D’un autre côté, je les comprends : comment renoncer à des avantages obtenus de naissance qui garantissent que, par défaut, il y aura toujours plus faibles, plus exploitées et plus misérables que soi, comment renoncer à la domination automatique, offerte par un corps social entier, sans avoir rien eu besoin de faire ou de prouver pour l’obtenir ?
D’un point de vue plus global, je jouis tout de même d’une meilleure existence que les 4/5e de l’humanité, juste parce que je suis dans un pays riche : comment renoncer à cette facilité et ce confort juste sous prétexte que le reste de l’humanité vaut autant que moi et a le droit, logiquement, aux mêmes conditions de vie que moi ?
L’égalité des sexes doit être vécue par pas mal d’hommes comme une attaque directe et une régression de leur propre condition, forcément. Parce que si nous accédons à l’égalité réelle, pour schématiser, debout dans la cuisine ne sera plus le féminin de assis sur le canapé...
C’est peut-être parce que le corps social ne fait pas non plus franchement dans la dentelle avec le droit des femmes à ne pas être des citoyens de seconde zone, ne pensez-vous pas.
Comme je l’ai déjà écrit maintes et maintes fois, le combat féministe me fait d’autant plus chier que pendant longtemps, j’ai pensé que c’était gagné, que l’égalité était un fait. Jusqu’à ce que je sois confrontée à la réalité sociale. Personnellement, je pense qu’il y a des tas de choses plus intéressantes à faire que de se battre sans cesse juste pour que nos droits et possibilités de faire ces choses intéressantes ne régresse pas. C’est extrêmement décourageant.
Quant à la manière dont on me jette mon sexe au visage pour remettre en question mes droits, mes compétences, mes aspirations, je puis vous assurer qu’elle ne fait pas non plus dans la dentelle et la subtilité. Je dirais même que comparativement, ce texte est TRÈS nuancé.
Vous avez raison tous les deux : beaucoup de choses se jouent encore dans les familles et plus particulièrement dans l’éducation donnée par les mères. Si la vie sociale et en entreprise était plus égalitaire, les pères seraient plus présents dans les processus éducatifs et peut-être que les petits prince à leur mère seraient un peu moins nombreux. Vous voyez bien que sur l’essentiel, nous sommes d’accord.
Je ne pense pas qu’il soit très sain que les gros de la charge éducative échoie aux mères. Je me dis même qu’il faudrait une sorte d’école des parents. On nous apprend le carré de l’hypoténuse mais à peu près rien sur la sexualité, la vie en société, le monde du travail ou l’élevage des enfants. Sur toutes ces questions, on improvise en fonction de nos préjugés... normal qu’on n’avance pas des masses.
Votre vision du féminisme me semble quelque peu tronquée, voire partiale.
Je me réjouis personnellement du fait que la société évolue suffisamment pour qu’en cas de séparation, puisse se mettre en place la garde alternée, qui me semble nettement plus équilibrée. De la même manière, j’aimerais beaucoup que le droit du travail et surtout les pratiques en entreprises reconnaissent aussi l’homme comme parent et que ce ne soit pas que la mère qui pose des congés pour soigner les gosses ou qui doit aménager ses horaires pour récupérer le gosse à la sortie des écoles. Le congé paternité est un petit pas dans la bonne direction, mais un véritable congé parental partagé serait bien plus profitable aux familles en général.
Donc, vous avez décidé unilatéralement de laisser toute la charge du foyer à votre compagne, c’est ça ? Je suis d’accord avec vous sur le point qu’il y a des tas de choses plus captivantes à faire que de s’occuper des choses domestiques et c’est bien pour cela que je prône le partage équitable des corvées.
Ensuite, les choses conjugales comme vous le dîtes, ce sont aussi des histoire de couple et mon couple mérite tout de même que j’y consacre un peu de mon précieux temps. Sinon, autant vivre seule, non ?