"non, le vivant n’est pas réductible au matérialisme fort de la physique, traduisant une conception du réel à l’origine de la technique humaine."
Technique humaine qui n’a pas attendu les conceptions philosophiques ou méthodologiques conernant le réel pour se développer, mais reposant sur un pragmatisme empirique, qui dans le domaine de la physique repose principalement sur un matérialisme fort (ou mécanicisme des plus petites entités divisibles), abusivement retranscrit et utilisé dans le domaine du vivant.
Donc voyez-vous pour être très clair, l’ID est bien plus présent dans la société que ne le pensent même les plus fervents défenseurs de l’évolutionnisme darwinien et de la science ; et en s’attaquant frontalement aux idéologues créationnistes manipulant l’opinion publique avec des discours bibliques, le mouvement de fond de l’idéologie IDiste s’est quant à lui déjà bien installé dans la communauté scientifique et souvent à l’insu des scientifiques eux-mêmes dont quelques uns n’hésitent pas à soutenir publiquement le développement de technologies reposant sur des postulats et principes IDistes.
Ce qui est déconcertant est que ceux-là mêmes qui combattent farouchement le créationnisme se retrouvent souvent être en fait ceux-là même qui défendent la dissémination de PGM dans l’environnement, sans avoir compris, par aveuglement ou bêtise, qu’ils favorisent ainsi les postulats théoriques mêmes de l’IDisme. La confusion aveugle, idéologique et progressiste entre technoscience et science dans le domaine du vivant est à l’origine de cette état de fait : non, le vivant n’est pas réductible au matérialisme fort de la physique, traduisant une conception du réel à l’origine de la technique humaine.
Il est clair cependant que le développement de l’industrie GM (dissémination de PGM dans l’environnement) est un appui à l’un des principaux postulats de l’ID, et la porte ouverte aux théoriciens de l’ID qui rétorqueront que l’évolution peut être intentionnellement dirigée : "regardez ce que l’on cultive dans nos champs". Alors si elle est dirigée par l’homme, pourquoi ne serait-elle pas dirigée par quelque chose qui dépasse l’homme (sans le nommer) ? Voyez-vous la problématique ?
La situation de lobbyisme au niveau des institutions politiques et la présence de personnes défendant le créationnisme ou l’ID au niveau des instances du pouvoir états-unien indique que les directions prises par la recherche dans ce pays sont aussi fortement influencées par ces lobbies. Le développement de l’industrie GM aux états-unis est à mon avis directement corrélée à la présence de lobbies créationniste ou IDiste au niveau des instances de décision. Ce sont ces mêmes réseaux idéologiques qui ont permis le développement de cette industrie et le détournement de la recherche en biologie vers un technicisme et un scientisme idéologique, n’ayant que peu de rapport avec l’esprit scientifique.
Je ne me situe pas sur le terrain créationniste/évolutionniste ou science, anti-science. Cela va de soi que toute référence à une cause intelligente et généralisée à l’explication du vivant, ne peut être que religieuse d’une manière ou d’une autre, et donc non scientifique.
Si le dogme de l’ID est foncièrement religieux, le postulat principal de ce dogme : cause intelligente et direction intentionnelle à l’évolution est clairement celui de l’industrie agrogénétique actuelle. Les agrogénéticiens entendent développer de nouveaux organismes en influençant leur état, leur évolution, par des modifications génétiques, alors que les transformations génétiques sont à la base de la théorie de l’évolution néodarwinienne
Ce postulat n’est pas étudié en tant que tel, alors que beaucoup défendent l’industrie OGM sans plus amples réflexions sur cette méthodologie et cette pratique de diffusion d’organismes GM dans l’environnement, qui ne s’inscrit plus dans le cadre et les principes de la théorie néodarwinienne concernant l’évolution des organismes.
Oui effectivement, il n’y a pas de contradiction entre néodarwinisme et darwinisme, et Gould s’inscrit bien dans la nébuleuse de la TSE (théorie synthétique).