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Ivan le Terrible : le tsar sanguinaire qui inspira les tyrans modernes russes, de Staline à Poutine

Moscou, 1547. Dans l'air lourd de la cathédrale de l'Assomption, saturé d'encens rance et de ferveur millénariste, un adolescent de 17 ans au regard de prédateur s'apprête à briser le cours de l'Histoire : Ivan IV reçoit la couronne de Monomaque et devient le premier "Tsar de toutes les Russies". Ce n'est pas un simple couronnement, c'est l'instauration d'une théocratie absolue où le chef de l'État se confond avec la divinité, s'octroyant le droit de vie et de mort sur chaque âme du pays, du plus humble serf au plus puissant des princes. Derrière les ors, les joyaux et les icônes hiératiques, ce sacre inaugure un demi-siècle de ténèbres : purges paranoïaques, massacres de masse et expansionnisme lavé dans le sang. Ivan, dit "le Terrible", n'a pas seulement tué son fils ou rasé des cités entières ; il a gravé dans l'ADN politique russe le logiciel de l'autocratie messianique. Un logiciel que Staline a perfectionné par la terreur industrielle et que Vladimir Poutine réactive aujourd'hui, avec la bénédiction d'une Église asservie, pour justifier ses ambitions impériales. La tyrannie russe est-elle une fatalité géographique ou le fruit d'une tradition de violence que les thuriféraires du Kremlin confondent avec la grandeur ?

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L'enfance brisée : naissance d'un paranoïaque

Né le 25 août 1530 à Kolomenskoïe, Ivan n'est pas né monstre, il a été forgé dans un creuset de haine et de trahison. Orphelin de père à 3 ans, il perd sa mère à 8 ans, probablement empoisonnée par des clans aristocratiques. Il grandit dans les recoins sombres d'un Kremlin transformé en champ de bataille pour les boyards. Ces ancêtres des oligarques actuels se disputent les lambeaux de l'État, maltraitant le jeune souverain qu’ils laissent parfois errer dans les couloirs en haillons, affamé, alors qu'ils pillent le trésor impérial sous ses yeux. On raconte qu'à l'époque, le jeune Ivan passait ses journées à jeter des animaux du haut des remparts pour évacuer sa rage. C'est dans cette humiliation constante que se forge son dogme : la Russie ne peut être gouvernée que par la force brute.

 

 

À 13 ans, le fauve sort ses griffes. Il ordonne à ses veneurs d'arrêter le puissant prince Andreï Chouïski, alors régent de fait. Le noble est jeté aux chiens de chasse affamés et dévoré vivant dans la cour du palais. Le premier sang est versé. En 1565, il divise le pays par un décret schizophrène : l'Opritchnina, son domaine privé géré par une police politique fanatisée. Ses membres, les opritchniki, vêtus de frocs noirs et arborant une tête de chien séchée ainsi qu'un balai sur leurs selles, deviennent ses bourreaux personnels. En 1570, sous le simple soupçon d'une velléité d'indépendance, Ivan fond sur Novgorod. Durant six semaines, il supervise des supplices innommables : familles entières noyées sous la glace de la Volkhov, civils ébouillantés dans d'immenses chaudrons. La ville, autrefois perle démocratique liée à l'Europe, ne s'en relèvera jamais. Pour Ivan, la loyauté s'obtient par l'extermination préventive.

 

Pourquoi les opritchniki, ces « cavaliers noirs » de la Russie médiévale,  étaient-ils des moines?

 

Le glaive et la croix : la manipulation du sacré

L'une des plus grandes prouesses d'Ivan fut de transformer sa cruauté en une mission divine. Il se voyait comme le "Lieutenant de Dieu", justifiant ses massacres par la nécessité de purifier la Russie des "traîtres" avant l'Apocalypse. Cette fusion entre l'État et l'Église orthodoxe est le socle de l'autocratie. Ivan écrivait lui-même des textes théologiques pour expliquer que quiconque s'opposait au Tsar s'opposait à Dieu. Cette instrumentalisation de la foi pour sanctifier la violence est le trait d'union direct avec la Russie de 2026.

