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Nicolas Proix

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  • Nicolas Proix 25 octobre 2006 08:36

    Toute vérité dite trop vite est souvent réductrice. Ainsi de ce que j’ai dit : malgré l’excessive longueur de ma « réponse », j’ai dû élaguer des longueurs qui l’auraient encore alourdie.

    Je ne prétends pas définir « la » vérité (j’ai dit et je redis que l’urbanisme est une science humaine, donc subjective), mais simplement un point de vue que mes études et mes expériences ont pu éclairer . . . un peu. C’est mon point du vue et il ne sera peut-être que le mien. Mais qu’on ne le prétende pas intégralement faux.

    Nicolas Proix



  • Nicolas Proix 25 octobre 2006 08:21

    A l’auteur : c’est fort probable que je dise la même chose que vous sur de nombreux points. Je ne m’en cache pas. Pour beaucoup de mes affirmations, je m’adressais plus aux autres contributeurs qu’à vous-mêmes (certaines « vérités » m’ayant fait bondir). Veuillez m’excuser de ne pas l’avoir précisé.

    Pour La Grande Borne, je citais votre « Dans la philosophie de Le Corbusier on a cru qu’il fallait aligner tout le monde face au soleil dans la journée et les faire dormir plein nord [ce qui est parfaitement exact]. Va donc faire un tour à la Grande Borne ou aux Grands Ensembles de Massy et prend un bouquin de Le Corbu » [Ce qui a pu me faire croire que vous attribuiez La Grande Borne à Le Corbusier].

    Cet article était, vous l’affirmez, une « prise de position ». J’en suis heureux, car un avis sur l’urbanisme ne saurait être que subjectif. Je l’avais bien compris ainsi... mais certains de vos contradicteurs apparemment pas. Ce qui ne nous interdit pas d’exprimer des opinions convergentes ou divergentes.

    Quant à l’action à mener pour les banlieues (ce qui est finalement le fond de l’article), je me permets d’exprimer encore des réserves sur une méthode trop « dirigiste » qui à mon avis n’a pas fait ses preuves ni lors de la construction des grands ensembles, ni lors de celle des villes nouvelles.

    Certes, et là je vous soutiens sans réserve, il faut changer de politique. Ce que je n’ai pas exprimé hier. Sur ce point, d’accord. Mais comment ? Voilà où il convient d’être prudent.

    Nicolas Proix



  • Nicolas Proix 24 octobre 2006 17:43

    C’est extraordinaire tout ce qui peut être dit sur la ville ! Quelle passion, quelle déchaînement !!

    Et moi qui suis urbaniste, cela me réjouit fort. Au moins, mon sujet d’étude intéresse la vie des gens ! Même au point qu’ils en disent de nombreuses bêtises. Ou des absurdités sans fond.

    Je vais préciser tout de suite (ça semble être un Ausweis indispensable sur ce forum) qu’en tant qu’urbaniste, j’ai lu, étudié, contemplé et même vécu dans du Corbu. Je SAIS ce que c’est, j’ai eu largement l’occasion de connaître, et, disons-le franchement : d’ABHORRER Le Corbusier.

    Je ne juge pas son oeuvre architecturale, qui est ce qu’on veut bien en penser. On peut aimer, ou pas. Mais, comme urbaniste, laissez-moi vous dire que Le Corbusier fut (et continue d’être) le pire cataclysme que la France ait subi de toute son histoire urbaine.

    La première chose fut qu’il se prit pour Dieu. Ça ne s’invente pas : lisez ses oeuvres, avoir un orgueil et une suffisance pareille, c’est aberrant. Quand on sait (et j’en sais quelque chose) que l’urbanisme est par excellence la science du dialogue, du compromis, de la négociation, de la réunion, de la discussion, on ne commence pas pas asséner 300 pages de prétendues vérités implacables. (« Il est évident... » « C’est une nécessité mathématique... » « L’homme est ainsi conçu qu’il ne peut vivre que dans... » « Les 3 seules activités de l’homme sont... »)

    La seconde chose : il était résolument, absolument, totalement, mégalomane. Il ne rêvait que de projets pharaoniques, qui était fort heureusement si chers que personne n’a jamais envisagé de les réaliser. À l’exception peut-être d’Albert Speer . . .

    La troisième (mais j’y reviendrais) : il était persuadé que l’Urbanisme (avec un « U » majuscule) résoudrait l’intégralité des problèmes de la société.

