« En outre, vous pouvez atteindre les sommets dans des tas de disciplines sans connaître un seul mot d’anglais (excepté coca-cola à cause de la caféine !), par exemple la médaille Fields en mathématiques, ou un prix Nobel de physique- chimie, et la musique, la peinture, l’architecture, le sport ? »
Euh, vous croyez sincèrement qu’on puisse faire des sciences sans connaître l’anglais, quand toutes les revues et les livres de référence sont écrits en anglais ??? Certes on n’a pas besoin d’une connaissance littérataire, mais refuser l’anglais revient à se suicider professionnellement...
La comparaison entre le Canada et la Belgique a du sens, même si je n’aime guère le ton pris par Tall. Néanmoins, si je suis en porte-à-faux sur la forme, je ne suis pas totalement en désaccord sur le fond ave les propos de Tall.
Comparaison n’est pas raison, mais le nationalisme québécois, qui s’appuie en grande partie sur la langue, a effectivement des similitudes avec le nationalisme flamand, lequel est néanmoins nettement plus malsain à mes yeux, car bien plus emprunt de xénophobie, et sans concession vis-à-vis des autres pays francophones (de nombreux Français ou Québécois m’ont rapporté de mauvaises expériences au contact des Flamands, alors qu’ils sont en dehors de la question ; les Québécois n’exportent pas de la même manière leurs problèmes). Le nationalisme péquiste est plus folklorique, mais n’en demeure pas moins irréaliste à mon sens, surtout vu la situation économique du Québec. Je ne résiste à rapporter ce commentaire d’un Québécois : après être rentré de Belgique, j’ai trouvé que les rapports entre communautés linguistes au Canada étaient finalement très harmonieux...
Le bon côté des choses est qu’à l’heure d’aujourd’hui, les institutions canadiennes ont choisi des vois opposés à celle qu’a prises la Belgique : les partis restent principalement construit sur une assise nationale (malgré des gouvernements provinciaux et l’étendue du pays, et avec l’exception du Bloc Québécois), et quoi qu’on en dise, une meilleure reconnaissance du bilinguisme anglais-français dans tout le Canada. Pour preuve, on trouve des écoles francophones jusqu’en Colombie Britannique ! C’est pourquoi je ne pense pas qu’à terme, le Canada puisse arriver dans la même impasse que la Belgique, mais il reste cependant à modérer certains propos péquiste.
Il est d’ailleurs intéressant de voir le comportement de l’intelligentia québécoise et de l’intelligentia française.
Les anglicismes québécois se retrouvent surtout dans la langue des petites gens, et dans la rue, il est vrai que c’est parfois amusant d’écouter les gens parler, surtout dès que le sujet emprunte à un domaine un peu plus technique (scratcher le bumper, peser sur le brake, avoir du trouble,...). Pour autant, les gens chercheront à affirmer leur culture en parlant un français similaire à celui de Radio-Canada (qui finalement joue un peu le rôle de la BBC), avec un accent nettement moins marqué et un vocabulaire riche, avec parfois un abus dans les traductions. Reste que certaines expressions restent des traductions littérales de l’anglais, comme « Bienvenue » pour répondre à « Merci ». On clavarde sur la toile, après avoir lu son courriel, et regardé la météo sur son fureteur préféré (important pour anticiper les tempêtes de neige...).
En France, on constate le phénomène inverse. Il est de bon ton, en particulier dans les medias, d’introduire des angliscismes à tout va. Ainsi, on parlera des news, on partira en week-end (fin de semaine au Québec), enfin, faut voir car on est surbooké,... On est alors in, alors qu’au Québec, on serait out
Réponse rapide (manque de temps pour développer pour le moment).
Vous avez presque tout bon sur mon statut. Je suis à Montréal mais pas encore résident permanent. Je fais partie de cette immigration choisie, et je suis venu au Québec par opportunité professionnelle, non par amour du Québec, du Canada ou de l’Amérique du Nord. Ce n’était initialement pas du tout dans mes projets. Soit, ceci explique néanmoins que mon regard sur le Québec est très différent du vôtre. Le parallèle avec la situation belge explique aussi certaines de mes prises de position, même s’il faut reconnaître qu’il y a des limites à ce parallèle. Mais il est vrai que les Québécois sont au Canada ce que les Flamands sont en Belgique, la dominance économique et démographique en moins.
Pour revenir au sujet, même en oubliant la loi 196, la loi 195 va bien plus loin que le seul problème de la francophonie, notamment en voulant instaurer la citoyenneté québécoise et des règles strictes d’éligibilité par rapport à la langue, ce que je ne peux admettre vu l’expérience belge. De même, on veut encadrer l’identité par la loi, or je ne peux admettre qu’on m’impose la définition de mon identité. De plus, le projet de loi 195 est contraire à la constitution canadienne justement par son volet citoyenneté. Ceci explique aussi pourquoi les autres partis refusent d’en discuter. Le faire, s’est s’aliéner l’électorat fédéraliste car il faudra forcément discuter des points qui ne touchent pas à la seule défense du français, mais à l’affirmation du Québec par rapport au reste du Canada, dans une logique séparatiste. Il y a là un dangereux travers dans lequel peu de politiciens sont prêts à s’engager... Sur un plan plus personnel, aller dans les directions péquistes pourrait me pousser à quitter le Québec, car je n’y trouve pas la vision de société qui est mienne. Et je ne suis pas le seul à raisonner ainsi...
Je ne vois pas non plus pourquoi il faudrait lier défense du français et laïcité. Revenons 50 ans en arrière... on aurait accocier français et catholiscisme (face à ces maudits wasp). Je ne dis pas qu’il ne faut pas discuter de la laïcité, mais c’est une question distincte du problème de la francophonie, qui appelle des réponses différentes.
Pour conclure, et revenir à la question de base, la défense de la francophonie est certes importante, mais ne peut se faire sans garder en perspective le contexte géographique et socio-économique. L’anglais est devenu pratiquement obligatoire dans beaucoup de domaines professionnels, et au niveau politique dans le dialogue entre provinces et avec les USA. On remarque néanmoins un intéressant bilinguisme au niveau de la politique fédérale, donc ce n’est pas si négatif. La politique de sélection du Québec fait d’ores et déjà la part belle aux francophones (cela a d’ailleurs fortement joué sur mon dossier), mais il faut améliorer les conditions d’accès pour favoriser cette immigration francophone. Pour les allophones, il reste à améliorer les conditions d’immersion pour apprendre le français, car c’est bien beau de vouloir imposer le français comme dans le projet 195, encore faut-il donner les moyens aux gens de l’apprendre.
Mais si je compare la situation québécoise à la situation belge, même si tout n’est pas parfait, le Canada a nettement mieux réussi le défi du multilinguisme que la Belgique, et ce succès demeure dans une meilleure ouverture, alors que le sépératisme à la PQ est à même de conduire aux mêmes impasses qu’en Belgique...