La perfection, ça vient du latin perficare qui signifie, littéralement, « faire au travers ». Au début, il n’y a pas perfection, car Dieu fait un premier jet. Il faut que Dieu opère à nouveau, et alors il « fait au travers » de ce premier jet, il le perfectionne, et encore à nouveau, et ainsi de suite jusqu’à la perfection.
Vous êtes trop dans les systèmes catégoriques grecques : vous faites découler l’élection de l’essence. Or celle-ci découle de l’existence, des choix de la personne, quand ceux-ci correspondent à ce qu’attend Dieu.
Comment Yahvé endurcit-il les coeurs ? C’est que la loi morale existe et s’applique sur les esprits.
Les personnes qui font des fautes morales en subissent les conséquences (dépression, remords) : ils en souffrent moralement. S’ils cherchent à s’en disculper, pour ne pas se regarder en face, il sombrent dans le déni, leur coeur s’insensibilise, et ils récidivent dans le péché (le péché est un esclavage). Tous les écrits sur les vices et les vertus montrent très bien ces mécanismes. L’actualité le confirme tous les jours (récidive, criminels en série). La loi morale fait que celui qui faute devient esclave de ses péchés. En cela, il perd sa liberté, son libre-arbitre.
Il n’y a pas prédestination, il y a habitus, c’est-à-dire une tendance à conserver les mauvais penchants (comme par addiction). Donc il y a bien un coté fatal. Mais cette « fatalité » ne dépend pas d’une essence, mais des aléas de l’existence. Un jeune homme qui ne connaîtra jamais aucun toxicomane ne sombrera pas dans la toxicomanie. En revanche, un jeune homme qui grandit là où la toxicomanie est une habitude de son entourage y sombrera sûrement.
C’est en cela qu’il faut voir la terre bien disposée ou pas.
Mais il peut y avoir aussi conversion radicale. Cela exige beaucoup de larmes. On peut se référer aux écrits de Saint-Augustin pour une illustration.
Satan a déjà perdu, car il n’a pas la puissance de Dieu. Puisque Dieu veille, il a posé à priori le principe de l’élection. Par contre, on ne peut prédire qui sera élu à priori, car cela dépend aussi des choix et de Dieu et des hommes.
Poser le principe de l’élection à priori (le choix des meilleurs), ne doit pas être confondu avec l’idée d’une prédestination des élus. Sinon, autant donner leur nom, leur prénom, leur date de naissance, leur lieu de naissance tout de suite et ne pas faire jouer les siècles...
Ce n’est pas parce que je pose à priori le principe de l’élection du président de la république au suffrage universel, que cela revient à la prédestination de certains d’être élus président...
C’est contraire au bon sens et hérétique. Mais je t’accorde que c’est un point sur lequel et les juifs et les protestants et les musulmans s’accordent, encombrés qu’ils sont par les systèmes catégoriques et essentialistes grecques.
Shades Pourtant il faut bien prendre en compte : - Le nécessaire et le contingent. - L’essence et l’existence. - la règle et l’exception. - les lois physiques qui s’imposent aux corps et les lois morales qui concernent les esprits. - Les sciences naturelles et les sciences humaines. - les objets et les sujets. ... Le modèle de Leibniz contient ces deux dimensions. C’est l’union des antiquités grecques et des antiquités juives. On a donc rien de meilleur.
J’ai du mal avec ces réflexions sur les constantes « magiques ».
Manque de relief. Dit trop peu en trop de mots.
Monadologie (Leibniz) : 46. Cependant il ne faut point s’imaginer avec quelques-uns, que les vérités éternelles, étant dépendantes de Dieu, sont arbitraires et dépendent de sa volonté, comme Descartes paraît l’avoir pris et puis M. Poiret. Cela n’est véritable que des vérités contingentes, dont le principe estla convenance ou le choix du meilleur ; au lieu que les vérités nécessairesdépendent uniquement de son entendement, et en sont l’objet interne.
Vérités nécessaires (éternelles)-> essence des choses = lois naturelles, objet de l’entendement divin ; lois physiques ; nécessité. Vérités contingentes -> existence des choses = loi surnaturelle, objet de la volonté divine ; loi morale ; chance/malchance.
Donc, selon Leibniz, Dieu, qui existe, est à la fois un calculateur mais aussi un être capable de volonté et de sentiments.
Votre article n’a non seulement rien de révolutionnaire (Leibniz date du XVIIème), mais en plus il manque la moitié du problème (la prise en compte du contingent).
Il est clair que le discours fondé uniquement sur la nécessité, fait envisager un monde sans liberté, sans inattendu, sans surprise, ce qui n’est manifestement pas vrai.
En effet, la physique, loi naturelle, est fondé sur le calcul différentiel. Or celui-ci est un langage régulier, qui ne permet modéliser que des automates. Or la relation nécessaire (A implique B) est parfaitement modélisable par un automate. Donc la physique, la loi naturelle, fondée sur la nécessité, qui dépend de l’entendement divin, est modélisable par un langage régulier et ce langage est le calcul différentiel.
En revanche, dès que l’on s’éloigne des systèmes automatiques, comme dans un chaos où chaque contingence peut avoir des conséquences considérables, nous sommes dans le contexte d’une loi surnaturelle, comme avec l’esprit humain, le calcul différentiel devient alors inapte à appréhender le problème. Il faudrait que les symboles utilisés dans le langage ne soient plus « inertes », mais « vivants ». ... Les volontés de Dieu sont impénétrables.
Note : Je ne sais pas ce que vous entendez par « le discours des créationnistes ». C’est une tournure fort imprécise, donc en pratique invérifiable.
Le modèle Aristotélicien est handicapé car il lui faut penser une essence première universelle, qui doit se spécifier successivement par accidents pour engendrer toutes les essences secondes puis à nouveau par accidents engendrer tout l’existant actuel. Mais l’intérêt est qu’il met au point certaines opérations logiques pour remonter par l’abstraction de l’existant à l’essence.
Le modèle juif ne souffre pas de ce handicap : L’unité de tout le détail de l’univers repose sur l’acte de création de l’existence première, Dieu, qui crée chaque chose selon son espèce.
Personnellement, je me basais sur le travail de Saint Thomas d’Aquin,
lorsqu’il fait la synthèse de la pensée Aristotélicienne (où tout
découle de l’essence première) et de la pensée juive (où tout découle de
l’existence première). Saint-Thomas réunit l’existence et l’essence en
Dieu. Dieu crée l’existence des choses en spécifiant leur essence.
On retrouvera ceci encore chez Leibniz pour qui : 1) Essence (pensée grecque) : - Les vérités éternelles, nécessaires, sont dans la région des idées de Dieu et dépendent de son entendement (lois naturelles et physiques). 2) Existence (pensée juive) : - les vérités contingentes, ou de fait, se font selon le choix du meilleur et dépendent de Sa volonté (lois surnaturelles et morales).