en conséquence je me permets d’y ajouter une impro parallèle,
et maladroite.
LE CACTUS
La scène était pour le moins étrange. C’est comme si tout le
cirque habituel était en suspens. Les artistes, les fauves, les clowns, étaient
tous de sortie devant le chapiteau, et le jeu consistait désormais dans un
grand striptease, sous les huées ou les applaudissements, voire les soupirs des
badauds clairsemés. Le ciel était couvert, toutes les caméras étaient au rendez
vous, les télés faisaient rage.
Il fallait en revenir à une cure de jouvence, je ne sais
pas, par exemple adopter très exactement la peau du jeune Français de base du
début des années 60 ou 70, y tenir à cette peau, à ce regard, ne surtout pas en
décrocher, et alors, très lentement, se promener, regarder, écouter surtout. C’est
alors qu’en ce petit décalage pourtant à la portée de tous, on pouvait mesurer
la chute, la qualifier surtout.
Et c’est comme s’il n’y avait plus de « vie », ni
de vie politique en fait. Un handicap régnait sur l’Élysée. En face, c’était la
décomposition : des divisions, sinon des positions extrêmes empêchaient
toute contestation réelle de vraiment prendre corps ou consistance. Ce n’est
pas que ces extrêmes étaient injustifiés, puisqu’ils rassemblaient tout de même
un Français sur cinq, bientôt sur quatre, sinon sur trois... Mais c’est comme
si le caractère hautement vaporeux, insipide, incolore du pouvoir, rendaient la
critique ciblée d’autant plus compliquée à mettre en place en un suivi
cohérent.
Ailleurs, un vrai discours, une vraie parole trouvaient
encore leur cours, mais là encore la manœuvre était de mise : ayant participé à
la mise en place du montage élyséen, il était délicat d’ouvrir la critique à
toute son ampleur, tout était question de timing, de choisir de jeter l’enfant
avec l’eau du bain, ou l’enfant ? ou le bain ? un cauchemar.
Les gens dans les rues étaient bien tristes. Ils n’étaient pas
moins riches, loin de là, que leurs prédécesseurs d’il y a vingt ou trente ans,
non, mais ils étaient beaucoup plus pauvres. Très. Nul enfant ne savait plus s’amuser
de trois brindilles et trouver un bonheur sans mesure d’une simple boule en
plastique coloré. Mais les enfants ne font jamais que traduire l’état d’esprit
de leurs gardiens pubères.
Il y avait beaucoup plus de richesses, en objets, dans les
rues et les foyers, mais une grande pauvreté était contée. Quelque chose de l’intérieur
était perdu. Il semblait que la coloration et la grande multiplication des
écrans n’était pas étrangère à cet abêtissement, à cet abrutissement massif.
Au détour d’un square j’aperçus, par une fenêtre, un
nourrisson abandonné, tétine au sol, devant une émission de variétés. Les yeux
grands ouverts, la bouche bavante mais fixe, c’était la France.
Je m’accrochais à cette fenêtre me demandant où pouvaient
bien déambuler les géniteurs. Rien. Une page de pub. Puis un monsieur dont le
nom pouvait bien se trouver être l’anagramme du mot « accusa »
entrait en scène pour y faire, dit-on, sa « repentance ».
Ne rions pas. La France-fille est née de l’Eglise, ça lui
revient peut-être comme des cauchemars dans les heures de grands vides. Mais à
quoi ce vide était-il donc dû ? de quelle dette s’agissait-il là ?
L’enfant ne quittait pas l’écran des yeux, semblant plus
attiré encore par le spectacle de son repentant que par la star de tout à l’heure,
non mais allo quoi, qui semblait pourtant bien plus intéressante… Il n’était
pas l’heure de discuter, les choix d’un enfant en imposent.
Dans le reflet de la vitre ouverte près de laquelle j’étais
accoudé, des lumières clignotaient, une enseigne de macdo au lointain vantait
encore, à cette heure décalée, les mérites de sa viande sucrée.
J’attendais toujours de voir les vieux du gosse débarquer,
histoire de vérifier s’ils seraient aussi intéressés par ces histoires de
repentance. De m’assurer, surtout, si cette descendance de France accrochait à cette mise en scène des aveux, du chemin de croix, de tout ce dégoulinement
de moraline qui n’en finissait plus de déferler dans les rues, tant elles
étaient pleine de vide.
Quel était par exemple devenu le touche-pipi du Français ?
était-il sous la ceinture ?
Non, il était dans la poche.
Nuance.
Là où un sperme présidentiel us couvrait la une de tous les
journaux de la planète, en cas de France, c’était le bas de laine qui mouillait
la praline. Ouf… La France n’a pas changé.
Il y avait toutefois des signes très inquiétants : la
perte du Style. Car ce qui s’imposait là sur l’écran n’était de France ni de
loin ni de près. Au sens où même un lourd passé de confessionnal n’avait rien à
voir avec la flagellation publique ici donnée.
Il s’agissait bien d’une importation. De masse. Le cycle « doutes,
accusations, tergiversations, glissades, aveux publics, repentir public, fouettages,
rédemption en live », voilà qui non seulement venait d’ailleurs, mais ne
présageait rien de bon quant à la santé sexuelle de la population, donc
verbale, c’est-à-dire mentale au sens large.
