Non vous ne m’avez pas répondu sur le chaos. Vous m’avez dit que j’avais raison de prétendre que l’on ne pouvait prévoir ce qui va se passer, mais que l’on pouvait quand même le contrôler. Or autant que je sache, si l’on peut contrôler un processus, alors on peut le prévoir. Et si l’on ne peut pas le prévoir, c’est qu’on ne peut pas le contrôler ! Il y a donc dans votre réponse une contradiction insurmontable qui nous indique de façon certaine qu’elle est erronée.
C’est pourquoi je me suis alors attaché à vous montrer qu’il ne fallait pas confondre l’influence que tout acteur économique, y compris les banques, pouvait avoir sur son environnement avec un contrôle du marché. Les bras qui brassent les boules dans la sphère du loto exercent une influence sur la trajectoire de celles-ci, mais ils ne la contrôlent pas.
Ensuite, vous reprochez aux économistes de ne pouvoir expliquer les failles de leurs théories qu’à la lumière de leur expérience passée. Citez-moi un seul domaine du savoir où les scientifiques agiraient autrement ?!!!
@ Luc-Laurent Salvador
Vous savez sûrement ce que disait Darwin à ce sujet : Les espèces qui survivent ne sont ni les plus fortes ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. Et le fait est que notre histoire économique regorge d’exemple d’entreprises leaders qui un jour déclinent et disparaissent parce qu’elles n’ont pas su s’adapter aux changements du marché. Prenez par exemple la Cunard Line. Elle fut autrefois la plus grande et prestigieuse compagnie de transport maritime du monde. Mais dans les années 70, à l’heure où les super-jumbos menaient la vie dure aux transatlantiques de la Cunard, un Israélien fondait avec un unique paquebot acheté d’occasion, la société Carnival, laquelle était basée sur l’idée novatrice de la croisière festive ! Bien des années plus tard, la puissante Cunard n’est plus qu’une minuscule filiale de Carnival group et le modèle de la croisière festive s’est imposé à tous. Eh oui, pour survivre sur le marché comme dans la nature, il ne suffit pas d’être fort, il faut savoir s’adapter aux changements et la Cunard, à l’instar des tigres à dent de sabre, n’a manifestement pas su s’adpater.
En plus, financer les services publics par création monétaire, ce n’est rien d’autre que la bonne vieille méthode keynésienne qui depuis 40 ans n’est pas seulement devenue inutile mais s’est avérée incroyablement pernicieuse. Ce n’est pas un hasard si tout le monde l’a abandonnée et préfère payer des intérêts. C’est ce que j’expliquais ci-dessus, ça ne fonctionnait jadis que du fait de la baisse du coût du travail engendrée par l’inflation. Chercher à sortir du marasme économique en se finançant de cette façon, ce serait aujourd’hui ajouter le chaos à la crise. Les 30 glorieuses sont terminées et ça ne sert à rien de se lamenter sur les bonnes vieilles méthodes d’autrefois : ELLES NE MARCHENT PLUS !
Selon les économistes libéraux, le keynésianisme marchait parce que l’inflation suscité avant les années 70 par les plans de relance financés par la croissance monétaire provoquaient une baisse du coup du travail qui nécessitait de longues années de luttes aux salariés pour obliger leurs employeurs à prendre en compte cette perte de pouvoir d’achat. Mais, plus les luttes syndicales ont porté leurs fruits et plus vite les employeurs ont pris ont compte l’inflation, moins les politiques keynésiennes ont fonctionné. Aujourd’hui, les socialistes Allemands sont les seuls à avoir réussi à sortir leur pays de la stagnation économique par une politique de rigueur salariale. Et madame Merkel a suivi leur pas.
On ne peut pas contrôler sur le long ni même le moyen terme un système régit par les lois du chaos. Il est bien certain que chaque acteur économique, qu’il soit un simple individu ou une multinationale, a une influence sur le marché. Et cette influence est d’autant plus considérable que cet acteur est puissant. Mais vous savez comme moi que même les banques font parfois faillite, preuve que si influentes soient-elles, elles ne sont pas pour autant maîtresses de leur destin économique. Plus une multinationale ou une banque est grande, plus elle a d’influence, mais aucune d’elle ne contrôle l’économie, aucune d’elle n’est à l’abri d’une tempête qui provoquera sa faillite.
Si l’on pouvait prendre le contrôle de notre destin en prenant le contrôle des banques, on le ferait. Lorsque les pays se retrouvent en crise, on ne peut pas faire comme en psychiatrie et interner le malade ad vitam æternam en prétendant lui prodiguer les meilleurs soins. On a poursuivi les stratégies keynésiennes jusque dans les années 70 et on ne les a abandonnées que lorsque qu’elles ont définitivement cessé de faire effet. Certains pays ont alors agrémenté les méthodes keynésiennes d’un peu de libéralisme et ça a marché, leur économie est repartie. Tous les autres pays ont suivi. Aujourd’hui, la sauce keyniésienne-libérale ne marche plus et l’on nous dit qu’il faut abandonner complètement le keynésianisme car seule une politique libérale de rigueur salariale (comme en Allemagne) peut relancer l’économie. Il est probable que c’est ce que l’on fera ! Mais imaginez que ça ne fonctionne pas et que nous restions englués dans la crise ? Eh bien je vous fais le pari que la stratégie suivante sera celle que prônent les opposants au libéralisme.
Ceci pour vous dire que ce qui fait le succès d’une théorie économique, c’est avant tout ses résultats ! Le Keynésianisme n’est pas le Marxisme. Il ne nous a pas été imposé par l’idéologie d’une dictature. Nous l’avons mis en application pendant 30 glorieuses années parce qu’il marchait bien ! Et c’est là toute la différence !!!