 

 

Image illustrative de l’article Ivan le Terrible

 

Aujourd'hui, le patriarche Kirill joue le rôle de l'archimandrite de cour pour Poutine. En déclarant que la mort des soldats russes en Ukraine "lave tous les péchés", Kirill ne fait que réciter le script écrit par Ivan le Terrible. Comme au XVIe siècle, l'Église orthodoxe actuelle est devenue un département du ministère de la Défense, transformant une guerre d'agression impérialiste en "Guerre Sainte". Les hagiographes de Vladimir qui se gargarisent de "valeurs traditionnelles" ferment les yeux sur cette hérésie : la transformation de la croix en une extension du sceptre de fer. L'Église ne sert plus à sauver les âmes, mais à blinder moralement les bourreaux.

 

File:Vladimir Putin and Patriarch Kirill on Unity Day 2016-11-04 05.jpg

 

Les purges et le culte : un modèle pour Staline

Le règne d'Ivan (1547-1584) fut le laboratoire de la purge d'État. Sa paranoïa culmine dans des méthodes de torture qui feraient pâlir les inquisiteurs : écorchements vifs en place publique, empalements lents, membres sciés un à un. En 1581, dans un accès de rage, il tue son propre héritier, le tsarévitch Ivan. Ce crime symbolise une Russie qui dévore son futur par peur de perdre son contrôle immédiat. C'est l'image d'un pouvoir qui préfère régner sur un cimetière que de partager un pouce de souveraineté.

 

16 janvier 1547 - Ivan le Terrible fonde la Russie moderne - Herodote.net

 

Staline n'a jamais caché son admiration pour cette "grandeur". En 1946, il critiquait le cinéaste Eisenstein car son film montrait un Ivan trop tourmenté par les remords. Pour Staline, les 700 000 exécutés de la Grande Terreur étaient la suite logique de l'Opritchnina. Comme son modèle médiéval, le dictateur géorgien a compris que le pouvoir russe ne repose pas sur le droit mais sur l'atomisation de la société par la peur. Les deux hommes partageaient ce mépris total pour la vie humaine, simple combustible pour la machine impériale. Les zélateurs de la verticale du pouvoir oublient souvent que sous ces règnes, la Russie a perdu plus d'hommes par la main de ses propres chefs que par celle de ses ennemis.

 

Eisenstein's "Ivan the Terrible" in Stalin's Russia - Not Even Past

 

Expansion par le sang : l'héritage impérial de Poutine

Pour Ivan, la Russie est un empire en expansion perpétuelle ou un néant. Sous son sceptre, le territoire quadruple avec les conquêtes de Kazan et d'Astrakhan. Mais cette "grandeur" est une illusion bâtie sur un charnier. Vladimir Poutine a parfaitement saisi ce potentiel. En 2016, il a fait ériger à Orel le premier monument à Ivan de l'Histoire, le qualifiant de "grand rassembleur". Pour les néo-tsaristes contemporains, peu importe le prix humain si la carte du pays s'agrandit.

 

File:Памятник Ивану Грозному в г.Орел.jpg - Wikimedia Commons

 

En 2022, lors de l'invasion de l'Ukraine, Poutine a repris les termes exacts d'Ivan : il ne s'agit pas d'une agression, mais d'une "récupération historique". Comme son lointain prédécesseur, Poutine utilise l'expansion extérieure pour justifier la répression intérieure. Ses lois sur les "agents étrangers" sont les héritières directes des décrets d'Ivan visant les "boyards félons". La paranoïa d'un Occident démoniaque est devenue le socle d'un pouvoir qui n'a plus rien à offrir à sa population, si ce n'est la fierté amère du sang versé pour des territoires dont la population ne veut pas de lui.

 

Vladimir Putin Ivan the Terrible Putin the Terrible Russia tsar

 

La folie et le regret : un cycle russe ?

Ivan meurt en 1584, hanté par les spectres de ses victimes, laissant une Russie ruinée qui sombrera dans le "Temps des Troubles". Staline a fini seul dans sa datcha en 1953, au milieu d'un nouveau complot imaginaire contre les médecins. Et en 2026, le constat est sanglant : de la mort suspecte d'Alexeï Navalny dans les glaces de l'Arctique aux bombardements massifs de populations civiles, le Kremlin ne sait plus s'exprimer que par le poison et la force.

