Tout le monde veut être dedans : du mec qui gagne à peine de quoi payer le loyer (il se définira comme « modeste » pour ne surtout pas avouer qu’il est pauvre) à celui qui doit consulter un avocat fiscaliste pour trier à la fin de l’année, qui s’avouera, du bout des lèvres, quelque peu aisé, mais sans plus, parce qu’il n’a pas envie d’attirer l’attention sur son patrimoine.
"Le capitalisme prospère sur le mythe de la classe moyenne : faire croire à
un prolo qu’en bossant toute sa vie pour acquérir son clapier, il a les mêmes
intérêts de classe qu’un rentier."
Je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’on n’en chie pas assez pour se révolter. J’ai un cousin qui bosse au Nigéria : 90% de la population sous le seuil de pauvreté, une misère révoltante et finalement, très peu de révolte brute contre le système, juste des arrangements sauvages, des poussées de colère, une économie de l’enlèvement du riche en pleine expansion, surtout beaucoup de débrouille, de survie au jour le jour, de chacun pour sa gueule et aucun mouvement contestataire global et construit.
Je connais des tas de gens qui attendent que ça pète. Ils vont attendre longtemps.
Je réponds que ça tombe sous le sens : la terre ne peut concrètement appartenir à personne, ce n’est qu’une convention d’autant plus grotesque qu’elle crée de fortes inégalités dynastiques et empêche une juste répartition des ressources. Tout au plus, nous pouvons prétendre à un droit d’usage.
Après, si je pense que la guerre des classes est plus que jamais d’actualité, je tiens à rappeler à tout le monde, qu’elles ne sont plus aussi étanches qu’avant. Les riches œuvrent effectivement à rerigidifier le système à leur avantage (un peu comme les pétroliers qui sont d’accord pour un blocage des prix des carburants, mais seulement quand ils sont au plus haut de la bulle spéculative), mais votre évacuation des pauvres ignore que nombre d’eux sont d’ex inclus, avec un très bon capital éducatif et culturel, et donc des moyens de comprendre et de s’organiser. Alors que la fameuse classe moyenne n’existe précisément pas, fatras improbable d’ouvriers spécialisés, de cadres sup, de commerçants, d’indépendants dont le CA va de 0 à un million d’euros. Autrement dit, un gros tas de gens dont le seul point commun est de n’être pas encore les perdants du système et qui n’ont donc aucune raison de souhaiter le changement.