiments, ce qui oriente la volonté du sujet La Raison stratégique, elle, se rapporte à l’intelligence du monde extérieur, orientant la compréhension du monde, et permet donc d’accomplir la volonté précédemment définie.
La Religion concerne donc le coeur du sujet, en organisant ses objets internes. La Raison stratégique concerne, elle, les savoirs à propos des objets externes.
La Religion libérale, car il y en a une, même si ses dogmes sont tacites, est fondée sur laisser-faire la convoitise interne des hommes pour orienter les volontés. Il est « interdit d’interdire » à cette convoitise de s’exprimer. Il ne faut pas résister à cette tentation de posséder car la somme des désirs individuels est censée créer l’économie parfaite, automatiquement.
Il s’agit donc de se laisser-aller à tous ses désirs, tel les toxicomanes, puis de chercher tous les moyens pour parvenir à les satisfaire. Il nous suffirait de céder à tout nos caprices intérieurs, et le monde, par magie serait parfait !
La Religion agit en amont, dès l’expression de la volonté, en encadrant (ou pas) les désirs, la cupidité, l’envie, les vices.
Les religions ne peuvent donc disparaître. Si quelques uns le croient, c’est parce qu’ils oublient de désigner certaines idéologie qui relèvent de ce phénomène par ce terme.