L’article que vous citez du site « dissidence française » (tout un programme...) ne se contente pas de fustiger les « cas sociaux » mais range pêle-mêle dans cette catégorie les travailleurs jugés indignes, les péquenauds qui ont le tort de commettre des fautes de goût (fans de Johnny, etc.), les chômeurs et déclassés sociaux accusés de complaisance, les pauvres qui ont toujours assez d’argent pour acheter des « écrans plats », etc... ça commence quand même à faire beaucoup de monde.
Par ailleurs, je trouve ça toujours hypocrite de se retrancher derrière des exemples personnels (mon ami proprio, etc.) pour les ériger en vérité sociologique absolue. Je critiquerais de la même manière l’étiquette « bobo » qui ne veut strictement rien dire. Au départ c’est un terme qui fait référence à la bourgeoisie libérale de la côte ouest américaine (« bobos in paradise ») puis qui est repris par des magazines et des chroniqueurs pour désigner la bourgeoisie de l’est parisien (gentrification). Puis le terme, à partir de la chanson de Renaud, devient une étiquette adoptée par l’ensemble des médias. Dix ans plus tard, les bobos sont partout, il suffit de consommer quelques produits bio, d’être végétarien ou de s’interroger sur le climat pour se faire traiter de bobo par un réac de service donneur de leçon.
Les « white trash » et autres « cas soc »’ c’est exactement la même chose. Au début on veut juste pointer du doigt un phénomène qui se discute, mais qui est réel (le produit de l’individualisme et de la pauvreté), et puis on finit par voir des cas sociaux partout autour de soi : l’expérience a valeur de preuve. « Mon ami m’a dit que ». Tiens, un couple de prolo en jogging dans un supermaché = cas soc. Un jeune au chômage qui décroche = cas soc. Au final, la moitié de la population est techniquement un « cas social ». Salauds de pauvre !
Je ne conteste même pas ce point de vue mais il me paraît plus convenable de l’assumer idéologiquement plutôt que de se livrer à un énième exercice de pseudo-sociologie réactionnaire étayé par des commentaires vestimentaires et un réquisitoire stéréotypé contre la « société de consommation ».
Bastiat expliquait déjà au XIXème siècle qu’une économie libérale prospérait en plaçant l’intérêt du consommateur, et non celui du producteur, au centre du système, la situation inverse conduisant au corporatisme et à la stagnation économique.
La faute dans votre raisonnement est d’avoir recours à un argument moral pour dénigrer un mode de consommation qui existe avant tout parce qu’il y a une demande de la part du consommateur. A vrai dire, pour beaucoup de gens le choix se fera de moins en moins entre le « normal cost » et le low cost, mais entre le low cost et l’impossibilité pure et simple de consommer.
Et puis quelques remarques : - il faut faire la distinction entre le low cost dans les transports, où l’on peut parfaitement choisir de voyager moins cher dans des conditions de confort revues à la baisse, et le low cost dans l’alimentaire où là, effectivement, se pose des questions évidentes de sécurité, d’hygiène et d’encadrement des pratiques. - le low cost va tendre peu à peu vers la gratuité dans de nombreux domaines. Sur internet, il est déjà possible d’accéder à tous les contenus de manière gratuite. Je suis du reste persuadé que les père la morale qui défendent la « valeur travail » sont les premiers à pirater des contenus à tire-larigot. Un de mes cousins a plus de 200 DVD téléchargés et gravés chez lui... un jour que je l’entendais se lancer dans une diatribe contre les intermittents du spectacle, je lui ai demandé si il était conscient qu’il fallait aussi payer les techniciens, etc., qui produisent les contenus qu’il consomme gratuitement, et s’il accepterait lui-même de travailler gratuitement... il a paru surpris. Il consommait gratuitement des films depuis des années grâce à un abonnement low cost à internet, sans s’être jamais embarrassé de considérations d’ordre éthique. Et je vous parle d’un cadre qui doit gagner dans les 4000 ou 5000 euros par mois. Le low cost n’est qu’un business model rendu possible par le cynisme et l’individualisme des consommateurs. - la valeur travail entre de moins en moins dans la valeur d’échange d’un objet : ce n’est pas le travail de l’ouvrier chinois qui fait que des occidentaux sont prêts à mettre 800 euros tous les deux ans dans un iphone ou 10 euros dans un pantalon. Les maraîchers et éleveurs français vendent pratiquement leur produit à perte. Le prix est déterminé aujourd’hui en grande partie par des facteurs subjectifs (mon désir de consommateur) et financiers (spéculation sur les matières premières, etc.) - le low cost n’est pas synonyme de piètres performances et de médiocrité technique. L’Inde vient de placer un satellite en orbite autour de mars en appliquant son modèle ultra low-cost à tous les stades de la conception et de la fabrication. La mission a coûté le prix d’un film hollywoodien. Est-ce que c’est bien, est-ce que c’est mal ? Les Indiens en retirent une immense fierté, et les scientifiques partout dans le monde ont salué l’exploit technique et commercial.
Dans quelques années, je pourrai imprimer directement et quasi gratuitement à mon domicile des objets du quotidien téléchargés sur internet. La généralisation de cette pratique détruira à terme des industries entières et mettra au chômage des millions de personne. Mais elle redonnera peut-être une autonomie perdue et un sens à la « valeur échange »’. A mon avis vous vous posez de fausses questions, en réalité déjà tranchées.