La tragédie russe réside dans ce cycle infernal : une ascension dans le sang, un règne dans la peur et une chute dans le chaos, avant qu'un nouveau "sauveur" ne vienne rétablir l'ordre par une violence encore plus grande. Les opritchniki du clavier devraient méditer ceci : aduler un tyran sous prétexte qu'il "rend la Russie forte" est une illusion mortelle. Un pays qui ne tient que par la peur de son chef est un pays qui meurt de l'intérieur. De la couronne de Monomaque aux bureaux feutrés du FSB, la tyrannie n'est pas une preuve de force, c'est l'aveu d'un échec historique : celui d'une nation incapable de faire confiance à sa propre liberté.

 


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29 réactions à cet article    


  • sophie 13 janvier 19:04

    quelle indignité ! on reconnait NS sur la première photo smiley


    • juluch juluch 13 janvier 21:55

      Quand on regarde une carte on voit que la Russie actuelle doit beaucoup à Ivan le terrible ou plutôt le menaçant, le redoutable.

      Il a énormément agrandis par la guerre la Russie.

      Effectivement Staline et Poutine se sont inspirés de lui : la brutalité, la terreur et le culte de la force, et envahissement de ses voisins.

      Tôt ou tard ça se retourne contre eux.


      • Bonsoir @juluch,

        C’est un plaisir de vous lire. Vous tapez en plein dans le mille, surtout sur cette nuance sémantique qui change tout : Grozny. En russe, ce n’est pas « terrible » au sens pathologique, mais bien celui qui impose le respect par l’effroi. Ce n’est pas un hasard si ce terme plaît tant aujourd’hui ; il flatte cet instinct de puissance brute où l’on préfère être craint qu’aimé.

        Vous avez raison de souligner que la carte de la Fédération doit tout à cette brutalité originelle. Ivan IV a posé les fondations d’un État-garnison qui ne survit que par l’expansion. Mais c’est là que le bât blesse : Staline, et désormais Poutine, ont transformé ce succès géographique en une sorte de chèque en blanc moral. Pour eux, peu importe le nombre de morts au compteur si la frontière recule d’un kilomètre. C’est une vision comptable du sang humain qui fait froid dans le dos.

        C’est votre dernière phrase qui résonne le plus : « Tôt ou tard ça se retourne contre eux ». L’Histoire est une maîtresse cruelle avec ceux qui ignorent l’usure de leur propre peuple. Ivan a fini par laisser une Russie dévastée et prête à s’entre-déchirer, Staline a légué un système pétrifié. En 2026, on a l’impression d’assister au même film en accéléré. Le culte de la force finit toujours par se heurter au mur des réalités, mais le prix à payer pour les citoyens, lui, est bien réel.


      • Enki Enki 13 janvier 23:34

        Après avoir kidnappé Maduro accusé de « narcoterroriste » d’un pays qui n’en produit pas, pour s’emparer du pétrole, Trump le Terrible vient d’insister qu’il « aura le Groenland », « d’une manière ou d’une autre ». Sa vision du « droit » internationale est que s’il ne prend pas le Groenland, alors d’autres le feront, en l’occurrence la Chine, ou la Russie. S’emparer de pays avant d’autres ne le fassent, c’était aussi un peu le dogme d’Ivan le Terrible. A la différence que le Chine et la Russie n’ont jamais manifesté d’ambition de conquérir le Groenland. Et puis il y a Cuba qui est menacé, La Colombie et le Mexique évoqués...

        Un prochain article de Giuseppe pour insister sur les régimes dictatoriaux de la Chine et de la Russie qui veulent voler des pays à « la démocratie américaine » ? Ou bien la nécessité de s’emparer du Groenland car les esquimaux ne se lavent pas et sentent mauvais ? 


        • @Enki

          Quelle prouesse ! Réussir à nous servir un inventaire à la Prévert sur le Groenland, Maduro et les narcotrafiquants en dessous d’un article traitant du tsarisme du XVIe siècle, c’est ce qu’on appelle un hors-piste de compétition.

