J’ai été frappé par la première intervention de Laurence Ferrari (à 0:29 sur cet extrait) :
(FB)... quand on appelle à la hiérarchie des civilisations, on appelle en fait à
une guerre des civilisations
(Interruption de LF, d’un air attentif et pénétré)ça veut dire qu’il y en a qui sont inférieures
(FB)ça veut dire qu’il y en a qui sont inférieures, que nous serions une civilisation supérieure, ce qui demande vraiment à être examiné de près, ...
On aurait pu penser que le concept de hiérarchie avait fait son chemin dans la culture générale, et qu’il était possible de l’employer sans qu’une explication de texte soit nécessaire. Apparemment ce n’est pas le cas.
Dans ces conditions je ne vois pas bien comment il serait possible, à la télévision à une heure de grande écoute, ne serait-ce que de présenter un projet autrement que de manière caricaturale. Alors, imaginez, la possibilité d’en débattre ...
ça dépend des cas, et de quel contrat parle-t-on ? Après que les professeurs de notre benjamin, qui nous semblait entrer dans une spirale inquiétante de démotivation, nous aient expliqué l’an dernier : désolé nous n’avons pas le temps de nous occuper de votre fils car nous avons des élèves en situation sociale ou familiale difficile qui consomment toute notre énergie, nous avons effectivement à notre grand regret sorti notre fils du public au profit d’une école privée (non confessionnelle) où il n’est pas sacrifié. Les professeurs en question étaient des gens plutôt corrects, estimables et ouverts mais de mon point de vue il y a eu en l’occurrence effectivement rupture de contrat. Étant données les classes pléthoriques et les disparités de niveaux
qu’ils avaient à gérer, ce n’était pas forcément directement de leur faute, encore qu’on puisse contester les inégalités non seulement assumées mais revendiquées dans leur traitement des différents élèves.
JL1 demande également Si cette école ne convient pas à une famille, ...
Pour moi le problème n’est pas que l’école convienne ou non à une famille mais bien à un élève. Nos deux ainés ont crû et prospéré dans l’enseignement public. On allait à la catastrophe avec le troisième. Quand l’école gratuite et obligatoire n’est pas adaptée à un élève, que peuvent faire les parents ? Rappelons qu’on n’a pas le choix du lycée.
L’aspect confessionnel est pour moi complètement secondaire vis à vis de la possibilité d’avoir son mot à dire quant à l’organisation, la discipline et la pédagogie pratiquées. C’est ce que vous dirons beaucoup d’enseignants, qui sont loin d’être les derniers à faire appel pour leur progéniture à l’enseignement privé...
J’aurais de loin préféré pouvoir laisser mon fils dans l’enseignement public. En l’occurrence cela ne semblait pas une option raisonnable. L’enseignement privé prospère à cause des carences de l’enseignement public, et agiter le chiffon rouge confessionnel ne fait que masquer le problème. On ne peut sans doute pas faire grand chose sur les effectifs des classes (encore que je suis d’accord avec F. Bayrou quand il suggère d’avoir des effectifs plus importants dans les classes faciles ou homogènes, et des effectifs réduits dans les cas difficiles), mais il paraît essentiel de réduire les disparités de niveaux qui sont à la source de la plupart des difficultés d’enseigner. Si les classes étaient plus homogènes (sans pour autant tirer le niveau vers le bas) je suis certain que beaucoup de difficultés actuelles disparaîtraient d’elles mêmes. Et je suis d’accord avec FB, ça commence par savoir effectivement lire et écrire (et comprendre ce que l’on lit) à l’entrée au collège.
@JL1, qui dit : La Sécu ce ne sont pas des impôts, c’est une assurance maladie, nuance.
La distinction est délicate et largement débattue. Pour certains les cotisations sociales ne devraient pas être considérées comme un impôt car elles comportent une contrepartie directe (les prestations sociales). Cependant quand on assure une habitation, un véhicule, le coût est fonction du bien assuré, pas des revenus du client. A partir du moment où les cotisations sociales (hors retraites) sont variables en fonction des revenus (salariés ou non) elles prennent effectivement la forme d’un impôt car les prestations servies n’ont typiquement rien de proportionnel aux cotisations. En fait la seule différence est que les cotisations sociales sont affectées à la sécu, alors que les autres impôts ne le sont pas (ils rentrent directement dans le budget de l’état qui les dépense à sa guise). Notez bien que ceci ne constitue pas une critique du système, juste une précision.
on cherche vainement dans le parcours politique de François Hollande une seule prise de position forte (sauf peut-être en 2004 pour le Oui à la constitution européenne). On peut lui reconnaître une certaine habileté pour maintenir un semblant d’unité au sein de l’accrétion de baronnies féodales qu’est devenu le PS, encore que pour beaucoup cette unité soit due plus à une paralysie (surtout pas d’affrontement, et pour cela surtout pas de décision). C’est principalement un apparatchik, et qui plus est prisonnier de son parti. Le meeting du Bourget est à cet égard terrible : voir un homme indiscutablement intelligent tenir un discours aussi réducteur (finance) et infantilisant (yuan) fait mal au cœur.
A contrario François Bayrou s’est illustré, souvent seul, par des prises de position courageuses. Quelques exemples : en 2002 au moment de la création de l’UMP il s’est fait huer par son propre parti en refusant de l’intégrer, prédisant — à raison — la digestion complète de l’UDF et de ses valeurs par cette formation ; en 2005 il est le seul à s’opposer à la privatisation des autoroutes, jusqu’au conseil d’Etat ; en 2006 c’est lui qui impose la stratégie d’indépendance de ce qui reste de l’UDF vis à vis de l’UMP, avec les militants et contre ses cadres et élus, qui vont pour nombre d’entre eux aller chercher une meilleure soupe ailleurs dans les années suivantes ; en 2007 il ne donne pas de consignes de votes pour le second tour, pour des raisons dont on a pu depuis mesurer la pertinence ; durant les premières années de cette mandature il a été un critique acerbe, là encore souvent seul, de certaines orientations et abus du pouvoir. Il est parvenu, malgré l’action (revendiquée et largement documentée) de Nicolas Sarkozy pour l’effacer du paysage politique — dans le silence assourdissant de la gauche que cela arrangeait bien — à faire vivre le Mouvement Démocrate, malgré les difficultés évidentes posées par la promotion d’une troisième voie lors d’échéances électorales dans lesquelles les deux partis principaux se sont ligués pour maintenir une bipolarisation qui là aussi les arrange bien. Enfin, outre le courage politique, il fait preuve d’une cohérence de vision et de projet qu’il est très difficile de mettre en défaut. Pour s’en convaincre, il suffit de lire ses livres (qu’entre parenthèses il écrit lui même) : Au nom du Tiers-Etat (2006), Projet d’Espoir (2007), Abus de pouvoir (2009), 2012 état d’urgence, et de les comparer au projet présidentiel sur bayrou.fr ...
En terme de parcours politique il n’y a à mon avis pas photo. Et j’ai bien plus confiance en François Bayrou pour implémenter le projet qu’il porte depuis longtemps, qu’en François Hollande pour porter celui, conjoncturel et dépourvu de sincérité et de vision, du PS (auquel lui même ne croit certainement pas plus que Ségolène Royal en 2007).