La réalité est têtue : mêmes compétences et 20% de salaire en moins, quand il s’agit de filer une promotion, on continue majoritairement à choisir un homme, à l’embauche, pareil. Quand une femme intelligente, compétente et opiniâtre parvient quand même à tracer sa route dans la société, il lui a souvent fallu être deux fois meilleure que ses condisciples masculins et quand elle touche au sommet, on lui reproche son ambition et elle est dénigré systématiquement, particulièrement sur son apparence (Cécile Duflot n’est que la dernière d’une très longue série). Des exemples, il y en a des tas, c’est très bien documenté, pour peu qu’on veuille bien s’intéresser un peu au sujet.
Il y a un mot clé dans le papier : c’est respect. Je respecte l’autre pour ce qu’il est, pas pour ce que je voudrais qu’il soit et j’attends juste la même courtoisie élémentaire de sa part. J’essaie de toujours voir les autres dans leur intégralité, la diversité de leurs talents et de leurs aspirations, leurs morceaux de bravoure, leurs passions, ce qui les fait se lever le matin, mais aussi leurs aspérités, leurs fêlures, leur part d’ombre. J’aime cette complexité humaine, y compris et surtout chez ceux où on ne l’attend pas a priori.
Aussi, je déteste fondamentalement que l’on puisse me résumer à mon sexe, qu’on estime que je dois aimer telle ou telle chose, avoir telle ou telle aptitude ou compétence, telle carence, juste parce que je suis une femme, qu’on m’assigne une place, un rôle, des attitudes, des émotions, des intentions, seulement basés sur le fait que je suis une femme. Ce que je suis dépasse de très loin mon sexe. C’est une construction patiente tout au long de ma vie, en fonction de mes rencontres, de mes propres centres d’intérêts. Le fait que je suis une femme fait partie de ce que je suis, mais je suis, comme chacun d’entre nous, bien plus que cela.
C’est cela, pour moi, le respect et le fondement du féminisme : ne pas être limitée juste parce que je suis née femme plutôt qu’homme.
La vôtre, je ne sais pas, mais l’article est tout de même une belle enfilade de clichtons sur les soi-disant différences entre les hommes et les femmes.
Je ne sais plus comment le dire : vouloir l’égalité des sexes ne signifie pas vouloir l’inversion des dominations, c’est tout. Je n’ai pas de problème avec les hommes, j’en ai un gros avec un ordre social qui fait encore largement des femmes des citoyens de seconde zone. Certes, c’est mieux qu’il y a 40 ans, incontestablement, mais je n’ai pas l’impression qu’on soit encore au bout du chemin, parce qu’être une femme continue tout de même de représenter un handicap social, de prédestiner aux strapontins. Après, le problème, c’est peut-être que vous considérez que dans notre société, il n’y a pas de bonnes places pour tout le monde et que par voie de conséquence, laisser de meilleures chances aux femmes revient à perdre celles qui étaient plutôt des bastions masculins. Vous avez probablement raison et c’est peut-être aussi pour cela que le féminisme est la mère de toutes les luttes sociales : un modèle social qui n’est pas fondé sur les inégalités laissera plus de place à tout le monde et nous épargnera bien des luttes âpres à la chaise musicale.