          Le sujet ici est la filiation autocratique moscovite, pas vos obsessions sur Washington. Quant à votre tentative de me coller une étiquette de « fan de Trump » : raté. Je ne nourris aucune passion béate pour le milliardaire à mèche mais je comprends que pour certains, il soit plus confortable de crier à l’impérialisme américain plutôt que d’affronter la réalité des charniers d’Ivan ou de Staline.

          Pour le Groenland et l’hygiène des Esquimaux, je vous suggère d’ouvrir votre propre blog pour traiter de ce sujet qui semble avoir une importance cruciale pour vous ; ici, on parle d’Histoire et de tyrannie, la vraie.


        • Enki Enki 14 janvier 01:05

          Ah, je ne savais pas que Staline a été un tsar du XVIème siècle, ni le président Poutine réélu quatre fois dès le premier tour par les électeurs russes à plus 70%. Mais peut-être que vous êtes le seul à avoir droit de dresser un inventaire à la Prévert, question de privilège.
          Ma comparaison était l’impérialisme de Ivan le Terrible, aussi celui de Staline et on peut discuter celui de Poutine, avec celui des Etats-Unis. 

          Question charniers, ceux des Etats-Unis en Corée, au Viet-Nam, au Laos, c’était pas mal non plus hein... Mais cela concerne le « Tiers-Monde », comme vous le dites, c’est un peu loin, on s’en fout. Même si vous avez été « conseiller » du prince dans ces contrées, mais les contradictions n’embarrassent pas vos neurones. 


          • @Enki

            Le « whataboutisme » dans toute sa splendeur : on analyse la psyché autocratique russe et vous nous ressortez un inventaire de la Guerre froide pour éviter de regarder le charnier d’en face. C’est une technique de diversion un peu usée, non ?

            Quant à vos leçons sur les scores électoraux à plus de 70 %... restons sérieux. Prétendre que Staline n’a rien à voir avec le tsarisme sous prétexte qu’il ne portait pas de couronne, ou que les plébiscites de Poutine reflètent une volonté populaire libre, relève d’une cécité volontaire assez fascinante. Dans un pays où l’opposition termine invariablement au goulag, au polonium ou avec une balle dans le dos, même Ivan le Terrible aurait admiré une telle « unanimité ».

            Enfin, concernant vos insinuations personnelles, vous naviguez en plein délire. Je n’ai jamais été « conseiller du prince », mais je suis conseiller honoraire de feu S.M. le Roi Norodom Sihanouk. Votre incapacité à distinguer un titre officiel d’une caricature montre bien le niveau de votre « analyse ». J’ai rédigé de nombreux articles sur les horreurs des Khmers rouges et bien d’autres, sur tous les continents. J’ai constaté sur le terrain, et non dans des livres, les conséquences réelles de ces barbaries. Ce sont des souvenirs qui me hantent quotidiennement.

            Alors, vos leçons de morale à deux balles, vous pouvez vous les garder. Mon privilège, c’est d’avoir vu la réalité des faits, là où vous ne manipulez que des tracts de propagande périmés qui ne trompent plus personne ayant un minimum d’intelligence.


          • Enki Enki 14 janvier 11:36

            @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

            la psyché autocratique russe

            Oui, Ivan le Terrible a été très, très, très, méchant, puisque c’est ça que vous voulez qu’on vous dise.
            Mais d’une part, c’est un peu léger pour parler de psyché de dirigeants russes. Les gentils et les méchants, c’est pour les enfants, je crois. Et pour les lecteurs du Reader’s Digest aussi, pour qui vos articles sont faits. 
            D’autre part, il faut connaître aussi l’histoire, le contexte qui fait le personnage, ou bien qui le sélectionne. Je ne vais pas vous raconter ici l’histoire de la Russie, mais tout montre que vous ignorez que celle de la France, toujours dans le même cadre hexagonal, c’est un long fleuve tranquille à côté de celle de la Russie, mouvante géographiquement, mourante et renaissante et qui a subi tellement d’invasions..

            C’est une technique de diversion un peu usée, non ?