    2 exemples des idées de Corbu :

    * Celui, cité par l’auteur de cet article : raser l’intégralité de la rive droite à Paris pour reloger toute la population dans 14 tours de plus de 500 mètres de haut, et en transformant la rue de Réaumur en autoroute, sans échangeur, soit dit en passant. * La « ville nouvelle » : Un peu le même genre, créer une ville nouvelle de 3 millions d’habitants dans une dizaine de tours. Le petit détail amusant, c’est l’aéroport en centre-ville, sur une dalle entre les tours. Même à Hong-Kong, du temps où Kai Tak était actif, ce n’était pas ça.

    Soit dit en passant, l’auteur fait une erreur en attribuant le quartier de La Grande Borne à Corbu (Ce quartier de Grigny est l’oeuvre d’Émile Aillaud). Il est STRICTEMENT impossible que Le Corbusier ait conçu ou même imaginé ce quartier. Pour une bonne et simple raison : il ne connaissait en urbanisme QUE la ligne droite. Pour mémoire, le quartier de La Grande Borne ressemble vu du ciel à un plat de nouilles. Ce qui n’a d’ailleurs pas favorisé plus que la ligne droite sa réussite.

    Pour répondre à un contradicteur de l’auteur : NON, la ligne droite qui a guidé la construction de Sarcelles, Massy et de tant d’autres « grands ensembles » dans les années 1950 et 1960 n’est pas une nécessité du « chemin de grue ». Du moins pas seulement. C’est une volonté déterminée inspirée par Le Corbusier. Hygiénisme, perspectives, rectitude mathématique . . . qu’on lui donne les raisons qu’on veut, c’est un choix déterminé dés avant la Guerre (et donc avant la reconstruction).

    Une brève parenthèse ici pour appuyer l’auteur sur un point : qu’on le sache une fois pour toutes, les Grands Boulevards n’ont PAS été conçus pour mater les révolutions !!! On ne les a pas conçus larges et rectilignes pour charger et mitrailler les foules.

    Je voudrais préciser quelque chose : Haussmann n’est pas l’instigateur de la transformation de Paris. Le véritable instigateur, c’est Napoléon III. Et pourquoi ? Parce qu’il voulait que la ville crasseuse et labyrinthique qui était sa capitale devienne aussi belle que Londres, qu’il avait visitée.

    Haussmann ne fut que le réalisateur de ce plan. Or, la première préoccupation était hygiénique : refaire les égouts et les calquer sur le réseau des rues. Cela a tellement bien réussi que les égouts de Paris sont (1) les plus efficaces du monde (2) visités par d’innombrables touristes. La preuve que ce fut l’oeuvre principale de Napoléon III ? Victor Hugo lui-même, grand pourfendeur de « Napoléon le Petit », reconnaît son rôle essentiel dans cette oeuvre (Les Misérables, livre sur « Les égouts »).

    Par ailleurs, il est faux de dire que l’habitat dit « haussmannien » est la cause de la ségrégation géographique dans Paris. Les pauvres n’ont pas « émigré en banlieue » parce que l’habitat était devenu trop cher. Cette réaction est anachronique, elle se fonde sur un raisonnement absurde : on plaque les conditions du marché immobilier ACTUEL sur la situation du XIX° siècle. Rappelons le contexte : TOUTE famille bourgeoise de l’époque avait un(e) (ou des) domestique(s). Ce qui faisait environ 1 million de personnes en France, dont un grand nombre à Paris. Où logeaient ces gouvernantes, ces maîtres d’hôtels, et surtout ces innombrables « bonnes » ? D’où vient, à votre avis, le terme « chambre de bonne » ?

    Bien. Donc, au XIX° siècle, la ségrégation n’était pas horizontale, mais verticale : les gens simples en haut, les plus riches en bas (puisque l’ascenseur n’existait pas, ou était très peu répandu.) Donc, pas de ségrégation géographique. Il y avait une vraie MIXITÉ SOCIALE.

    La création de banlieues « rouges » populaires (regardez les statistiques ! C’est fait pour ça, le site de l’INSEE) date de l’entre-deux-guerres. Elle s’est faite de manière plus ou moins ordonnée, voire un peu anarchique (voir Arcueil-Cachan, Le Perreux-sur-Marne ou certains quartiers du 3° arrondissement à Lyon). C’est en réaction à cette anarchie que Corbu a préconisé la droite ligne. (Et nous revenons après cette longue parenthèse au coeur du sujet).

    Pour Corbu, la seule ville bonne, c’était la ville à la campagne. La France a suivi. 9 villes nouvelles. Sur les 9, 2 sont des échecs absolus (Val-de-Reuil et Plan-de-Campagne), 2 des semis-échecs (L’Isle-d’Abeau et Sénart), en tout cas pas des « villes ». Et sur les 5 restantes, une est marquée (Évry) par des violences régulières. Il ne reste que Cergy-Pontoise, Saint-Quentin-en-Yvelines, Marne-la-Vallée et Villeneuve-d’Ascq pour relever le niveau.