Une grande maladie était en cours, à moins qu’il ne s’agît d’un
signe avant-coureur… Car dans des tavernes mal éclairées ou dans certains
bouges, on murmurait déjà que toute la baraque était à revoir. On y veillerait,
c’était sûr. Il semblait que sous la surface morose des habitants qui oeuvrent au silence complice, les vieilles forces
étaient encore bien vives, que cette lourde importation ne leur importait que
très peu, qu’ils n’avaient pas perdu un brin de leur histoire dans toute cette
géographie pour demeurés.
Il était cependant difficile de mesurer la part de ces
épargnés qui n’étaient pas épargnants ; on les comptait surtout sous les
chevelures blanches - très peu de « jeunes » dans leurs rangs. En France
désormais, plus que partout ailleurs, les plus jeunes avaient tous des cheveux
blancs. Quant aux jeunes de corps, la plus grande part étaient des bandes de
séniles, agités, sans boussole.
Une leçon était avenir. La moraline de la rédemption ne
pouvait suffire à tenir lieu de l’acte. Il était d’amour, fort comme la mort
quoi. Ce chapelet de grand-mère édentée finirait au sol.
Sur la table, derrière l’enfant à la télé, une vieille
machine à écrire avait été retransformée en pot de fleurs, ces gens ne
manquaient pas de goût. Ils avaient pourtant choisi de laisser pousser là un
cactus, ou plusieurs.
on rapporte que le prophète de l’islam aurait bien prononcé cet heureux propos :
« ne jouis jamais sans la faire jouir »... ou « ne prends jamais ton plaisir sans lui donner le sien » - c’est donc partie de la « charia », tenons-nous bien...
bref, je ne sais si ce vieil ouvrage d’un sexologue allemand est encore édité :
« la femme frigide » de wilhelm steckel - édifiant sur ce que fut la « sexualité » conjugale en occident du 19e .. un défilé de femmes détruites par le viol de la première nuit, le même topo d’ignorance, avec les conversions hystériques qui s’ensuivent.
il est sans doute un peu tôt... le théâtre d’euripide ajoute ce détail au récit d’homère que dès qu’il pose le pied sur l’île du cyclope, on informe ulysse à son grand désarroi que c’est une terre où nul ne danse... à cela on reconnaîtra vivement, en son dimanche, l’objectif pas couché, au moment opportun. en attendant que le vin soit tiré, omerta oblige, à tout à l’heure donc.
Votre réponse un peu en langue de bois me donne l’impression soit de n’être pas audible, soit d’être passé à côté. Y ajouter l’aval de citoyenrené à vos propositions suffira à augmenter mes doutes. Pourtant il me semble… comment vous dire… : C’est un immeuble dont les piliers vacillent, grave… On appelle alors des spécialistes à la rescousse ; et voilà-t-il pas que ces coquins montent au dernier étage discuter si tel tableau de peinture devrait être placé dessus le fauteuil ou en face de la bibliothèque.
On regarde la scène…
Pourtant ce géant aux pieds d’argile nous indique bien où frapper, mais non…
Avec tout l’arsenal juridique dont vous disposez, ne pensez-vous pas que le seul concept d’Agora demeure (nonobstant la question d’ici) une affaire centrale quels que soient les époques et les âges ? Que ce lieu par excellence de la parole publique est tout bonnement confisqué ? Que nul ne songe à s’en… indigner ? Que la démocratie ne saurait se réduire au silence d’un bulletin de vote ? Que votre illustration choisie en paume se traduirait aujourd’hui en mode BFM ? Que tous ces écrans qui façonnent tout, en direct, constituent désormais le Haut-Lieu, la caste inattaquable ? Que la chose est si nulle que même Nicolas eut lot ? Que les plus forcenés de nos politiciens n’osent érafler le miroir de peur de se voir privés du Privilège ?
Vous lisez bien ce dernier mot ? Il traverse les époques, simplement il prend d’autres formes.
S’il n’est pas mis un terme à Ce-là qui phagocyte tout, s’il n’est pas, sévèrement, d’abord très démocratiquement légiféré en cette matière, si ce Roi n’est pas abattu, et toute sa garde mise au pilori, il me semble, raisonnablement, qu’on peut jouer au playmobil ou au lego très longtemps.
Je maintiens toutefois ouverte l’hypothèse que je divague.
Mais tout de même, cette question : Vous ne voyez rien à changer en matière de législation sur ce domaine ? Vous considérez que c’est un sous-chapitre ? Ou vous vous rendez à l’évidence qu’il y aurait là appel à innover ? Et dans ce cas, vous ficelez ça comment, histoire que votre paume soit de la partie... ?
« il » ou « ils » comme vous dites... mais c’est soit la division, soit les réflexes de caste... et quand y’en a un qui ose s’étonner de la « solitude » de mediapart, il a encore dit toute la vérité, mais sans pouvoir pousser plus loin le curseur, vu qu’il finirait hors antenne avec les pigeons. dommage que la modé soit techniquement encore un peu dix-neuvième... « La Carte du Tondre » ç’aurait été pas mal comme titre, mais bon, vu le feuilleton à venir...