            C’est un rééquilibrage. Vous ne vous rendez pas compte que vous racontez des événements et choisissez des portraits et sélectionnant certaines infos, le « cherry picking » comme on dit maintenant. Et cela présente des histoires qui ne disent pas des choses fausses, mais qui sont tronquées, car ne présentant pas le paysage d’ensemble. Cela permet aussi des raccourcis : c’est plus facile de psychoter sur un personnage que d’étaler la problématique, ou le système, auquel il est confronté. C’est involontaire de votre part, mais en psyops, c’est ce qu’on appelle le « narrative control », que les medias mainstream fabriquent maintenant en permanence. 

          • SilentArrow 14 janvier 01:23

            @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

            À la même époque en France, vous aviez des joyeusetés comme la Saint-Barthélemy.


            • Bonsoir @SilentArrow,

              Je vous remercie de rappeler la Saint-Barthélemy mais votre comparaison tourne court. En tant que protestant, je ne connais que trop bien les persécutions subies par mes coreligionnaires en France jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Cependant, tenter de mettre sur le même plan ces tragédies — aussi terribles soient-elles — avec l’horreur systémique d’Ivan le Terrible relève d’une méconnaissance du sujet.

              Il y a une différence fondamentale entre un épisode de guerre civile religieuse, aussi sanglant soit-il, et l’instauration de l’Opritchnina : un système de terreur d’État institutionnalisé, conçu par un homme seul pour annihiler toute forme de société civile et de contre-pouvoir. Ivan IV n’a pas seulement massacré des opposants, il a théorisé le droit divin du souverain à l’extermination arbitraire de son propre peuple.

              C’est précisément cette « tradition » de la violence d’État, sans limites ni cadre légal, qui fait le lit des régimes de Staline hier et de Poutine aujourd’hui. Là où les sociétés occidentales ont fini par s’extraire de ces cycles de violence par le droit, la Russie semble y être maintenue par ses dirigeants comme un mode de survie du pouvoir. Vouloir diluer la spécificité de la terreur russe dans un « tout le monde faisait pareil » est une erreur d’analyse historique majeure.


            • SilentArrow 14 janvier 08:26

              @Giuseppe di Bella di Santa Sofia
               

              Vouloir diluer la spécificité de la terreur russe dans un « tout le monde faisait pareil » est une erreur d’analyse historique majeure.


              Il ne s’agit pas de diluer les horreurs du passé pour justifier celles du présent. Tous les pays ont pratiqué une forme d’horreur ou une autre au cours de leur histoire et il est certainement utile de les rappeler pour éviter de les répéter. C’est le travail des historiens.

              Et je pense même que rappeler les horreurs perpétrées pas Ivan le Terrible ou Staline pour diaboliser Poutine est de bonne guerre.

              Mais il me semble que cela relève plus de la démarche du propagandiste que de celle de l’historien.


            • @SilentArrow

              Merci pour votre commentaire que je trouve intéressant.

              Je vous rejoins sur un point : l’histoire est effectivement là pour nous éviter de bégayer les mêmes tragédies. Mais l’analyse historique n’est pas un exercice de laboratoire désincarné ; elle est une clé de lecture indispensable pour comprendre le présent.

              Qualifier de « propagande » le rappel des méthodes d’Ivan IV ou de Staline pour éclairer le régime actuel est un raccourci un peu facile. Mon approche n’est pas de « diaboliser » pour le plaisir, mais de mettre en lumière une continuité politique. Quand on voit les structures de pouvoir russes se replier sur la force brute, l’élimination systématique de l’opposition et le culte du chef providentiel, on ne fait pas de la propagande, on fait de la généalogie du pouvoir.

              Je dénonce avec la même fermeté tous les régimes de terreur, qu’ils soient de gauche ou de droite, car j’en ai vu les conséquences réelles sur le terrain. À mon sens, la neutralité face à l’horreur systémique n’est pas de l’Histoire, c’est de la complicité. L’historien observe le passé, mais l’analyste a le devoir d’alerter quand il voit les fantômes du XVIe siècle s’inviter dans la géopolitique de 2026. Ce n’est pas de la propagande, c’est de la vigilance.