    La ville à la campagne est un concept qui ne peut qu’échouer. D’abord pour des raisons financières : créer une ville coûte incroyablement cher. Pour les 5 villes nouvelles franciliennes, une année entière de budget de la France. Ensuite parce que créer une ville (ou « créer de l’urbain », comme on aime dire dans certains cours d’urbanisme) est un processus long, qui dure sur des centaines d’années. Pour n’avoir pas compris cela, on a bâti Brasilia. Et aujourd’hui, si Brasilia est enfin devenue un peu vivante, c’est qu’elle est elle-même devenue banlieue de ses propres satellites.

    Bien... venons-en à ce que certains appellent de leur voeux : reconstruire la banlieue pour changer la vie de ses habitants. La première qualité qu’on demande aujourd’hui à un urbaniste (et qu’on lui enseigne), c’est l’humilité. Croire qu’on peut tout résoudre en changeant le cadre de vie, c’est une utopie. La seconde qualité qu’on lui demande, c’est l’anticipation. Croire qu’on ne peut pas pourrir totalement la vie des gens en leur créant un cadre de vie exécrable, c’est se bercer d’illusions.

    Enclair : l’urbaniste ne PEUT pas améliorer la vie des gens. Il peut par contre la leur gâcher complètement. C’est ingrat ? Peut-être, mais j’aime ce boulot. Un exemple, toujours iré de l’oeuvre urbanistique de ce même Le Corbusier dont on parle sans arrêt : les 4 « Cités radieuses » (et non pas « cité de la joie », comme c’est marqué plus haut dans le forum ! On n’est pas à Calcutta !!) : eh oui, il y en a eu 4, rien qu’en France (plus au moins 2 en Allemagne, et je ne suis pas au courant pour les autres). Marseille : semi-réussite, parce qu’il y a eu tromperie : les appartements, au départ loués, ont été ensuite revendus en copropriété. Rezé, près de Nantes : semi-réussite (mais au moins 2 réhabilitations en 50 ans) Lorraine et Firminy (Saint-Étienne) : 2 échecs absolus.

    Loin de moi l’idée de vouloir opposer Corbu et Haussmann. Mais tout de même, je n’ai JAMAIS entendu parler d’un immeuble haussmannien dans lequel PERSONNE ne voudrait plus habiter. Il est impossible d’opposer Haussmann à Le Corbusier : tout simplement, ils ne se situent pas sur le même plan : l’un était politicien (préfet de Paris), agissait sur ordre de Napoléon et visait des prétentions hygiénistes et esthétiques. Il est nécessaire de rappeler que le terme « urbanisme » est anachronique pour le Second Empire, car on parlait à l’époque d’« embellissement ». L’autre était architecte (et n’aurait jamais dû quitter ce domaine), n’obéissait à personne, volait effrontément les idées d’autrui (il a intégralement volé les idées de la Charte d’Athènes pour les reprendre à son compte) et n’a jamais réalisé d’opération urbaine cohérente.

    Pour autant, faut-il un « Haussmann » en banlieue ? Je ne crois pas que Haussmann serait un bon négociateur. Comme l’a souligné quelqu’un dans le débat (à mon immense regret, l’« empoignage » serait un meilleur terme pour décrire cette déplorable prise de bec), et comme le fait beaucoup mieux remarquer Émile Zola dans « Le Bonheur des Dames », Haussmann, en tant que préfet de Paris, était un piètre négociateur, et plutôt un décideur.

    « Banlieues : on a besoin d’un baron Haussmann plus que d’une armada de sociologues ou de psychologues » ? C’est moi qui rajoute le point d’interrogation. Ce titre me paraît très dangereux, à l’heure de la concertation et de l’enquête publique. Comment le baron Haussmann pourrait-il comprendre un dixième de la réalité si changeante, aux si multiples formes, de la banlieue, ou même d’un seul grand ensemble ? Et comment croyez-vous que ça marche ? Croyez-vous que nous, les urbanistes, sommes des génies universels capables de tout comprendre, de touit expliquer, de tout synthétiser dans « LE » quartier parfait, répondant aux attentes de TOUS ses habitants ?

