50 kg, ce n’est pas la mort, mais à force, ça brise les corps, même les plus robustes. Le père d’un copain a toujours été fort comme un bœuf et justement, il me parlait de sa fierté de soulever des sacs de 50 kg, comme qui rigole. À 50 ans, son corps était fini, il a dû faire autre chose en attendant la retraite. Homme ou femme, on peut porter de temps à autre des charges, faire des efforts plus ou moins significatifs, travailler de nuit, mais sur des heures, des jours, des années, ça nous détruit tout autant. Je crois que ça fait 30 ans, maintenant, que son corps le fait chier...
Autrement, j’ai aussi des copines qui bossent dans les vignes, dans les élevages de canards... parce qu’on peut les payer moins cher, qu’elles ne se plaignent jamais et sont dures à la tâche... et aussi parce que les mecs ne veulent plus faire ces boulots de merde. Pas vu d’aménagements des postes parce que ce sont des femmes qui les occupent maintenant. Par contre, ce que je vois, ce sont des nanas plus jeunes que moi qui ont des problèmes de TMS de vieilles, dont certaines ne peuvent pratiquement plus pisser toutes seules.
Personnellement, j’ai une vision de l’égalité qui nous tirerait plutôt tous vers le haut que vers le pire...
Comme tu le soulignes, rentrer dans une maison propre et se coller les pieds sous la table est le privilège des hommes, y compris depuis que nous travaillons toutes. Non seulement nous devons enquiller une deuxième journée de travail, mais en plus, tout ce temps, c’est du temps qui nous est interdit pour des choses plus... intéressantes, comme le soulignait un de mes détracteurs. Pense-tu qu’il est possible pour une femme de tenir tous ces rôles contraints et d’entrer en plus en politique ou de faire une grande carrière, que ce soit dans le domaine des sciences, des arts ou quoi que ce soit d’autres ?
Je ne parle pas d’indifférenciation, je parle de choix. Des tas de choix sont aussi tacitement interdits aux hommes... « parce que ce sont des trucs de gonzesses et de PD » et je caricature à peine.
Après, je suis pour le lien social, mais pas pour le carcan des rôles prédéterminés. J’ai choisi de vivre en couple depuis un quart de siècle, j’ai fondé une famille qui représente une certaine quantité d’efforts, de part et d’autre. Cela dit, je ne pense pas qu’il existe une seule façon de construire du lien ou de vivre sa vie, une seule manière de vivre ensemble, un seul type de famille, et un déterminisme des destins uniquement en fonction du sexe de chacun.
La domination des femmes, partout dans le monde, est la première des hiérarchies, celle qui justifie ensuite toutes les autres, c’est la mère de toutes les luttes d’émancipation des êtres humains. L’interdiction du vote des femmes a survécu un certain temps à la fin du vote censitaire, lequel prétendait que seuls les citoyens qui avaient les moyens pouvaient décider pour tous les autres, de la même manière que nous avions des démocraties où 50% des gens n’étaient pas des citoyens à part entière. Maintenant, nous avons le droit de vote, mais nous continuons tout de même a percevoir des salaires plus bas à compétences égales, juste parce que nous sommes femmes. Cette inégalité de fait permet ensuite d’en rendre normales certaines autres : âge, couleur, religion, origine sociale, etc...
Donc ce n’est pas du tout un combat anecdotique, une diversion pour nous détourner des vrais problèmes.