            • ricoxy ricoxy 14 janvier 08:16

               

              Le saviez-vous ?

               

               Le titre de tsar (царь) fut porté par les souverains bulgares à partir de 919 — en Russie, à partir de 1547, sous le règne d’Ivan le Redoutable ou le Terrible [ Иван Грозный ]. Quant au mot tsar, c’est la pronociation slave de César (en hommage à Jules César, l’empereur romain).

               

              « et devient le premier « Tsar de toutes les Russies » » — Il s’agit d’une erreur de traduction ; la véritable traduction est : tsar de toute LA Russie (всероссейский царь).

               


              • ricoxy ricoxy 14 janvier 08:49

                 
                Quant à l’alliance du temporel et du spirituel, du pouvoir et de la religion, relisez donc les premiers chapitres de la Bible : il n’est question que de massacres et d’exterminations, voulus par un dieu jaloux et sanguinaire. Le roi (l’empereur, le président, le Premier secrétaire) sont les représentants de dieu sur terre. Même le schtroumpf Donald se dit « envoyé par dieu ».
                 
                 


              • ricoxy ricoxy 14 janvier 08:56

                 
                Ajout : sur la psycholgie de l’exercice du pouvoir en Russie, il est bon de lire le livre de l’historien et psychanlyste Alain Besançon Le Tsarévitvch immolé.
                 


              • Bonjour @ricoxy,

                Merci pour vos commentaires très intéressants qui permettent d’enrichir le débat sereinement. C’est justement le but des fils des commentaires sous chaque article. De nombreux lecteurs ne l’ont toujours pas compris et préfèrent vociférer pour pallier leur manque d’arguments cohérents et constructifs. 


              • Mustik 14 janvier 09:20

                @Giuseppe della Belle Canzone  tsouin-tsouin

                Historien de déformation !

                Vladimir Poutine réactive aujourd’hui, avec la bénédiction d’une Église asservie, pour justifier ses ambitions impériales

                Comme c’est facile d’aligner des lieux communs sans se soucier du contexte international et du contexte historique depuis... Eltsine le « vautré  moqué » par l’Ouest !

                Je pense que beaucoup en France aimeraient un dirigeant contaminé en partie par la niaque de Poutine.

                Ô Patriote, aimerais-tu que la Russie sombre comme la France, écrasée de l’intérieur et de l’extérieur ?


                • @Mustik

                  « Historien de déformation » ? Venant de quelqu’un qui semble confondre la « niaque » politique avec la restauration d’un impérialisme archaïque et sanglant, le compliment est savoureux.

                  Vous évoquez Eltsine et les moqueries de l’Ouest pour justifier la dérive actuelle. C’est l’éternel complexe du ressentiment qui sert de carburant au régime de Poutine. Mais s’imaginer que la solution au déclin d’une nation réside dans le retour aux méthodes d’Ivan le Terrible ou de Staline est une tragique erreur de perspective. On ne sauve pas un pays en l’enfermant dans une théocratie belliqueuse et en liquidant toute forme de liberté intérieure.

                  Quant à votre interrogation sur la France : aimer son pays, ce n’est pas souhaiter qu’il se dote d’un tyran pour « faire peur » aux voisins. C’est précisément parce que je suis patriote et attaché aux libertés que je dénonce ce modèle. Préférer la botte au débat, c’est précisément cela, « sombrer ». La Russie n’est pas sauvée par Poutine, elle est mise sous perfusion de nostalgie impériale au prix de son avenir et de sa jeunesse.

                  L’Histoire, la vraie, nous apprend que les régimes qui ne tiennent que par la « niaque » d’un seul homme finissent toujours par léguer le chaos à leurs successeurs.


                • Mustik 14 janvier 15:40

                  @Giuseppe di Bella Canzonnetta  tsouin-tsouin
                  L’Histoire, la vraie, nous apprend que les régimes qui ne tiennent que par la « niaque » d’un seul homme finissent toujours par léguer le chaos à leurs successeurs. 

                  Kif-kif le Général et la France actuelle ?


                • njama njama 14 janvier 10:23

                  La collection d’articles de Guiseppe ressemble de plus en plus à une nécropole infernale... 