    Chacun exprime ici ses opinions, qui ne sont et ne peuvent être QUE des opinions personnelles, sur de multiples quartiers. Mais nous serions même plus des êtres humains si nous étions forcés d’aimer ou de détester tel ou tel quartier. Et je ne vaudrais pas plus que Le Corbusier (c’est-à-dire RIEN, du moins en tant qu’urbaniste) si je pensais que (1) il y a un type de quartier que tout le monde peut aimer (2) si un quartier a marché ici, il marchera là.

    Donc, vive la diversité ! Personnellement, je vais vous avouer que j’aime beaucoup Villeurbanne (le quartier des Gratte-Ciels, dont on parle plus haut), La Défense (immensément décriée), mais pas du tout Antigone à Montpellier. Et je serais le dernier des abrutis si je vous forçais à penser la même chose, ou si je voulais systématiquement construire ces quartiers que j’aime partout. Oui, j’aime Lyon, Shanghai, Chongqing, Liverpool. Mais d’autres détestent. Et alors ? Le goût peut se commander par mathématiques interposées ?

    Alors, Haussmann en banlieue, non, mille fois NON !!!! Et « une armada de sociologues ou de psychologues » ? Certes, ce n’est pas suffisant. Mais c’est important aussi. Commetn comprendre, sinon ? Et si on arrêtait de penser à la place des habitants des grands ensembles ? EUX savent mieux que nous, mieux que Haussmann, mieux que les psychologues et sociologues, infiniment mieux que Corbu, et même mieux que Demian West, ce qu’il faut pour leur quartier.

    A bon entendeur, salut.

    Nicolas Proix



  • Nicolas Proix 24 octobre 2006 15:29

    Aaaah, mais voilà une excellente initiative !

    René Dumont aurait apprécié. Encore qu’il aurait eu des doutes (légitimes) sur la manière dont cet argent aurait été employé. Bien sûr, des contrôles sont à prévoir, pour que cet argent ne soit pas détourné. D’ailleurs, M. Pettersson semble vouloir agir en ce sens. Bien sûr, il faut être réaliste et ne pas penser que tous les problèmes vont être résolus.

    Mais au moins, l’argent sera dépensé par ceux qui connaissent les réalités du terrain, et qui savent quels sont les besoins réels. Ce ne seront plus des Européens pétris de « bonnes intentions » calamiteuses qui viendront imposer leurs grands projets inadaptés, mais les Tanzaniens qui dépenseront eux-mêmes leur argent à LEURS politiques.

    Il n’est guère étonnant que ce soient des Suédois qui aient proposé un tel virage. Donnant plus que nous, ils sont plus intéressés au bon usage de leur don.

    Une très bonne initiative !



  • Nicolas Proix 24 octobre 2006 11:54

    Indéniablement, oui, la Corée du Sud VEUT devenir leader dans les nouvelles technologies « L’objectif du gouvernement est de rejoindre le top 3 mondial d’ici à 2015 » : nous n’avons pas d’objectif aussi clairement affiché en France, sauf de manière locale dans quelques « pôles » de compétitivité.

    Je voudrais revenir sur un point particulier de l’article : la question de l’urbanisme. En France, il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour s’apercevoir que nous misons tout sur la qualité de vie. Même par rapport aux Européens. Ce qui est à l’origine de notre manière de construire nos villes : périmètres de 500 mètres (ou plus) autour du moindre monument historique, refus des bâtiments de plus de 37 mètres de hauteur par 60 % de la population de Paris intra-muros, innombrables associations de sauvegarde de quartiers... ces dernières, d’ailleurs, non contentes de céder de manière éhontée au syndrome NIMBY (Not In My BackYard), se constituent parfois pour des causes qui frisent le ridicule. Individualisme forcené et quasi-hystérique parfois.

    Le mouvement inverse se passe en Asie. Personnellement, je ne connais pas la Corée (et encore moins sa voisine du Nord, d’ailleurs), mais j’ai longement étudié l’urbanisme chinois. C’est assez étonnant. Pour parler franchement, c’est même proprement ahurissant.

    La « préservation du patrimoine » ? Mais ils le préservent, ils le préservent ! Regardez, le bâtiment est intact, sauvegardé, protégé ! Certes, il y a un gratte-ciel de 220 mètres juste à côté, et une autoroute en construction à 50 mètres... et alors ? Différence de points de vues ? J’étais extrêmement hostile à une telle politique de sauvegarde AVANT d’aller en Chine, de voir, de discuter, et d’essayer de comprendre.

    Tout d’abord, relativisons. Notre vision du patrimoine n’est pas celle que nous avons toujours eue. Jusqu’au milieu du XIX° siècle, on détruisait le patrimoine pour rebâtir autre chose plus dans le style de l’époque à la place. Qui a déjà vu le choeur baroque de la très gothique cathédrale de Chartres comprendra sans peine ce concept.