                  • Bonjour @njama,

                    Vous trouvez que mes articles ressemblent à une nécropole ? C’est une observation d’une justesse rare. L’Histoire n’est rien d’autre qu’un immense cimetière, car c’est la nature profonde de l’homme de faire le mal, de dominer et d’écraser son prochain. Analyser le pouvoir, c’est nécessairement autopsier des cadavres.

                    Si vous cherchez une vision de l’Histoire plus légère, faite de velours, de châteaux restaurés et d’anecdotes de cour sans odeur de sang, je ne peux que vous conseiller les émissions ou les livres de Stéphane Bern. Vous y trouverez certainement une approche qui ménage votre sensibilité et qui vous convient mieux.

                    Ici, nous parlons de la réalité brute du pouvoir et de ses répétitions tragiques, d’Ivan IV à nos jours. C’est peut-être « infernal », mais c’est le monde tel qu’il est, et non tel qu’on le rêve dans les livres d’images.


                  • Mustik 14 janvier 15:41

                    @njama

                    giuseppe a pris le melon !
                    mdr


                  • ETTORE ETTORE 14 janvier 10:52

                    Buongiono Giuseppe

                    Pourquoi faire tourner le « terrible » dans un enclos, qui se limite à la russie....

                    Je sais, vous voulez, que chacun reste dans son pré carré, et que celui ci, corresponde à la vindicte du moment, Alors si les racines sont profondes, pourquoi ne pas les exhumer....

                    N’empêche, que les « exactions » de l’un, rebondissent dans l’histoire, comme un son, qui fait des ronds dans le temps, et s’échappent, de la géole mentale, où on voudrait les tenir enfermés

                    Tenez, Giuseppe, prenons le cas du Sultan Mourad, le padischah, l’empereur, le calife...

                    « Mourad, fils du sultan Bajazet, fut un homme Glorieux, plus qu’aucun des Tibères de Rome

                    Dans son sérail veillaient des lions accroupis

                    Et Mourad en couvrit de meurtrres les tapis

                    On y voyait blanchir des os entre les dalles

                    Un long fleuve de sang de dessous ses sandales

                    Sortait, et s’épandait sur la terre, inondant l’Orient, et fumant dans l’ombre à l’occident.

                    Il fit un carnage avec son cimetere

                    Que son cheval semblait au monde une panthère

                    Sous lui Smyrne et Tunis, qui regretta ses beys

                    Furent comme des corps qui pendent aux gibets

                    Il fut sublime, il prit, mêlant la force aux ruses

                    Le Caucase aux Kirghis et le Liban aux Druses

                    Il fit après l’assaut, pendre les magistrats

                    D’Ephèse, rouer vif les prêtres de Patras

                    Grâce à Mourad, suivi des victoires rampantes

                    Le vautour essuyait son bec fauve aux charpentes.... »« 

                    Voyez Giuseppe, la gloire de la vindicte, comme elle perdure, et personne pour la museler.

                    Pensez, à cet Empire Ottoman, et à ce Mourad IV qui interdisait le café, et même, considerait cet acte de consommation, comme un » grand péché " dénoncé par le Coran, et qui conduisait les amateurs de kahveh, à être cousus dans un sac en cuir, et à être balancés, vivants, dans le Bosphore.....

                    Giuseppe, que dire des Empires, des hommes qui les ont forgés, leur morale, et l’histoire qu’ils ont gravé ?

                    Qui sommes nous, pour avoir un regard pesant sur le passé, sachant qu’il a accouché du présent, present auquel, nous sommes aveugles ?

                    Bien à vous Giuseppe.


                    • Buongiorno

                      @ETTORE,

                      Je vous remercie pour cette incursion dans La Légende des Siècles. Hugo avait cette plume unique pour peindre l’effroi des despotes, que ce soit Mourad ou d’autres. Vous avez raison : l’Histoire est un écho permanent, un son qui fait des ronds dans le temps et qui ne s’arrête jamais aux frontières d’un « pré carré ».

                      Cependant, si je fais tourner le « Terrible » dans son enclos russe, ce n’est pas par oublie des autres tyrannies. C’est parce que, contrairement au Sultan Mourad dont le sabre s’est émoussé avec la chute de son empire, l’ombre d’Ivan IV plane encore activement sur les décisions géopolitiques de 2026.

                      Vous demandez : « Qui sommes-nous pour avoir un regard pesant sur le passé ? ». Je vous répondrai : nous sommes ceux qui héritent des décombres. Le passé n’a pas seulement accouché du présent, il sert aujourd’hui de manuel d’instruction aux autocrates modernes pour justifier l’injustifiable.

                      Regarder le passé avec un regard « pesant », ce n’est pas être aveugle au présent, c’est au contraire refuser d’être complice du silence. Si Mourad IV jetait les amateurs de café dans le Bosphore, c’était une horreur. Mais si l’on utilise aujourd’hui l’aura d’Ivan le Terrible pour envoyer une jeunesse entière au massacre et rayer des villes de la carte, c’est une urgence.

                      L’histoire n’est pas une poésie contemplative, c’est une plaie ouverte. Mon rôle n’est pas de museler la vindicte du passé, mais d’empêcher qu’elle ne serve de boussole pour l’avenir.

                      Buona giornata, mio caro amico.

                      Pino


                    • Decouz 14 janvier 11:25
                      Confucius a exhorté la Chine à faire preuve de retenue dans l’imposition de la loi sur les gens. Mais des juristes comme Han Fei et Li si ont construit un système judiciaire extrêmement sévère. Tout est résumé dans ces propos de Li si, qui datent d’il y a 2200 ans :
                      « Seul un dirigeant intelligent est capable d’appliquer de lourdes peines pour les infractions légères. S’il y a des infractions légères effectuer de lourdes peines, on peut imaginer ce qui va être fait contre une infraction grave. Par conséquent, les gens n’oseront pas à enfreindre les lois. »

                      Ce châtiment (peines des huit couteaux), qui a horrifié les Européens n’avait pourtant rien à envier à certaine pratiques occidentales. Jusqu’en 1789, les crimes de lèse-majesté étaient punis en France par l’écartèlement entre quatre chevaux alors que les chefs de bandits se voyaient attaché sur une roue alors que leurs membres étaient brisés avec une barre en fer. En Angleterre, les condamnés étaient coupés en quatre (quartering). Les corps démembrés étaient aussi exposés en place public. Il fallut donc un siècle de plus à la Chine pour abolir ces peines cruelles bien que les lettrés y aient œuvré dès leurs origines."



                      • Bonjour @Decouz,

                        Merci pour ce rappel historique très riche sur la pensée légiste de Han Fei et Li Si. C’est un parallèle fascinant qui montre que la tentation du « gouvernement par l’effroi » est une constante universelle.

                        Vous avez raison de souligner que la cruauté des supplices n’a longtemps pas eu de frontières. Cependant, mon propos n’est pas de comparer les méthodes de torture d’hier, mais d’observer comment, en Russie, cette culture de la « peine lourde pour l’infraction légère » est restée un pilier du pouvoir politique. Là où beaucoup de nations ont fini par s’extraire de ce système pour bâtir un État de droit, on a l’impression que d’autres s’en servent encore comme d’une boussole.


                      • Bello 14 janvier 13:59

                        Comme d’habitude……Staline et Poutine, et toujours pas Lénine !


                        • Thot Thot 14 janvier 15:04

                          J’ai lu relativement attentivement votre article et je ne trouve qu’assez peu de mention des conquêtes territoriales d’Ivan IV le terrible. La Russie a quasiment doublé de volume à cette époque. Rien non plus sur sa femme dont le décès aurait accentué la paranoïa. On a l’impression que vous avez utilisé la figure d’Ivan IV pour créer l’idée qu’il y avait une continuïté idéologique entre lui, Staline et Poutine. Pourtant, s’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à la Russie, c’est la diversité des régimes et des contextes.


                          • Doume65 14 janvier 16:47

                            L’auteur se fatigue beaucoup !

                            Il suffisait d’écrire ce titre simple, sans plus de commentaire et c’était dans la boîte :

                            Poutine le Terrible

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