    En plein XIX° siècle, grâce à ce grand homme de Viollet-le-Duc, nous avons sauvegardé « dans leur état d’origine » (!) les bâtiments du Haut-Moyen-Âge. En détruisant au passage tous les bâtiments du parvis de Notre-Dame-de-Paris, mais il fallait « mettre en valeur » l’église. En « restaurant » le château de Pierrefonds de manière délirante, mais il fallait céder au médiévalisme en vogue.

    Les Extrêmes-Orientaux ne font sur ce sujet que nous copier. Certes, ils ont des moyens financiers et surtout techniques que n’avait certes pas le baron Haussmann, mais le principe est le même.

    L’« harmonie architecturale » ? En France, nous haïssons les bâtiments hauts . . . même si c’est pour leur trouver une valeur esthétique 100 ans après leur construction (je parle bien entendu de la Tour Eiffel). Je ne vais pas chercher à discuter du bien-fondé ou non de la politique de construction de gratte-ciels. Mais simplement rappeler 2 faits :

    - le modèle économique et urbain de l’Asie n’est pas (et ne sera sans doute jamais) Paris. S’il y a un modèle éventuel, ce serait plutôt Manhattan. Et encore, le centre de New York ne rend pas compte exactement de la densité extraordinaire et foisonnante de la jungle urbaine extrême-orientale. Le modèle urbain de toute l’Asie de l’Est, c’est Hong-Kong. En bref : la ville-champignon et non pas la ville-musée. Ne nous voilons pas la face, c’est ce que Paris est devenue.

    - Pouvoir se passer de gratte-ciels, parce qu’on habite un pays à densité très modérée, c’est bien. Rappelons que, même en Europe, c’est une exception, et que les centres-villes de Francfort, Londres, Berlin, Varsovie, etc. sont construits très en hauteur. Les densités fabuleuses des côtes de la mer de Chine imposent l’immeuble haut dans un quartier dense. C’ets tout simplement mathématique. Rien qu’à Shanghai, dans un territoire 5 fois plus réduit que l’Île-de-France, vivent 18 millions d’habitants environ. Et les densités du centre-ville sont en proportion. A Hong-Kong, sur 1000 km², dont très peu sont constructibles (Parc Naturel National), vivent 6 millions de personnes. Quant à Tokyo...

    Que les gratte-ciels de ces villes soient de piètre qualités architecturale, certes. Qu’ils soient construits sur des fonds souvent douteux, et même en guise de blanchiment d’argent sale, je l’admets. Mais pouvons-nous vraiment condamner en bloc cette forme d’urbanisme, sans être à la place des habitants de ces villes ? Je n’en suis pas totalement certain.

    N’oublions pas que la culture d’Extrême-Orient (je parle en particulier de la culture chinoise) n’est pas TRADITIONNELLEMENT une culture de l’exhibition et de la mise en avant. Elle l’est devenue par mimétisme de l’Occident. Traditionnellement, l’urbanisme le plus pompeux est . . . le nôtre (avec un jeu de mots éventuel sur Le Nôtre). C’est nous qui avons inventé les jardins à la française, les avenues de Versaille et les Grands Boulevards.

    Le jardin chinois, et, de manière générale, l’habitat chinois traditionnel, est, lui, caché. De hauts murs empêchent sa découverte depuis l’espace public. Il faut entrer et découvrir de l’intérieur ce (minuscule) trésor caché. Et, même alors, il est impossible de saisir en son entier la structure et le paysage de tout le jardin, ou de toute la demeure.

    Dés lors, qu’importe l’environnement même immédiat du monument ? Ceux qui ont visité Suzhou et ses jardins peuvent comprendre : les plus grandes merveilles de cette ville sont cachées, et souvent dans les lieux les plus incongrus (près de centres commerciaux, d’usines, de périphériques).

    Enfin, la culture d’Extrême-Orient, en matière d’architecture, est beaucoup plus basée sur le savoir-faire que la nôtre. Ce qui compte, ce n’est pas le monument, c’est la capacité à le refaire. J’ai ainsi entendu parler d’un temple japonais, détruit tous les 20 ans pour être rebâti.

    Toutes ces longueurs juste pour faire un (très) rapide point sur nos différences en urbanisme. Cela n’explique pas tout, ni ne nous permet de comprendre la frénésie de construction qui a cours de la Corée à l’Indonésie. Mais il nous faut aussi accepter que notre conception urbanistique est très particulière et certainement pas la seule valable.

    Nicolas Proix

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